Crédit : Mathieu Belanger/JOURNAL DE QUEBEC/AGENCE QMI

Football universitaire RSEQ

Coupe Dunsmore 2018: Goliath contre Goliath

Coupe Dunsmore 2018: Goliath contre Goliath

Matthieu Quiviger

Publié 07 novembre
Mis à jour 07 novembre

Ça fait longtemps que plusieurs amateurs de football québécois rêvent tout haut d’une «super ligue universitaire». Un des arguments principaux en faveur d’un tel format serait la possibilité que se retrouvent en grande finale canadienne de la Coupe Vanier les deux géants québécois: le Rouge et Or de l’Université Laval et les Carabins de l’Université de Montréal. En attendant, c’est la Coupe Dunsmore, finale du RSEQ, qui frappe l’imaginaire.

En demi-finale des éliminatoires du RSEQ, les deux équipes ont disposé aisément des Redmen et du Vert & Or encore cette année. Ainsi, les deux rivaux croiseront le fer sur le terrain du Stade Telus samedi après-midi.

Dans les deux clans, il s’agit de l’affrontement le plus attendu de la saison. Une tradition qui les a mis en opposition lors des six dernières années. Les Carabins auront obtenu deux titres (2014, 2015); le Rouge et Or, le reste. Notons que le club gagnant de la coupe Dunsmore a été finaliste de la coupe Vanier chaque reprise depuis 2010. Niveau pointage, la grande finale Montréal-Québec a été remportée par la marge inconfortable de trois points ou moins lors des six dernières saisons. Inutile de préciser qu’il s’agit d’un moment-charnière, d’une bataille épique qui promet de l’action jusqu’à ce que le zèbre-en-chef fasse tourner son mouchoir au-dessus de sa tête.

D’un côté comme de l’autre, on se prépare depuis longtemps à ce match ultime. Glen Constantin, avide de défis, nous répète souvent que c’est le genre d’affrontements qui le motive. Cette année, il est à la tête d’une équipe expérimentée qui a tout broyé sur son passage en 2018. Le Rouge et Or est une machine bien huilée, une équipe rigoureuse qui exécute les plans de match avec précision et talent. Jusqu’à maintenant, ils ont vécu une saison parfaite (9-0).

Danny Maciocia est à la tête d’une équipe plus désinvolte. Cette saison encore, les Carabins montrent une tendance presque maladive à la procrastination. Même si sa défensive a révolutionné le football canadien, en devenant la moins généreuse de l’histoire universitaire (46 points totaux alloués en saison régulière), son attaque dépend souvent de quelques grosses performances qui semblent toujours arriver au bon moment. Ce trait de caractère particulier rend le jeu des Carabins spectaculaire depuis des années. Je soupçonne pourtant que ce suspense est responsable du vieillissement précoce de plusieurs de leurs fans!

Évidemment, les matchs d’une telle importance sont une source de motivation aussi pour notre équipe de production. J’ai pensé vous faire part de quelques éléments qui retiendront mon attention ce weekend.

Hugo Richard c. la défensive de l’UdeM

Hugo Richard est sans contredit le quart le plus fiable du RSEQ. Auteur de 18 touchés par la passe en saison régulière, il n’a été intercepté qu’à deux reprises. Je l’ai déjà mentionné lors d’un récent blogue, il est aussi très mobile; ne manquant jamais une chance de faire progresser l’attaque du Rouge et Or en transportant lui-même le ballon. Pour Justin Éthier (coordonnateur offensif), il s’agit d’un joueur-clé qui exécute avec discipline ses stratégies, un meneur d’hommes qui impressionne par son calme légendaire.

Cette semaine, Richard affrontera une défensive talentueuse, explosive et tenace qui met en vedette un des grands joueurs universitaires du pays : le demi défensif Marc-Antoine Dequoy. À 6 pi 3 po, celui-ci couvre beaucoup de terrain, ce qui le rend difficile à éviter. Cette saison, il a intercepté les quarts adverses à huit reprises. Si on inclut ses efforts lors du match hors-concours et la demi-finale du RSEQ; il a ramené quatre ballons jusqu’à la zone de touchés, faisant de lui un des meilleurs pointeurs des Carabins, ce qui est plutôt rare, avouons-le, pour un joueur défensif.

Carl Brennan c. Benoît Marion & cie

Carl Brennan est peut-être mal connu des amateurs de football québécois. Dans le monde merveilleux des «beefcakes», il est pourtant tenu pour une sommité. Il est l’entraîneur de ligne offensive à qui Glen Constantin fait confiance depuis toujours. Brennan a vu trois de ses joueurs être repêchés en première ronde de la LCF en 2016 (à ce que je sache, une grande première). Depuis, il a reconstruit avec succès la ligne offensive du Rouge et Or en plaçant trois de ses membres sur l’équipe d’étoiles du RSEQ cette année (Kétel Asse, Samuel Thomassin et Samuel Lefebvre). Le choix de ce trio, par l’ensemble des entraîneurs de notre conférence, est plus que justifié, à mon avis.

Cette semaine, ils devront affronter Benoît Marion (aussi une étoile du RSEQ), un ailier qui défend âprement son côté de ligne et a montré sa versatilité en 2018. Marion impressionne par son maquillage breveté, ses 6 pi 5 po et ses 248 livres. Il est un outil important, tant contre l’attaque au sol que pour mettre de la pression sur les quarts. Notons que les Carabins, à ce chapitre, ont atteint les passeurs adverses à 23 reprises en saison régulière. Il s’agit de la meilleure performance de 2018 (ex aequo avec les Redmen). Comme la pression est venue de partout, Brennan et ses athlètes ont une grosse journée de travail en perspective.

Louis-Philippe Simoneau c. David Côté

Louis-Philippe Simoneau, des Carabins, s’est illustré cette année en enfilant le plus long placement de l’histoire du RSEQ pour ensuite battre son propre record, sur 52 verges, contre les Redmen en demi-finale. Il a été désigné quatre fois, en 2018, comme le joueur des unités spéciales par excellence au Québec. Ce samedi, il sera en compétition directe avec David Côté qui a remporté le titre, lui-même, trois fois. Le meilleur match de Côté, cette saison, s’est joué au CEPSUM. Le 8 septembre, il a marqué tous les points du Rouge et Or qui l'avait emporté 12-7 sur les Carabins.

Si l’histoire de cette saison entre les deux équipes suggère la possibilité d’un duel défensif, beaucoup de pression sera mise sur les botteurs. Comme les deux athlètes semblent confortables n’importe où à l’intérieur des dernières 50 verges à franchir, on peut parier qu’ils seront souvent en mesure de compléter les efforts offensifs de leur équipe respective. La victoire ultime pourrait même dépendre du bout de leurs orteils.

Mathieu Betts contre le reste de la planète

Mathieu Betts est un cauchemar sur deux pattes. Lors du dernier affrontement des deux équipes en saison régulière, il a égalé le record du RSEQ pour le plus grand nombre de sacks réussis en carrière; il l’a ensuite battu et en a encore rajouté : quatre sacks en tout!

Betts est l’élément-clé de la défensive du Rouge et Or. Il va sûrement faire perdre beaucoup de temps au Carabins pendant leur semaine de préparation. Il est celui qu’on devra contenir à tout prix. Qu’il répète ses exploits passés ou non, l’attention qu’on devra lui conférer aidera ses collègues à briller. Vincent Desjardins (un excellent plaqueur lui-même) pourrait en profiter pour vivre le match de sa vie. La pression constante de Betts et ses déplacements stratégiques partout sur la ligne forceront aussi Dimitri Morand à se débarrasser rapidement du ballon : un avantage indéniable pour les secondeurs et les demis en couverture.

En fin de semaine, tous s’attendent à un autre match historique entre les rivaux de l’autoroute 20... ou de la 40 si vous préférez passer par Trois-Rivières. Comme à la belle époque du hockey des Nordiques, il s’agit d’un affrontement Rouge contre Bleu, Montréal contre Québec, Goliath contre Goliath. 21 joueurs-étoiles seront en action samedi. C’est beaucoup de talent sur un terrain de football où devrait se livrer une bataille physique et stratégique, animé par une rivalité légendaire.

J’ai vraiment hâte à samedi!