Crédit : Martin Chevalier / JdeM

LNH

Martin Raymond «ne mérite pas ça»

Martin Raymond «ne mérite pas ça»

Mikaël Lalancette

Publié 06 novembre
Mis à jour 06 novembre

Depuis sa mise en ligne, la vidéo a accaparé toute l’attention. Dans la Ligue nationale de hockey, et dans toutes les chaumières du pays.

Parce qu’au-delà du monde du hockey en général, on est tous concernés.

On a tous, à un moment ou à un autre, critiqué un supérieur, un entraîneur, un dirigeant. C’est la nature humaine.

Dans un vestiaire de hockey, les défaites laissent souvent place à la frustration. Les joueurs parlent des entraîneurs et les entraîneurs parlent des joueurs.

Rien ne peut laisser présager qu’un chauffeur de Uber rendra une de vos conversations publique. C’est un rappel du recul de la vie privée à l’ère de l’omniprésence des téléphones intelligents et des réseaux sociaux.

C’est valide pour monsieur madame tout-le-monde. Imaginez quand on parle d’athlètes multimillionnaires.

Je ne vais pas pleurer sur le sort des Sénateurs. Beaucoup a été dit et écrit sur cette organisation en quête de repères.

Aujourd’hui, le directeur général Pierre Dorion fait face à un test de leadership. Que fera-t-il de Matt Duchene? Il a un épineux problème à régler et peu importe la décision qu’il prendra, on voit mal comment il pourra en sortir gagnant.

Je suis beaucoup plus touché en ce qui concerne Martin Raymond.

L’entraîneur adjoint des Sénateurs n’est pas un homme controversé. S’il avait utilisé des méthodes peu orthodoxes ou était un entraîneur irrespectueux... on pourrait comprendre les commentaires mesquins à son endroit.

C’est exactement le contraire de l’homme que je connais. Plusieurs anciens joueurs qui l’ont côtoyé dans les rangs professionnels, juniors et universitaires, m’ont écrit depuis hier.

Pour me dire à quel point ils étaient déçus et peinés de voir la situation embêtante dans laquelle Martin Raymond se retrouve. Le plus fréquent de tous : «Il ne mérite pas ça.»

Un commentaire m’a touché plus qu’un autre. Le voici...

«Je connais bien Martin, dit ce proche de longue date. Ce n’est pas le fun ce qui lui arrive. C’est un bon gars. Je suis sûr qu’il a été aussi touché par les critiques envers Guy (Boucher) l’an dernier que cette histoire depuis 24 heures.»

Un de ses bons amis lui a parlé hier soir. Un coup de fil où on se dit les vraies choses, sincèrement.

Martin Raymond est touché par ce qui lui arrive, mais quand je vous parle d’abnégation...

«Il m’a dit, "Encore une controverse! Comme si on avait besoin de ça..."»

Martin Raymond veut que les Sénateurs gagnent et quand une controverse éclate et porte autour de son leadership... il ne pense pas à lui, il pense à l’équipe.

Ça résume bien Martin Raymond. Un homme intègre et dédié et surtout passionné, qui pense souvent aux gens autour de lui. Un homme de famille.

Hier, des membres de sa famille l’ont trahi. N’importe quel entraîneur sait que des joueurs vont, à un moment donné ou à un autre, déblatérer et remettre en question certaines méthodes ou décisions. C'est la loi du sport.

Les entraîneurs prennent parfois certaines décisions pour créer ce genre de situations où on veut sortir le meilleur de leurs joueurs.

Mais on ne peut pas être préparé à ce que leurs récriminations soient partout dans les médias et mises à la face du monde entier.

Martin Raymond a la couenne dure, il va rebondir. J’ai tout de même une pensée pour lui et sa famille, qui vivent dans des marchés très médiatisés de notre sport national.

S'il y a une chose dont je ne suis pas inquiet, c'est que le monde du hockey saura reconnaître sa valeur, sa vraie nature.

Partout où il est passé, son niveau de préparation a été reconnu. Un travailleur infatigable qui ne compte pas les heures et qui veut gagner. Il n'a fait aucun compromis là-dessus.

On peut croire en la sincérité des excuses des joueurs des Sénateurs. Certains commentaires émis semblent avoir été faits sur un ton plutôt léger.

On peut penser que certains d'entre eux étaient peut-être plus malicieux quand ils ont ridiculisé leur entraîneur adjoint dans une voiture d'Uber à des milliers de kilomètres d'Ottawa.

C'est une leçon pour les joueurs des Sénateurs et pour tous les athlètes professionnels, qui vivent tous des frustrations dans leurs équipes respectives. Les entraîneurs en sont souvent les boucs émissaires. Et vice-versa.

C'est surtout une leçon... pour chacun d'entre nous.

La vie privée recule et il n'y a plus rien de secret.

Soyons-en conscients.

Ça pourrait un jour vous arriver.