Canadiens de Montréal

Jean Béliveau n'est plus

Agence QMI

Publié | Mis à jour

L’ancien numéro 4 du Canadien de Montréal, Jean Béliveau, capitaine de l’équipe de 1961 à 1971 et l’un des plus grands de l’histoire, s’est éteint ce mardi 2 décembre, à 83 ans.

Le décès de Béliveau, qui avait été victime d’une pneumonie plus tôt cette année, plonge nécessairement dans le deuil le monde du hockey de même que la population québécoise.

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«C’est avec grande tristesse que la direction du Club de hockey Canadien a appris le décès de Jean Béliveau», a annoncé l’organisation montréalaise, mardi soir, vers 23h30.

Surnommé tour à tour «Le gros Bill», en raison de son fort gabarit à l’époque, ou «Le grand Jean» au fur et à mesure que sa classe et son leadership prenaient le dessus sur sa stature physique, Béliveau était une vedette du Tricolore lorsque l’équipe a remporté cinq coupes Stanley consécutives de 1955 à 1960, un exploit encore inégalé. Au moment de prendre sa retraite, il avait mérité 10 coupes Stanley, dont cinq à titre de capitaine.

En 1996, Béliveau avait été victime de problèmes de santé qui nécessitait la pose d’un stimulateur cardiaque. Une tumeur cancéreuse au cou a été diagnostiquée en l’an 2000, et il avait dû subir des traitements de radiothérapie.

Le 20 janvier 2010, nouvelle hospitalisation, d’urgence cette fois. Il a passé 18 jours à l’hôpital et les médecins en ont profité pour remplacer son stimulateur cardiaque.

Originaire de Trois-Rivières, Jean Béliveau a fait écarquiller bien des yeux en 1946 à Victoriaville. Il s’aligne ensuite avec les As de Québec, puis les Citadelles, et toute la province en a déjà fait une étoile lorsqu’il fait le saut avec le grand club montréalais en 1953.

En 1955-56, il remporte le championnat des pointeurs avec une récolte de 47 buts, 41 passes pour 88 points, de même que le titre de joueur le plus utile à son équipe (qu’il remportera à nouveau en 1964). Exploit peu banal quand on considère que, souvent victime de tentatives d’intimidation, il a aussi écopé de 143 minutes de pénalités au cours de cette saison-là.

En 1961, il succède à Doug Harvey comme capitaine puis, en 1965, il met la main cette fois sur le trophée Conn-Smythe en qualité de joueur par excellence des séries de fin de saison.

En 1968, Béliveau devient le deuxième joueur de l'histoire de la LNH, après Gordie Howe, à atteindre le plateau des 1 000 points. En 1971, il parvient cette fois au cap mythique des 500 buts. En 1971 toujours, à sa toute dernière saison, il achève les séries éliminatoires avec une récolte exceptionnelle de 22 points... et la Coupe Stanley. Il avait alors 39 ans.

Au moment de sa retraite, Béliveau détenait une foule de marques, dont celle des points dans l’histoire des Canadiens et de meilleur pointeur de la LNH en séries éliminatoires.

Au cours de sa carrière, il aura totalisé 507 buts et 712 passes pour 1219 points, en 1125 parties de saison régulière, de même que 79 buts et 97 aides pour 176 points, en 162 parties éliminatoires.

Gentilhomme par excellence, un modèle à suivre autant sur qu’en dehors de la patinoire, il incarnait toutes les qualités de meneur et de joueur dévoué au concept d’équipe.

Parmi les infimes honneurs qui lui sont décernés, son numéro 4 est retiré dès octobre 1971, et le Temple de la renommée n’applique pas la norme de trois années d’attente, l’intronisant dès 1972.

Un être débordant de générosité

Après sa carrière de joueur, Jean Béliveau accepte un poste d’administrateur du Tricolore, rôle qu’il a occupé jusqu’en 1993. Inépuisable, débordant de générosité, il n’a jamais cessé de s’impliquer dans la communauté, multipliant les apparitions publiques pour apporter son soutien à des œuvres caritatives.

Homme de principe qui siégeait à un certain moment sur une quinzaine de conseils d’administration, il avait une fois de plus prouvé sa droiture en refusant un poste de sénateur (1993), puis celui de gouverneur général (1994), sous prétexte qu’il avait pris sa retraite du Canadien pour ralentir ses activités, et qu’il se devait donc d’être conséquent.

À chaque fois que nous prenions rendez-vous avec lui ou qu’on passait le saluer à sa résidence de Longueuil, il était affairé à répondre à ses admirateurs, à signer des autographes en s’appliquant sur chaque signature.
«Je me considère privilégié. J’ai pris ma retraite en 1971 et le public ne m’a jamais oublié. Je suis toujours heureux de converser avec les amateurs ou de savoir qu’un autographe peut rendre quelqu’un heureux», disait-il encore récemment.

Béliveau était marié à son amour de jeunesse, Élise Couture, depuis le 27 juin 1953. C’est lors d’une sortie de groupe entre amis, en automobile vers le Manoir Saint-Castin de Lac-Beauport, que le couple a fait connaissance. Outre son épouse, Jean Béliveau laisse notamment dans le deuil leur fille unique, Hélène, née au cours des séries éliminatoires de 1957, et de deux petites-filles, Mylène et Magalie (âgées dans la vingtaine en 2008).

Le succès et le vedettariat n’ont rien changé à sa vie au fil des ans puisque le couple est demeuré propriétaire de la même maison durant 51 ans. À la fin des années 2000, Élise et Jean Béliveau sont déménagés dans une tour d’habitation, toujours à Longueuil.

Une statue a été inaugurée en son honneur sur la Place du centenaire, au Centre Bell, de même qu’une deuxième au Colisée qui porte son nom, à Longueuil. Le 3 juin 2010, il était fait Grand Officier de l’Ordre national du Québec.