Stéphan Larouche

Photo : Stéphan Larouche Crédit : MARIO BEAUREGARD/AGENCE QMI

Boxe

Les dessous du divorce Larouche-EOTTM

Les dessous du divorce Larouche-EOTTM

Nancy Audet

Publié 10 septembre
Mis à jour 11 septembre

Au cours des 20 dernières années, l’entraîneur de boxe Stéphan Larouche s’est bâti une solide réputation. En fait, il est considéré par plusieurs comme un des meilleurs entraîneurs au pays.

En 2004, il a piloté l’équipe canadienne aux Jeux olympiques. Il a aussi été l’entraîneur des champions du monde Leonard Dorin, Éric Lucas et, plus récemment, Lucian Bute. Il a aussi aidé Jean Pascal à remettre sa carrière sur les rails au cours de la dernière année.

Après avoir  exploité la filière roumaine avec succès, il a emprunté une voie similaire avec les boxeurs kazakhs amenés au pays par la gérante Anna Reva. Il tentait de développer les carrières d’Ablaikhan Khussainov, Batyr Jukembayev et Nurzat Sabirov. Plus récemment, il était aussi devenu l’entraîneur d’Erik Bazinyan.

Mais cette aventure s’est terminée abruptement la semaine dernière lorsqu’Eye of the Tiger Management a fait savoir qu’il coupait les liens avec le réputé entraîneur. Du rarement vu dans le monde de la boxe.

Que s’est-il passé pour que le promoteur prenne une décision aussi drastique? Plusieurs personnes impliquées dans le dossier ont accepté de me donner leur version des faits.

Ce qui revient constamment dans les explications, c’est l’ambiance malsaine qui régnait au sein de l’équipe et on montre du doigt Larouche. Semble-t-il que l’entraîneur d’expérience critiquait sans cesse toutes les décisions prises par le promoteur concernant ses boxeurs. On dit aussi qu’il critiquait le travail de leur gérante Anna Reva. À tel point que l’attitude des boxeurs kazakhs avait beaucoup changé au cours des derniers mois. C’était devenu invivable.

Mais ce qui aurait fait déborder le vase, c’est une histoire entourant l’arrivée au Québec du talentueux Sadriddin Akhmedov. L’ancien champion du monde junior devait s’entraîner avec Mikhaïl Romanchuk. L’ancien entraîneur d’Artur Beterbiev chez les amateurs entraîne aussi Artur Ziyatdinov. Mais ses méthodes n’ont pas plu au jeune boxeur de 20 ans. On lui a donc proposé de travailler avec Marc Ramsay ou encore avec Vincent Auclair, mais il a refusé.

Le Kazakh avait fait son choix et c’était Larouche. Mais son promoteur n’était pas d’accord. Il voulait que Larouche se concentre sur ses nombreux protégés, dont Jukembayev. On avance que l’entraîneur québécois voulait à tout prix entraîner Akhmedov et qu’il a trafiqué dans le dos d’Antonin Décarie pour l’accueillir dans son gymnase.

Semble-t-il que Larouche n’avait pas de respect pour le vice-président d’Eye of the Tiger Management. Il tentait de le discréditer à chaque occasion, et ce devant ses boxeurs. Pire encore : une source bien informée raconte que Larouche aurait essayé de convaincre Reva de se tourner vers un promoteur américain pour mener la carrière d’Akhmedov, considéré par certains comme un des meilleurs espoirs de sa génération.

Cette trahison jumelée à tout le reste aurait convaincu le grand patron de l’organisation, Camille Estephan, de couper les ponts avec Larouche.

Son de cloche complètement différent

Depuis une semaine, le réputé entraîneur s’est emmuré dans le silence. Il a fallu plusieurs journées avant qu’une personne de son entourage accepte de nous parler. Le son de cloche est complètement différent. On prétend que Larouche a été puni parce qu’Akhmedov voulait absolument s’entraîner avec lui.

Cette confrontation ne plaisait pas du tout à son promoteur. Pourtant, on assure que Larouche s’est impliqué dans l’arrivée du boxeur kazakh au Québec et que dès le départ il devait être son entraîneur. Il y avait de vives tensions entourant le dossier Akhmedov. Est-ce que Larouche en menait trop large? Est-ce qu’il mettait souvent en doute les décisions de Décarie et d’Estephan? Oui. Très souvent et ce n’est pas un secret. Il avait le sentiment qu’il devait le faire pour protéger ses boxeurs de décisions douteuses, insiste ma source.

Un autre facteur qui aurait mené au départ forcé de Larouche, c’est l’arrivée d’un boxeur du Groupe GYM dans son gymnase. Larouche a accepté de l’entraîner. On sait que les deux promoteurs sont en guerre ouverte depuis des mois. Cette décision n’aurait pas plu, semble-t-il, à Estephan. Notre source va plus loin en traitant le grand patron d’Eye of the Tiger Management de dictateur. Il semble évidemment qu’il n’y a aucune possibilité de réparer les pots cassés.

Reva se retrouve au cœur d’une autre crise. Une source bien informée soutient qu’elle a songé à quitter le milieu de la boxe et à vendre ses contrats de gérance. Au téléphone, elle a avoué qu’elle avait eu des moments de découragement, mais elle a affirmé qu’elle ne veut pas vendre les contrats de ses boxeurs.

Au bout du compte, les grands perdants sont les boxeurs. Ils ont un combat dans un mois et ils se retrouvent au cœur d’un camp d’entraînement improvisé. Une source très près de Larouche raconte qu’ils ont beaucoup pleuré quand ils ont appris qu’ils devaient se séparer de leur entraîneur. Ils continuent de venir le voir régulièrement au gymnase. Ils sont démolis.

Bazinyan n’a pas commenté le dossier, mais il avoue que la situation est très difficile. Il devra trouver une façon de performer dans le ring le 13 octobre prochain alors qu’il affrontera l’expérimenté Francy Ntetu.

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM