Alex Harvey

Photo : Alex Harvey Crédit : Agence QMI

Sports amateurs

La malédiction frappe d'autres pays

Publié | Mis à jour

La malédiction du fartage semble avoir pris congé du Canada depuis qu'elle hante d'autres pays.

La tension a baissé dans les quartiers de l'équipe canadienne de ski de fond, où les farteurs croient avoir solutionné en choix de poudres et autres enduits les problèmes que leur ont causé les conditions extraordinaires de température et de neige à la station Laura. Le 18e rang d'Alex Harvey au skiathlon de 30 kilomètres et son abandon au 15 kilomètres en style classique avaient miné le moral du groupe.

«On entend toutes sortes de commentaires depuis le Québec. Il y a même des gens qui nous balancent sur des blogues: “vous n'êtes pas capables de lire les instructions sur la boîte de fartage?” Bon, tout ça me fait rire, parce que je sais ce que c'est. Moi, c'est mon boulot et je n'ai jamais vu de telles conditions avant ici», a plaidé le chef de l'équipe de huit farteurs canadiens, Yves Bilodeau, à l'entraînement, lundi.

Scandale en Norvège

Les ratés d'autres pays, dont celui le plus flagrant de la Norvège, encouragent les Canadiens. Le cinquième rang des Norvégiennes au relais féminin de samedi, suivi du quatrième des hommes à celui du lendemain, a littéralement enflammé la nation.

La presse du pays a tourné en dérision les problèmes évoqués de fartage, une science dans laquelle l'équipe nationale a investi 4,5 millions de dollars pour la recherche et les essais durant le cycle olympique. Des équipes ont visité trois fois les installations ici en Russie pour différents tests.

Le personnel de 20 farteurs qui veillent aux planches des équipes de ski de fond et de biathlon ne bénéficie pas facilement du pardon. Sur un réseau de petites annonces du pays, une photo du luxueux camion de fartage norvégien apparaît avec la mention: à donner.

«Ce qui fait doublement mal en Norvège, c'est que ce sont les Suédois qui ont gagné les médailles d'or dans ces deux courses», a souligné Pierre-Nicolas Lemyre, un Québécois établi à Oslo qui oeuvre comme psychologue auprès de l'équipe norvégienne.

«Ça arrive même aux meilleures nations», a rappelé Alex Harvey.

«Les Norvégiens se sont plantés au relais féminin et tu dis qu'ils vont se relever le lendemain, mais ils se font planter encore. C'est arrivé deux jours de suite à la plus grosse équipe de farteurs et la mieux payée. C'est pour ça que je continue à avoir confiance dans les nôtres. Ça fait partie de la “game”, sauf que c'est vraiment poche que ça arrive aux Jeux olympiques», a partagé Harvey, qui avoue avoir eu des «passes difficiles de deux ou trois heures après ces courses, mais je revenais bien positif».

Un métier parfois ingrat

Bilodeau et ses collègues croient avoir trouvé les recettes pour stopper l'hémorragie d'ici à la fin du tournoi olympique. Son aveu d'échec, qu'il qualifie «d'un des plus durs coups dans sa carrière», fait dire à cet homme qui vit ses septièmes Jeux olympiques qu'il n'avait encore jamais affronté des conditions avec autant de guets-apens.

De surfaces exposées au soleil et à l'ombre, le parcours passe de températures variant de -5 à 10 degrés, dit-il.

«Tu passes d'une soupe de printemps d'un côté à une neige d'hiver du mont Sainte-Anne de l'autre. Il y a des endroits où pour monter une côte au soleil, il faut un fartage qui tient bien, mais s'il y a trop de collant, les skis freinent quand tu arrives ensuite dans le froid», a expliqué Bilodeau, qui dit ne pas vouloir se cacher.

«Quand on gagne une médaille, c'est tellement le fun. On partage tout avec ces gars-là. Mais il peut arriver qu'on manque une course ici ou là et il est normal de ne pas toujours être dans le coup. Mais on doit reconnaître qu'on a complètement merdé durant deux courses ici. Dans ces cas-là, je trouvais mon métier ingrat.»