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«Dans mon sang»

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Tenez-vous à vos enfants, à votre famille, à votre vie? Si votre médecin vous annonçait demain que vous devez tout arrêter à cause d’un caillot à un poumon, vous obtempéreriez, n’est-ce pas?

Pascal Dupuis aime son épouse et ses quatre enfants, qui ont besoin de lui. Pourtant, l’attaquant québécois a mis sa vie en péril. Pour le hockey.

Dans une chronique de The Players’ Tribune, le joueur des Penguins de Pittsburgh a raconté ce qui s’était vraiment produit quand il a su qu’un caillot de sang s’était logé dans un de ses poumons.

Dupuis a caché son grave problème de santé; clairement par fierté, mais une fierté peut-être un peu mal placée, admet-il à mi-mot.

La mentalité du joueur de hockey

Tout a commencé quand le vétéran s’est déchiré à peu près tous les ligaments possibles dans un genou lors d’une collision avec son coéquipier Sidney Crosby. Malgré la gravité de la blessure, Dupuis s’était relevé – comme un «vrai» joueur de hockey.

«Mon père avait une règle quand j’étais petit : à moins que tes deux jambes ne soient cassées, tu ne restes jamais couché sur la glace. Tu patines sur celle qui est en bon état pour sortir. C’est ce que j’ai fait.

«Une semaine après m’être complètement démoli le genou, j’ai senti une douleur intense dans ma poitrine pendant que je faisais du vélo stationnaire. Je me suis dit qu’il n’y avait pas de problème, qu’un patin de Sid m’avait peut-être déchiré quelque chose, mais rien de grave.

«Quelques nuits plus tard, j’ai commencé à être victime de quintes de toux. Je disais à ma femme que ce n’était qu'une grippe. Je n’avais aucune idée de ce qui se passait en moi.

«Un jour de souffrance, j’ai demandé à mon chiropraticien de venir me voir et il m’a dit que le problème n’était pas structurel. Puis, j’ai parlé à mon docteur qui m’a dit ordonné de me rendre à l’hôpital : "C’est ta femme qui conduis. Tu ne peux pas conduire. Je te rejoins à l’urgence. "»

«Nous étions le 2 janvier 2014. Ma famille était venue de Québec pour nous voir à Pittsburgh. Mes quatre enfants étaient là. Je ne voulais faire paniquer personne. J’ai sauté dans ma voiture et me suis rendu seul à l’hôpital.»

«De nombreux médecins m’attendaient là-bas. Dès que je me suis assis, j’ai entendu les mots "caillot au poumon" pour la première fois. Un des médecins m’a annoncé que je devrais rester à l’hôpital pour plusieurs jours, m’expliquant que si le caillot s’était rendu à mon cœur où à mon cerveau, j’aurais pu en mourir.

«Pendant ce temps, tout ce que je ce que je me demandais, c’était de savoir si je pourrais encore jouer au hockey.

«Cela va vous paraître cinglé, mais j’étais déçu. Voilà comment nous pensons, nous, les joueurs de hockey. Pour arriver à la LNH comme moi, en tant que joueur autonome jamais repêché, tu dois traverser des murs et chasser la douleur, quelle qu’elle soit, même si cela peut engendrer de graves conséquences.

«J’ai été en convalescence de janvier à juillet, en convalescence pour mon genou, mais aussi pour mon poumon. Je n’ai rien dit à mes coéquipiers à propos du caillot, ni aux médias. Seule ma famille savait. À l’été, les rapports médicaux indiquaient que j’étais de nouveau en santé.»

Dupuis avait ainsi caché son embolie pulmonaire à tout le monde. Il revenait au camp d’entraînement avec pour seul objectif de montrer à l’équipe qu’il était complètement remis de sa blessure à un genou. Malgré tout, il n’a pu retrouver son poste sur le premier trio des Penguins avec Crosby et Chris Kunitz.

Un éclair dans la poitrine

Au meilleur de sa forme, selon lui, Dupuis a continué de travailler fort jusqu’à ce qu’il soit foudroyé à nouveau.

«Au lendemain de notre 11e match de la saison, contre le Wild du Minnesota, nous nous sommes rendus à Winnipeg. À l’entraînement, j’étais au centre de la glace quand j’ai senti une sorte d’éclair me traverser le corps. Douleur à la poitrine. Instantanée. J’ai compris...

«Mais j’ai menti à mes coéquipiers qui me regardaient, moi qui avais réagi comme si j’avais reçu un coup de poing. Je leur ai dit que je devais m’être étiré un muscle en prenant un tir. J’ai terminé l’entraînement.

«Je ne recommanderais ceci à personne, mais j’ai joué cinq matchs par la suite. J’ai disputé ma meilleure rencontre de la saison contre les Maple Leafs de Toronto, quand j’ai compté tous les buts des Penguins dans une victoire de 2-1 – la fois où j’ai retrouvé ma place sur le trio de Sid et Chris Kunitz.

«Tout était parfait. J’étais de retour, pensais-je... Je me mentais à moi-même.»

«En revenant d’un voyage à l’étranger, j’ai revu ma femme et mes enfants. C’est là que je me suis dit que c’était assez. Les docteurs ont évidemment vu qu’un nouveau caillot s’était formé.

«Je me suis effondré. Je croyais que c’était terminé. Ma femme se demandait pourquoi je n’avais rien dit et c’est une question à laquelle il est difficile de répondre.»

«Je reviendrai»

«C’est facile de dire que la famille est la priorité numéro 1. J’aime mes enfants et mon épouse. Mais la mentalité d’un joueur de hockey professionnel, c’est de ne jamais admettre que tu es un humain. Tu n’acceptes jamais la douleur, surtout celle que personne ne voit.

«Depuis, j’aide le personnel d’entraînement et les joueurs m’appellent même «coach Duper». J’en ris, mais ça me tue de porter un habit pendant qu’ils enfilent leur équipement.

«J’ai 35 ans. Il ne me reste plus beaucoup de temps, mais je vais sortir de la galerie de presse, de cette prison. Je me fous si ça prend six mois, un an ou deux ans. Je serai en santé.

«Je vais jouer dans la LNH à nouveau.»