Crédit : JEFF HANISH/USA TODAY SPORTS

En route vers le Super Bowl

Les Panthers de la Caroline selon David Foucault

Les Panthers de la Caroline selon David Foucault

Charles-Antoine Sinotte

Publié 29 janvier 2016
Mis à jour 29 janvier 2016

Les trois dernières années de David Foucault ont été surréelles. 

Ancien joueur des Carabins de l’Université de Montréal, le bloqueur a été sélectionné en première ronde du repêchage de la LCF par les Alouettes, en plus de se faire inviter aux camps des recrues de quelques équipes de la NFL, dont les Colts d’Indianapolis, les Dolphins de Miami  ainsi que les Panthers de la Caroline.

Après avoir opté pour les Panthers, il a débuté la saison 2014 sur la formation régulière et a été partant lors d’un match en saison régulière.  Même s’il a passé la saison 2015 avec l’équipe de pratique, il se dirige dimanche vers San Francisco pour le 50e Super Bowl.

J’ai voulu discuter avec l’un des beaux produits du football québécois de cette impressionnante machine de football que sont les Panthers de la Caroline.

C-A : La ligne à l’attaque des Panthers est devenue en quelques mois la force de l’équipe et l’une des meilleures unités de la NFL.  Qu’est-ce qui explique cette progression?

D.F. : La transformation a été tellement positive. En fait, ça a permis de valoriser tous les efforts depuis l’an passé. Notre entraîneur, John Matsko, est vraiment «tough» avec nous et met l’accent sur tous les petits détails.  Il ne laisse rien passer. Le groupe est aussi incroyable. On passe énormément de temps ensemble. Notre centre, Ryan Kalil, est le meneur du groupe et organise beaucoup d’activités. Puisqu’il est un peu «nerd», à la sortie du film Star Wars, il a décidé de réserver une salle de cinéma complète pour que la ligne à l’attaque puisse aller voir le film ensemble.

Cela a fait en sorte qu’on a développé beaucoup de confiance et de cohésion, ce qui est tellement important considérant tout le côté «business» et le stress de la NFL. Cela a aussi permis aux nouveaux venus de bien s’intégrer,  notamment Micheal Oher (du film «Blind Side»).  Il a amené tellement d’expérience à notre unité, parce qu’il a déjà gagné un Super Bowl et parce qu’il a été «coaché» par Matsko avec les Ravens.

C’est aussi intéressant de voir les recrues s’intégrer, comme j’ai dû le faire l’an passé. Ils doivent tellement en faire beaucoup pour les vétérans : ils payent pour tout, doivent amener des beignes chaque samedi, remplir le frigidaire dans la salle de rencontre et s’assurer qu’il y ait toujours des bonbons!

C-A : Parle-moi de ton rôle avec l’équipe?

D.F. : Même si je suis sur l’équipe de pratique, j’ai tellement d’opportunités de m’améliorer et de contribuer aux succès de l’équipe. J’ai eu à affronter les meilleurs joueurs de la ligne défensive chaque jour depuis le début de la saison. Le vétéran Jared Allen (5 présences au Pro Bowl) et Kawann Short (Pro Bowl cette saison – 11 sacs à la position de plaqueur) étaient constamment alignés de mon côté à l’entraînement.

J’avais d’ailleurs un gros mandat cette semaine. Après s’être cassé un os du pied face à Seattle, Jared Allen devait tester sa blessure. Il est venu me voir plus tôt cette semaine pour me dire qu’il allait devoir y aller à fond et qu’il avait besoin que je lui donne un bon défi. Justement, ça s’est vraiment bien passé et j’ai reçu des félicitations des entraîneurs.

C-A : Quels sont les mandats qu’a reçus l’équipe de pratique pour bien répliquer à l’attaque des Broncos?

D.F. : J’ai le rôle de bloqueur à gauche, mais la majorité des détails cette semaine sont évidemment dirigés vers notre quart-arrière. L’élément clé pour nos entraîneurs est de reproduire la gestion de Peyton Manning à la ligne de mêlée. Ce n’est donc pas seulement d’un point de vue stratégique, mais surtout sur la cadence, sur le fameux OMAHA qui avertit en principe que le jeu va être sur le deuxième son suivant, sur les changements de jeux à la ligne, etc. Pour nous sur la ligne à l’attaque, l’objectif est donc de rester disciplinés avant le début du jeu et de bien simuler les Broncos.

C-A : Comment décrirais-tu la philosophie en attaque des Panthers?

