Crédit : Philippe-Olivier Contant/AGENCE QMI

Félix Séguin

La perfection a un nom, Jean Béliveau

La perfection a un nom, Jean Béliveau

Félix Séguin, TVA Sports

Publié 06 décembre 2014
Mis à jour 06 décembre 2014

Nous sommes au mois d'avril 2012. Je suis très nerveux. Dans 5 minutes, je visite Jean Béliveau chez lui à Longueuil. Le célèbre #4 est sur le point de m'accorder une entrevue, la première à la télévision depuis un sévère accident vasculaire cérébral. Quelques semaines auparavant, le pays tout entier avait retenu son souffle croyant que M. Béliveau était sur le point de nous quitter pour un monde meilleur.

Je cogne à la porte. Celle-ci s'ouvre et j'aperçois celui pour qui j'ai toujours eu une admiration sans borne.

«Comment vas-tu», me dit-il avec un sourire et beaucoup de sincérité.

«Je vais bien, merci. Mais c'est à moi de vous poser la question M. Béliveau. Comment allez-vous ?»

Ce simple échange représente très bien ce qu'était Jean Béliveau. En bon capitaine, il se souciait des autres.

Il me montre toutes les lettres qu'il a reçues au cours des dernières semaines. Il y en a des milliers. M. Béliveau est touché et reconnaissant à l'endroit de tous ces gens qui se sont inquiétés.

«Tu sais ce qui me fait le plus de peine, me dit-il. Pour la première fois de ma vie, je n'aurai pas l'énergie de répondre à tous ces gens».

Cette nouvelle réalité l'attristait énormément. Depuis le début de sa vie, il avait pris le temps de répondre à toutes les lettres qui lui étaient destinées. M. Béliveau s'en faisait un devoir et une fierté. 

L'entrevue est sur le point de commencer. M. Béliveau est assis devant moi et il est prêt à répondre à toutes mes questions. Mon niveau de nervosité augmente de seconde en seconde.

Je lui fais part de mon état d'esprit.

«M. Béliveau, je n'ai jamais été aussi nerveux pour une entrevue.»

«Ne t'en fais pas. Tout ira bien», dit-il, d'un ton rassurant.

Pendant 20 à 30 minutes, M. Béliveau a parlé de la mort, de ses problèmes de santé et des conséquences sur sa vie de tous les jours. Cet homme, plus grand que nature, était serein et rassurant.

«Que voulez-vous dire à tous les gens qui se sont faits du souci pour vous au cours des dernières semaines, M. Béliveau?»

Il prend une pause et tourne son regard vers la lentille de la caméra. Dans une réponse des plus sincères, M. Béliveau a remercié les partisans d'avoir toujours été là pour lui, de l'avoir toujours respecté et de l'avoir toujours supporté.

Cette entrevue demeurera à tout jamais dans ma mémoire et dans mon coeur.

M. Béliveau nous aura tous appris que nous pouvons connaître du succès dans la vie tout en se comportant de façon digne et respectueuse. Dorénavant, dans la définition du mot perfection, on retrouvera le nom de Jean Béliveau.