Crédit : DARIO AYALA/AGENCE QMI

Football universitaire RSEQ

Une porte difficile à ouvrir pour Félix Ménard-Brière

Une porte difficile à ouvrir pour Félix Ménard-Brière

Matthieu Quiviger

Publié 12 septembre
Mis à jour 12 septembre

Les équipes de football sont la somme de plusieurs personnes. D’origines différentes, de caractères particuliers, de gabarits et d’intérêts multiples, elles forment des communautés d’individus qui accomplissent des tâches spécialisées au sein d’une machine complexe.

Aucune position n’est aussi particulière que celle des botteurs. Ils composent, en général, la plus petite unité d’une équipe. Ils s’entraînent avec acharnement en marge des «drills» d’équipe dans le seul but de répéter le même geste, encore et encore, peu importe les circonstances d’un match. Les botteurs m’ont toujours intrigué. Le bout de leurs orteils influence régulièrement l’issue d’une partie. Leurs triomphes sont souvent grandioses et leurs échecs peuvent être de véritables désastres.

Puisque je m’ennuyais de lui et que j’étais curieux de son sort, cette semaine, j’ai parlé à Félix Ménard-Brière, un ancien des Carabins de l'Université de Montréal.

Félix est originaire des Laurentides. Pendant ses cinq ans avec les «Bleus», il a été un de leurs joueurs les plus décorés. Membre de l’équipe d’étoiles du RSEQ et de U-Sport trois fois, il a aussi été reconnu comme le meilleur joueur des unités spéciales dans notre province lors de ses deux dernières saisons. Il a eu comme entraîneur universitaire Denis Boisclair, une véritable sommité du kick qui accompagne des athlètes depuis 1982. Avec admiration, il dit de son protégé qu’il est «une personne en constante évolution qui n’hésite pas à adopter différents stratégies pour s’améliorer».

Un tel parcours amateur ouvre généralement une place chez les professionnels, sauf peut-être pour un botteur...

En 2018, Ménard-Brière a déjà partagé les efforts de trois équipes de la LCF (Blue Bombers, Rouge et Noir et Alouettes) en plus d’avoir participé à un mini-camp des Giants de New York. Il est présentement placé sur l’unité d’entraînement de l’équipe montréalaise.

Pour comprendre à quel point il est difficile pour un botteur de se tailler une place dans la LCF, il faut faire une petite recherche historique.

Prenons par exemple les trois meilleurs botteurs de précision de l’histoire de la ligue: Luis Passaglia, Mark McLoughlin et Paul Osbaldiston. Ils ont occupé un poste au sein de la Ligue canadienne pendant respectivement 24, 17 et 17 ans. Les trois se sont directement affrontés sur les terrains canadiens de 1988 à 2000. Inutile de dire que dans ces années, peu de places ont été offertes à des recrues, et une génération complète de jeunes botteurs a été ignorée. Ensemble, le trio a enfilé 2217 ballons entre les poteaux. Si leur niveau de précision demeure historique, leur longévité chez les professionnels ne fait pas nécessairement exception.

Une expression anglaise décrit bien la pensée des entraîneurs quand vient le temps d’évaluer un nouveau venu: «better choose the evil you know».

En effet, quand ils doivent faire une sélection, leur préférence penche souvent vers celui qui a réussi 187 de ses 243 bottés (77%), plutôt que vers une recrue qui a réussi neuf de ses 10 tentatives (90%). C’est la loi des grands nombres: le vétéran n’a-t-il pas, après tout, enfilé 178 placements de plus?

Un gros défi

Ménard-Brière est conscient du défi qui se dresse devant lui. Il sait aussi que la démarche peut être longue. Il compte pourtant continuer à frapper à toutes les portes qu’on lui ouvrira. Pour l’instant, il est bien à Montréal, près des siens, même si le duel qui l’occupe soulève de vieilles passions en l’opposant à un joueur qu’il connait: Boris Bédé (ancien joueur-étoile du Rouge et Or de l’Université Laval). Pour percer dans la LCF, il ne se donne pas de date limite et demeure ouvert à un éventuel déménagement.

Jusqu’à maintenant, son rêve se poursuit. À chacun de ses passages dans une équipe, les commentaires à son égard sont positifs et il reçoit toujours des offres. Pour un botteur recrue, tout est une question de synchronisme, de patience et d’un peu de chance.

Le cheminement académique de Félix est aussi intéressant. Il est gradué du programme contingenté et fort exigeant d’architecture du paysage de l’Université de Montréal. C’est avec beaucoup d’enthousiasme qu’il discute de son domaine professionnel. En parlant de son premier stage dans une firme, il me disait: «Aussitôt que j’ai commencé, je savais que j’allais aimer la job d’architecte». Il a depuis travaillé sur des projets pendant l’été et même accepté quelques contrats pendant les sessions d’hiver.

À plus d’un niveau, Félix Ménard-Brière est un exemple à suivre pour les jeunes étudiants-athlètes québécois. Comme le répète constamment Laurent Duvernay-Tardif, «il poursuit (lui aussi) ses deux passions». De plus, si son parcours lui permettait de se tailler un poste de partant dans la LCF, il lui serait probablement possible de continuer aussi son cheminement professionnel en parallèle.

Selon Félix, les qualités qui définissent un bon botteur sont la discipline, la concentration, la technique, l’ouverture, la gestion positive de l’échec et la persévérance. Encore une preuve que le football est une grande école dont les gradués deviendront des employés et des employeurs bien outillés.