Mikaël Lalancette

À deux doigts du cauchemar

À deux doigts du cauchemar

Mikaël Lalancette

Publié 07 novembre
Mis à jour 07 novembre

C'est le cauchemar de tout journaliste sportif à la télé.

Tu pars en tournage sur la route, tu réalises tes entrevues d'avant-match et tu attends.

Je ne sais pas si je vous l'ai déjà dit, mais attendre est l'activité la plus constante dans le quotidien des journalistes sportifs.

On attend le point de presse du coach, on attend que le match commence, on attend les joueurs pour les entrevues, on attend l'heure de nos interventions en direct...

On se dépêche pour attendre. On attend tout le temps.

Mais c'est le plus beau métier du monde quand même.

Revenons au cauchemar du journaliste sportif. Le match commence...

Et le joueur pour qui tu t'es déplacé, se blesse après trois ou quatre présences sur la glace. En télé, c'est comme si ton château de cartes venait de s'effondrer. Tu ne veux pas repartir les mains vides, sans visuel du joueur pour qui tu t'es déplacé.

Ça m'est arrivé lors de ma visite à Owen Sound le 27 octobre dernier. Une petite communauté de 20 000 habitants à deux heures au nord de Toronto.

Nous étions là pour Nick Suzuki, le jeune espoir des Canadiens de Montréal. Le jeune joueur de centre a été acquis dans la transaction qui a envoyé Max Pacioretty aux Golden Knights de Vegas.

Après quelques minutes dans le match contre les Petes de Peterborough, Suzuki entre en collision avec le défenseur Cameron Supryka. Sa jambe droite encaisse le choc. Il se relève en grimaçant et retraite au banc des siens.

Le natif de London quitte le match quelques instants plus tard et ne reviendra pas dans la période.

Au début du deuxième engagement, je rejoins mon caméraman Christopher. Il a l'image de la blessure. On discute de la suite mais déjà, on prépare quelques scénarios...

Si Suzuki ne revient pas dans le match, on reste pour l'après-match pour un bilan de santé. S'il s'est blessé sérieusement, on sera les premiers sur la nouvelle et nous aurons des réactions. Mes patrons seront fiers de leurs employés!

Les joueurs de l'Attack sautent sur la glace en début de deuxième période et le #37 n'y est pas...

Suzuki reviendra finalement dans le match après quelques minutes d'écoulées à la deuxième période, sous les applaudissements des 3116 spectateurs au Centre communautaire Harry Lumley Bayshore.

Soupir de soulagement pour l'Attack... et pour moi et mon caméraman.

Suzuki nous a donné tout un spectacle par la suite.

Vous dire qu'il est un bon tireur est inutile, vous le savez déjà. Un laser. Il a déjoué le gardien des Petes, Tye Austin, deux fois, de la même façon, en avantage numérique. Un missile. Le pauvre gardien n'a jamais vu la rondelle.

L'Attack a gagné le match 5-2 et Suzuki a été nommé la première étoile de la rencontre.

Nous venions de sauver notre tournage!

Quelques observations sur Suzuki :

1- Il est de retour au centre, sa position naturelle. C'est en partie en raison du souhait émis par les Canadiens de le voir évoluer au centre mais aussi pour diversifier l'attaque de l'Attack (elle était trop facile).

2- Nick Suzuki est un joueur apprécié à Owen Sound. On aime ses bonnes manières. Il est un jeune homme discret et poli.

3- Todd Gill a joué 1007 matchs dans la Ligue nationale de hockey. Il sait reconnaître le talent et il ne tarit pas d'éloges pour Suzuki. Il aime son désir, sa passion. Il m'a résumé Nick Suzuki de cette façon : «Ce n'est pas le genre de joueur qui va répliquer à un coup de bâton par un coup de bâton. Il va répliquer en marquant des buts.»

4- Suzuki m'a donné la permission d'utiliser une photo de lui enfant avec l'uniforme des Canadiens sur le dos. C'est le premier chandail de hockey qu'on lui a remis à ses débuts au hockey mineur. C'est comme si le destin avait voulu qu'il revêtisse l'uniforme bleu, blanc, rouge. Un clin d'oeil intéressant.

Je vous laisse. Je dois aller me préparer à attendre. J'ai une intervention dans vingt minutes.