Photo : Olivier Létang, directeur sportif du PSG à l’époque - aujourd’hui président de Rennes - s’est, lui, dit «profondément choqué et blessé» des accusations de fichages ethniques, dans un communiqué transmis à l’AFP. Crédit : AFP

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Le PSG éclaboussé par une affaire de fichage ethnique

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«Français», «Maghrébin», «Antillais», «Africain»: des recruteurs du Paris Saint-Germain (PSG), l'une des plus importantes équipes de soccer de France, ont fiché ethniquement des jeunes joueurs scrutés par le club, selon un nouveau dossier des «Football Leaks».

Le PSG a ouvert «une enquête interne» a indiqué à l’AFP une source proche du club.

Cocher quatre choix

«On a commencé une enquête interne», a affirmé jeudi matin cette source, qui reconnaît l’existence de ces fiches.

Le PSG a confirmé officiellement jeudi «que des formulaires avec des contenus illégaux ont été utilisés entre 2013 et 2018 par la cellule de recrutement du centre de formation, dédiée aux territoires hors Île-de-France (Paris)». Le club a ajouté qu'il s'agissait d'une «initiative personnelle du responsable de ce département», Marc Westerloppe, ciblé par Mediapart et parti cette année au club de Rennes.

À l’origine, il y a un footballeur en herbe, Yann Gboho (international français chez les jeunes, né en Côte d’Ivoire), 13 ans, qui joue au FC Rouen et tape «dans l’oeil» d’un «recruteur du PSG pour la région Normandie, Serge Fournier», lit-on dans les «Football Leaks».

Une «fiche remplie le 2 novembre 2013» mentionne ainsi... «antillais». Quand un recruteur «passe sa souris sur la case, un menu déroulant apparaît qui permet de cocher un des quatre choix: "Français", "Maghrébin", "Antillais", "Africain”», écrit Mediapart.

«Français» ou «Blanc»?

Pour l’appellation «Français», «il aurait fallu écrire Blanc. D’autant que tous les joueurs qu’on recommandait étaient Français. Le PSG ne voulait pas qu’on recrute des joueurs nés en Afrique, car on n’est jamais sûr de leur date de naissance», lâche M. Fournier, interrogé par Mediapart. «Deux ans plus tard, dans la case origine, il écrit: "Afrique noire”», selon Mediapart. Le joueur signe finalement à Rennes.

Le nom de Gboho suscite ensuite «bien des remous au PSG, comme le montre le compte rendu interne d’une réunion formation qui s’est tenue le 14 mars 2014», peut-on lire dans les «Football Leaks».

Au cours de cette réunion, Westerloppe déclare, selon ce document: «On ne va pas revenir sur ce sujet. Il y a un problème sur l’orientation du club, il faut un équilibre sur la mixité, trop d’Antillais et d’Africains sur Paris».

Ce qui provoque l’indignation d’autres participants, comme Pierre Reynaud, responsable du recrutement des jeunes en Île-de-France: «Sauf que ce ne doit pas être une question ethnique, mais de talent».

Malaise en interne

La loi «interdit (...) de recueillir et d’enregistrer des informations faisant apparaître, directement ou indirectement, les origines "raciale" ou "ethniques”», a rappelé la CNIL, interrogée sur le sujet.

Signe du malaise suscité par cette affaire, toujours selon les «Football Leaks», la secrétaire du comité d’entreprise écrit à la directrice des ressources humaines, en mettant en copie bon nombre de formateurs, pour dénoncer les «propos tenus le 14 mars par M. Westerloppe et ce, au nom de la direction du club». «Impossible de cautionner ce virage à 180° !!!! Aucun de mes collègues de la formation ou pré-formation ne peuvent y croire», souligne-t-elle.

Mediapart raconte que Westerloppe est ensuite convoqué «à un entretien préalable» le 27 juin 2014, où il rejette devant Jean-Claude Blanc (actuel directeur général délégué du PSG) des accusations «fausses, malveillantes et stupides».

Aucune sanction n’est prononcée. Olivier Létang, directeur sportif du PSG à l’époque - aujourd’hui président de Rennes - s’est, lui, dit «profondément choqué et blessé» des accusations de fichages ethniques, dans un communiqué transmis à l’AFP.