Crédit : Courtoisie / Red Bull

Sports d'été

Une journée dans la vie «atypique» d'une plongeuse de haut-vol

Publié | Mis à jour

Lysanne Richard connaît une remarquable saison 2018 au sein du circuit Red Bull Cliff Diving après avoir raté l'entièreté de la saison 2017 en raison d'une blessure. Elle occupe actuellement le troisième rang du classement général grâce à une victoire à Sisikon, en Suisse au début du mois d'août. Dans ce plus récent billet de blogue, elle nous invite dans son quotidien en nous racontant en détails ce qui se passe lors d'une journée typique (ou atypique) d'entraînement en vue d'une compétition.

--

C’est clair, pour vivre ce genre de vie, il faut aimer les défis. En plus de devoir faire face au manque d'accès à une plateforme représentant la hauteur réelle de compétition pour nos entrainements - puis à l’adaptation aux conditions et au panorama qui est grandement différent à chacune des compétitions -, nous devons aussi savoir gérer notre énergie... et nos nerfs!

Avant la compétition, nous avons droit à un seul entrainement sur place avant le jour J. Ce n'est pas beaucoup.

En général, nous arrivons à destination la veille de cette fameuse journée d’entrainement si importante. C’est notre unique chance de bien se préparer pour le grand jour.

Provenant d’Amérique, j’arrive avec un vol de nuit vers l’Europe, où se déroule la majorité des événements (à l'exception d'un arrêt au Texas). Inutile de vous dire que je croise mes doigts pour arriver à bien dormir lors de ces heures en altitude. Mais, évidemment, un banc d’avion à côté d’inconnus, c’est nettement moins confortable que mon lit...

Voici un exemple de journée typique dans la vie d'une plongeuse de haut-vol, LA journée de pratique.

Mostar, Bosnie

6h30, heure locale (00 h 30, heure du Québec)

Le cadran sonne

Ça me prend quelques minutes pour me rappeler où je suis en me réveillant. Je me sens un peu mélangée dans le temps. Ah, ce fameux « jetlag », on commence à bien se connaitre! Je suis dans une jolie chambre d’hôtel en Bosnie et quoi que j’ai encore les yeux collés, je me sens de bonne humeur. Enthousiaste, excitée et nerveuse... Dans quelques heures je me jette en bas du pont! 

Quelle vie... Peu de personnes ont la chance d’utiliser cette expression le sourire étampé sur le visage. Mais oui, je suis ici, à 6833 kilomètre de chez moi, heureuse, car j’ai une mission. Je viens pour me jeter en bas du Stari Most et plonger dans le glacial fleuve Neretva. Je compte bien recommencer cet exploit plusieurs fois par jour, trois jours de suite.

Ma chambre d’hôtel

6 h 45, heure locale (00 h 45, heure du Québec)

Ma routine

Je pense à ce qui s’en vient et mon cœur bat de plus en plus vite. Je dois me calmer. Pour me «grounder» j’ai ma petite routine.

Je commence la journée avec quelques minutes de méditation. Ensuite, j’ai ma recette pour me sentir prête, je relie mes notes qui comportent des détails soulignés lors de rencontres avec mon psychologue sportif et des mots-clés pour mes plongeons établis avec mon entraineur. Je visualise chacun de mes mouvements au moins six fois, sous différents angles et vitesses. Je simule au ralenti chacun de mes plongeons trois fois ou plus. Je passe à ma section d’exercices visuels qui comporte entre-autres des déplacements du regard sur certains points fixes à un rythme précis: 155 battements par minute (BPM). Je fais mes étirements et mes exercices de physiothérapie.

Crédit photo : Courtoisie / Lysanne Richard

Salle de bain de l’hôtel

7 h 35, heure locale (1 h 35, heure du Québec)

On se prépare

Je saute dans la douche, je me brosse les dents et je me maquille (j’ai une entrevue dans quelques minutes).

Restaurant de l’hôtel Emen

8 h 20, heure locale (2 h 20, heure du Québec)

Le plein

C’est le temps de faire le plein d’énergie, on a une grosse journée devant nous. Je prends un bon déjeuner santé à l’hôtel. Ensuite je sors et me rends à pieds vers mon point de rendez-vous pour les médias. Ici, dans le Vieux Mostar, les rues sont piétonnes et en grosses pierres. Je profite du charme de la vieille ville en chemin.

Point de rencontre des médias

9 h 00, heure locale (3 h 00, heure du Québec)

Entrevues

J’arrive sur place; des médias locaux m’attendent pour des entrevues. C’est super, j’adore ça! J'ai la chance de rencontrer de nouvelles personnes qui proviennent de cultures différentes de la mienne. Mais surtout, je suis très heureuse et reconnaissante que des gens s’intéressent à ce que je fais.

L'aire des athlètes

10 h 00, heure locale (4 h 00, heure du Québec)

Rencontre

Avant d’avoir le droit de plonger, on a toujours une rencontre nous informant de données pertinentes. La hauteur exacte de la plate-forme, par exemple. Pour cette compétition, c’est 21,2 mètres pour les femmes et la température de l’eau se situe entre 7 et 8 degrés celcius. Pas chaud pour la pompe à l'eau!

On a aussi droit à des consignes de sécurité spécifiques à l’endroit. Et en primeur, on a reçu le calendrier de compétition provisoire pour l’année prochaine. Je ne peux pas encore vous révéler les destinations, mais j'ai déjà très hâte à la prochaine saison.

Crédit photo : Courtoisie / Lysanne Richard

Zone d’échauffement

11 h 00, heure locale (5 h 00, heure du Québec)

Échauffement

Ok, je me sens de plus en plus nerveuse. Est-ce que c’est vraiment une bonne idée de plonger de si haut? Ben oui, je suis bien préparée. Quelques grandes respirations pour retrouver mon calme. Je commence mon échauffement qui comporte du cardio, de l’activation, des essentrics, des étirements et de la simulation de mouvement.

Plate-forme

12 h 00, heure locale (6 h 00, heure du Québec)

«Plonge, Lysanne»

J’avance sur le bout de la plateforme, admire le paysage... et essaie de trouver une certaine forme paix intérieure avant le grand saut. Je fais signe aux plongeurs en bas que tout est beau, je lance mon chamois (c’est cette petite serviette dont on se sert pour se sécher, comme un genre de «shamwow» mais spécifique aux plongeurs!). Je répète mes mots-clés et ... je saute dans le vide.

«Je vole enfin...»

Puis, je tente de sortir de l'eau aussi vite que j'y suis entrée parce qu'elle est glaciale. Vous souvenez-vous à combien? Moi j’ai déjà oublié, car mon souffle est coupé et mon cerveau est gelé. C’est pire qu’une grande gorgée de Slush Puppie cette affaire-là!

J’ai hâte de sortir et je dois m’assurer de nager rapidement vers le côté. C’est un réel défi d’attraper l’échelle avec le courant qui est très fort. Si je passe tout droit,  j'irai me jeter dans la Mer Adriatique plusieurs kilomètres plus bas.

Après être finalement sortie de l'eau, je me sèche rapidement afin de retrouver un semblant de chaleur corporelle. Tant pis pour le look, même si je semble me croire au spa je me mets une serviette sur la tête, puis je remonte à travers la ville. Ça fait toujours drôle marcher en maillot de bain, pieds nus, en pleine rue, parmi les touristes.

Une fois en haut je répète ces actions, cinq ou six fois durant la journée. C’est important de pas trop en faire pour garder mes muscles prêts pour les deux journées de compétitions qui se tiendront le lendemain ainsi que la journée suivante. Mais je dois aussi m’assurer d’en faire assez pour avoir pris mes repères et me sentir en confiance.

15 h 00, heure locale (9 h 00, heure du Québec)

Chaleur où es-tu ?

Je suis complètement gelée, je fais tout ce que je peux pour me réchauffer. Séchoir à cheveux, tuque, vêtements secs et chauds, etc. Oups, il est temps de manger un peu, ça passe tellement vite qu’on en oublie le dîner! Quelques noix, des fruits et hop j’ai déjà un peu plus chaud.

Crédit photo : Courtoisie / Red Bull

Chambre 103, motel Emen

Fin d’après-midi et début de soirée

S’assurer que tout est au point pour demain

Comme plusieurs plongeurs, je suis en ligne pour la physiothérapie. Mon corps va bien, vu les circonstances. Mais c’est certain que des traitements journaliers, lorsqu’on plonge de cette hauteur, ça aide à survivre. Il faut s’assurer d’être un peu moins (car on le sera tous pas mal quand-même) «raquée» demain.

Après un bon traitement de physio, je retourne à pied à ma chambre d’hôtel. J'en profite pour faire un peu de lèche-vitrine avant de retrouver ma chambre.

C’est le temps d’une bonne douche. De l’eau chaude, enfin! J’ai envie d’y rester des heures!

Je prépare ensuite mes choses pour le lendemain parce qu'on devra encore se lever tôt.

J’envoie mes vidéos d’entrainement à mon entraineur Stéphane Lapointe qui est à Montréal. On prend une vingtaine de minutes pour en discuter au téléphone. Il est génial, il me coach même à distance. Sérieusement j’ai de la chance d’avoir un si bon entraîneur. On forme une équipe dont je suis très fière. On réajuste un peu les mots-clés en fonction de mon entraînement d'aujourd'hui, puis on s’encourage.

«On a bien travaillé toute l’année, on est prêt, ça va bien aller», me dit-il.

Question de garder le moral, une petite séance de skype avec la famille est de mise. Mon mari et mes enfants me manquent déjà. Ça ne fait que 48 heures que je suis partie, mais on dirait que le fait qu’un océan nous sépare rend ces quelques heures plus longues. Sans oublier que la saison achève et que la fatigue commence à prendre le dessus. Bref, je me sens loin et émotive.

«Pas grave, on est fort. Je reviens bientôt et on sera heureux de se retrouver», essayant de me convaincre que tout ira bien.

20 h 00, heure locale

BBQ sur le bord du fleuve

Lors du souper la veille d'une compétition, l'organisation locale tient ce qu'on appelle le «Lucky Draw», un jeu de hasard qui sert à déterminer l’ordre de passage pour le lendemain. Cette fois, c’est un genre de concours de dessins qui déterminera l'ordre. On rit beaucoup!

Ouf, je ne suis pas numéro 1. N’importe quel numéro me va, sauf celui-là! Je suis numéro 10 cette fois, en espérant que ça corresponde avec les notes que les juges m'accorderont.

Hotel Emen

Bonne nuit

Encore de la visualisation et de la simulation de mouvement étroitement liés aux repères visuels que j’ai établi lors de mon entrainement.

J'ai la chance d'être accompagnée par mon acupuncteure Valérie Truong pour cette compétition. C’est la première fois qu’elle voyage avec moi pour une compétition et nous avons déjà prévu qu'elle m'accompagne à nouveau lors de la prochaine saison. Je profite donc d’un super traitement «tune up» avant d'aller me coucher.

Je sens déjà mes paupières lourdes...