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Quand Zuccarello ne parlait plus

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Il y a sept mois, Mats Zuccarello se retrouvait étendu sur un lit d’hôpital.

Le hockey devenait bien secondaire. Le Norvégien ne cherchait pas à savoir quand il rendosserait l’uniforme des Rangers de New York. Il avait un combat plus important, celui de recommencer à parler et de reprendre la vie qu’il connaissait.

Zuccarello n’oubliera jamais la date du 24 avril 2015.

Ce soir-là, les Rangers affrontaient les Penguins de Pittsburgh sur la glace du mythique Madison Square Garden. C’était le cinquième match du premier tour des séries.

Les «Blue Shirts» l’avaient emporté 2 à 1 en prolongation grâce à un but de Carl Hagelin pour éliminer la bande à Sidney Crosby et Evgeni Malkin. Pour Zuccarello, c’était le début d’une autre aventure.

C’était pourtant un jeu de routine. Il tentait d’obstruer la vue à Marc-André Fleury et il se faisait repousser par le défenseur Taylor Chorney quand il a reçu le tir de son capitaine Ryan McDonagh directement sur le côté du visage.

Les Rangers ont levé le voile sur sa blessure seulement après l’élimination de l’équipe en finale de l’Est contre le Lightning de Tampa Bay.

Mais, le diagnostic des médecins avait de quoi glacer le sang: une fracture du crâne, accompagnée de saignements. Il a aussi perdu toute sensation dans l’un de ses bras et il a eu besoin de l’aide d’un thérapeute du langage.

«Oui, je m’en souviendrai toujours de cette blessure, a dit Zuccarello en entrevue au Journal de Montréal à quelques heures du match contre les Predators de Nashville. Pour un peu plus de quatre jours, je ne disais pas un seul mot. C’était assez terrifiant, mais les docteurs faisaient tout pour me rassurer.»

«J’ai reçu l’aide des Rangers, de mes coéquipiers et de ma famille. Je me trouve chanceux malgré tout. Je n’ai gardé aucune séquelle de cet accident. Sauf que je cherche encore parfois mes mots, surtout en anglais. Mon cerveau a refait la connexion plus rapidement avec ma langue maternelle, le norvégien.»

Une bonne frousse

Pour ses trois jours d’hospitalisation, Zuccarello n’avait plus le cœur à son sport de prédilection.

«Quand tu te retrouves couché sur un lit à l’hôpital, tu te soucies plus de ta propre vie que du hockey, a-t-il répliqué. Je me demandais si j’étais pour redevenir le même homme et si j’étais pour recommencer à parler. J’avais plus peur de cette réalité. Mais, le temps a fait son œuvre. Les médecins m’avaient dit qu’ils avaient très bon espoir d’une guérison complète. Ce fut finalement le cas. J’ai pris mon temps avant de recommencer à m’entraîner en gymnase. J’ai prolongé mon congé de deux ou trois semaines supplémentaires afin d’éliminer tous les risques. C’était le bon choix puisque je me sens vraiment bien aujourd’hui.»

Au sommet des marqueurs

Zuccarello a rapidement chassé cette terrifiante blessure de son esprit.

Le petit ailier droit de 5 pi 7 po et 179 lb connaît un fulgurant début de saison. Il domine les marqueurs des Rangers avec 21 points (10 buts, 11 passes) à ses 21 premiers matchs.

«Quand je le regarde jouer aujourd’hui, je peux dire que je suis soulagé, a dit McDonagh. On ne savait pas à quoi ressemblerait le futur pour lui. En une seconde, une carrière peut s’arrêter. Je lui avais rendu visite à l’hôpital le soir même de sa blessure. Je ne pouvais pas me sentir mal puisque ce n’était pas de ma faute. Il y a souvent des accidents au hockey. Mais, quand j’ai appris ce qu’il se passait avec Mats, j’ai eu peur pour lui.»

À New York, Zuccarello a fait oublier en partie le départ à la retraite de Martin St-Louis en élevant son jeu. Il forme un dangereux trio en compagnie de Derick Brassard et Rick Nash.

«Je crois honnêtement que je joue le meilleur hockey de ma carrière, a-t-il affirmé. J’ai beaucoup de plaisir sur la glace. Ce n’est pas un secret, j’ai aussi un peu de chance depuis le début de la saison. Quand tu traverses une période heureuse, on dirait que tu inventes des façons de marquer. Mais, ça ne durera pas éternellement. J’aurai aussi des passages plus sombres cette saison.»

De la chance, Zuccarello n’en a pas seulement eue sur la glace.