Paul Rivard

Le temps des funérailles

Le temps des funérailles

Paul Rivard

Publié 10 décembre 2014
Mis à jour 10 décembre 2014

Surréaliste.

Même Dame Nature a tenu à rendre hommage à Jean Béliveau.

Une tempête de décembre s’est invitée aux obsèques de l’un des plus grands héros du Québec.

Un héros de l’hiver.

Car il y en a eu des tempêtes, faisant rage à l’extérieur du Forum de Montréal, quand Jean Béliveau alignait ses exploits. Des exploits qui allaient en faire un des plus grands capitaines de l’histoire du sport professionnel.

Vous me direz que je suis trop sensible et que je cherche des symboles.

Soit. Et pourquoi pas?

Je n’ai jamais œuvré dans des conditions aussi difficiles que lors de cette émission spéciale, consacrée aux funérailles nationales du grand Jean. Tous mes collègues nous plaignaient, techniciens et journalistes, debout dans la tourmente, balayés par ces vents et ces averses de neige mouillée qui nous transperçaient les os et qui mouillaient gants et vêtements.

Et pourtant, je trouvais que c’était un environnement parfait. À tort ou à raison. Allez savoir.

GEN-FUNÉRAILLES JEAN BÉLIVEAU
Crédit photo : MAXIME DELAND/AGENCE QMI

Autre temps, autres funérailles

Il n’y a pas de temps idéal pour des funérailles.

Il peut faire beau et chaud, comme lors des obsèques de Gilles Villeneuve, en mai 1982, ou celle de Maurice Richard, très exactement 18 ans plus tard, en mai 2000.

Et il peut faire beau, et froid, comme lors de celles de Pat Burns, le 29 novembre 2010.

Ou encore il peut y avoir de la neige. Beaucoup de neige, comme en ce mercredi 10 décembre 2014, lorsqu’on a porté à son dernier repos, le grand Jean Béliveau, capitaine légendaire des Canadiens de Montréal.

Non, il n’y a pas de temps idéal. Mais il y a des symboles... des signes... que ce soit une coïncidence ou un chapitre du destin.

Oui, un symbole. De toutes ces expériences médiatiques vécues en pareilles circonstances, je vous dirais qu’il y avait une sorte de symbolique dans toute cette neige qui s’était invitée, tant la veille que le jour même, sur le parvis et autour de la basilique Marie-Reine-du-Monde de Montréal.

Une neige qui, comme le veut cette expression souvent utilisée, avait recouvert le Québec, terre de hockey, de son linceul blanc. «Linceul», un terme qui, lors de funérailles, prend tout son sens puisqu’il s’agit de cette pièce de toile blanche servant à ensevelir les morts, à une certaine époque.

GEN-FUNÉRAILLES JEAN BÉLIVEAU
Crédit photo : MAXIME DELAND/AGENCE QMI

Moment(s) unique(s)

J’étais donc au nombre des multiples représentants des médias, dépêchés sur place, pour les émissions spéciales et les reportages sur ces funérailles du célèbre Jean Béliveau. Et pendant que se déroulaient les obsèques, des images me sont revenues en mémoire sur ces moments très spéciaux qui ont meublé mes 35 ans de carrière.

J’étais là, à l’église Sainte-Geneviève-de-Berthier, ce mercredi 12 mai 1982, quand le pilote québécois Gilles Villeneuve a été l’objet de ce qui était digne de funérailles d’un chef d’État.

C’était mon premier événement d’importance. Journaliste à la station de radio CHLN-550, à Trois-Rivières, j’y avais été dépêché pour une émission spéciale du réseau Télémédia, dont faisait partie ma station, et j’y travaillais avec des hommes déjà rompus aux événements du genre, le présentateur Michel Viens et le reporter Richard Desmarais.

J’étais témoin de leur expérience, tant dans leur préparation que dans leur façon de livrer leurs informations, en direct, et dans le choix des mots et du ton à adopter. Et je m’en suis imprégné, dans les années suivantes. Au cas où j’aurais à revivre de telles situations.

Puis, chaque fois que de tels événements se sont répétés, je me reportais toujours à ce qui m’avait tant marqué dans ma jeunesse. L’aspect solennel de ces moments. La tristesse des proches. La compassion de la population pour ses idoles. L’importance de rester calme dans les circonstances.

Des événements aussi semblables que différents.

Alors, même si on y voit les symboles adéquats... Non, il n’y a pas de temps idéal, pour les funérailles. Ni le moment, ni la météo.

Et pourtant...