D.F. : C’est incroyable le souci du détail des entraîneurs, mais également des joueurs. On fait énormément de «walk-thru» (pratique à basse intensité pour réviser les jeux). Chaque mouvement, chaque angle, chaque ajustement sont révisés des dizaines de fois. Ce sont souvent les vétérans qui demandent aux entraîneurs de reprendre les jeux jusqu’à ce qu’ils soient exécutés à la perfection. Les joueurs ont vraiment pris le contrôle de l’attaque. Les agents libres disent constamment qu’ils n’avaient jamais vu autant de minutie à l’entraînement avant de se joindre aux Panthers.

C-A : Sans entrer dans les détails que tu ne peux révéler, parle-moi de la complexité du livre de jeux. 

D.F. : Puisque la majorité de notre attaque est roulée sans-caucus, tous les termes présents dans le livre ont un terme équivalent pour être communiqués à la ligne de mêlée. Le problème est que dès que la télé intercepte un mot crié par Cam Newton, on doit changer le terme. En gros, chaque semaine  les entraîneurs réécoutent la télédiffusion et prennent en note tout ce qui est entendu et ensuite procèdent aux changements.

Aussi, à cause de notre style offensif, les joueurs de ligne ne doivent pas seulement se contenter de connaître le jeu en question. Par exemple, nous devons tous connaître les motions des receveurs, puisque leurs mouvements peuvent faire aussi déplacer un joueur dans la boîte défensive, ce qui deviendra notre responsabilité. De là l’importance de compter sur un joueur de centre de la trempe de Ryan Kalil. Si Cam Newton est un des joueurs cérébraux qui maitrise bien le livre de jeux, Kalil est à un autre niveau. Il est de loin le joueur le plus intelligent de l’équipe et est comme un entraîneur sur le terrain.

C-A : Selon votre étude des bandes vidéo, quelle est l’erreur qu’ont faite les Patriots que vous devez à tout prix éviter face à la défense des Broncos?

D.F. : La Nouvelle-Angleterre est devenue tellement prévisible et unidimensionnelle en n’utilisant pas le jeu au sol. La ligne défensive des Broncos est la meilleure de la NFL en pression sur le quart. Puisque les Pats n’ont pratiquement pas couru, ils sont devenus unidimensionnels et les athlètes des Broncos n’avaient qu’à se concentrer sur Brady. Toute notre énergie a été déployée pour garder Cam debout.

C-A : Si tout le monde parle sans cesse de Newton, votre secondeur Luke Kuechly est probablement le meilleur de la NFL et connait des éliminatoires incroyables. Parle-moi un peu de sa présence dans l’équipe. 

D.F. : Luke est vraiment le prototype du footballeur américain parfait qu’on voit dans les films. Il est tellement une bonne personne, un modèle pour tous les joueurs. Il est le joueur le plus travaillant de l’équipe;  il est toujours calme, ne demande pas l’attention et s’implique à fond dans la communauté ici à Charlotte. C’est vraiment un être humain parfait.

Mais j’ai rarement rencontré quelqu’un d’aussi compétitif. Ma copine est devenue bonne amie avec plusieurs des conjointes des joueurs, dont celle de Luke. Elle lui disait à quel point il devenait déplaisant au Monopoly, parce qu’il n’est pas capable d’accepter de perdre. Je l’ai justement battu au poker plus tôt cette saison et j’ai pu voir à quel point il est mauvais perdant.

C-A : Qu’est-ce qui t’attend dans les prochains jours jusqu’au Super Bowl?

D.F. : On termine notre préparation en Caroline avant de quitter pour San Francisco dimanche. Ensuite c’est la journée média. Nous avons également énormément de rencontres d’équipe et surtout un couvre-feu chaque soir. Il y a tellement de dérangements potentiels et nous avons entendu plusieurs histoires ridicules des années précédentes au Super Bowl. Sinon, je suis tellement choyé de pouvoir compter sur ma famille et plusieurs de mes amis qui feront le voyage pour partager cette expérience de fou avec moi.

C-A : Un gros merci pour ton temps et félicitations pour tout ce qui t’arrive. En terminant, est-ce qu’il y a quelque chose que tu veux partager ?

D.F. : Je veux simplement prendre le temps de remercier tous mes anciens entraîneurs et coéquipiers des Diablos de la Prairie, des Sphynx de Jacques-Rousseau, des Lynx d’Édouard-Montpetit et des Carabins de l’Université de Montréal.  C’est grâce à vous si je suis rendu ici et vous faites tous partie de cette présence au Super Bowl !