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Pourquoi Taïder est sous-estimé (et autres stats)

Pourquoi Taïder est sous-estimé (et autres stats)

Vincent Destouches

Publié 03 septembre
Mis à jour 03 septembre

Dans une ambiance survoltée, l’Impact de Montréal a infligé aux Red Bulls de New York, la meilleure équipe de la MLS, sa plus importante défaite de la saison. Ce n’est pas anodin. Tactiquement appliqué et irréprochable dans l’état d’esprit, le Bleu-Blanc-Noir a rappelé de quoi il est capable dans ses grands jours. Se qualifier pour les séries ne sera pas une mince affaire, mais actuellement, plusieurs voyants sont au vert. Passons-les en revue.

Taïder s’installe dans l’élite

À Montréal comme à l’échelle de la MLS, on sous-estime grandement la saison de l’Algérien. Car, à son meilleur, Taïder évolue à un niveau phénoménal. Rarement un joueur aura apporté autant de verticalité dans l’uniforme du Bleu-Blanc-Noir. Parfois laxiste dans l’aspect défensif, il couvre cependant le terrain de manière impressionnante, et il est le joueur montréalais touchant le plus de ballons cette saison (79 par 90 minutes). En phase offensive, il est omniprésent, le jeu transitant de manière quasi systématique par lui. Et c’est là, dans la création offensive, que son apport n’est pas assez loué. Regardez bien le classement des milieux ayant effectué le plus de passes menant à un tir, en MLS, cette saison :

Joueur   Matchs joués Passes menant à un tir
1. Maxi Moralez  27 84
2. Diego Valeri 25 83
3. Federico Higuain 24 73
4. Diego Fagundez 25 72
5. Albert Rusnak  26 71
6. Borek Dockal 25 68
7. Nicolas Lodeiro 20 65
8. Sacha Kljestan 22 62
9. Haris Medunjanin 24 50
10. Ignacio Piatti  26 49
11. Valeri Qazaishvili 27 48
12. Felipe 25 48
13. Saphir Taïder 27 47

Il est en bonne compagnie, certes. Mais remarquez surtout que ce classement est truffé de milieux offensifs! Chez les milieux véritablement centraux, dans la ligue, seuls Medunjanin et Felipe ont créé plus de chances de marquer. Sauf que Taïder (5 buts, 6 passes) est lui-même plus décisif que le Bosnien (2 buts, 5 passes) et le Brésilien (0 but, 7 passes). Vraiment, le n°8 montréalais fait partie de l’élite du circuit Garber, et on ne le dit pas suffisamment.

Piatti a élargi sa palette

Les partisans ont l’habitude de célébrer le génie offensif d’Ignacio Piatti, qui, encore cette année, est le meilleur buteur de l’Impact (13) et le meilleur dribbleur de la MLS (106 dribbles complétés en 2018). Sa maestria fait malheureusement de l’ombre à une dimension pourtant très intéressante de sa saison : il est maintenant plus créateur qu’auparavant, comme en attestent ses 9 passes décisives (record personnel) et ses 49 passes ayant mené à un tir. En fait, il est tout bonnement le meilleur buteur et le meilleur passeur de l’Impact, en 2018. Alejandro Silva compte 10 passes, lui? Oui, mais vous n’ignorez pas que la MLS récompense l’avant-dernier passeur dans certains cas, et Silva a bénéficié de cette « largesse » à trois reprises. Ce n’est peut-être qu’une question de jours avant que l’Uruguayen s’affirme comme le passeur en chef du Bleu-Blanc-Noir, mais, à l’heure actuelle, Piatti fait encore la pluie et le beau temps sur le front de l’attaque montréalaise. En ce sens, il répond aux espoirs qu’on avait placés en lui; Hassoun Camara et moi-même n’avons eu cesse de répéter qu’on espérait qu’il se mette davantage aux services des autres, en 2018. Il l’a fait, tout en maintenant ses standards devant le but. Chapeau!

Montréal compte maintenant sur les CPA

Voir l’Impact marquer deux buts sur phase arrêtée... et mourir? Je blague. Mais les deux coups de tête de Rod Fanni et Bacary Sagna, face aux Red Bulls de New York, ont fait un bien fou à l’Impact, qui n’a pas l’habitude de se distinguer dans cet aspect du jeu pourtant important. Surtout, ils ont permis à Montréal de ne plus faire partie des cancres en la matière. En 2018, le Bleu-Blanc-Noir a désormais marqué 6 buts sur coups de pied arrêtés, ce qui place le club au 11e rang (à égalité) à l’échelle de la ligue. Puisque l’Impact marque peu, de manière générale, cela lui confère une proportion de 16% de buts marqués sur phase arrêtée, soit le 9e ratio le plus important de la MLS. L’ironie du sort, c’est que les meilleurs dans cette catégorie sont... les Red Bulls, avec 13 buts, soit 26% de leur total de la saison.

Percer au bon moment

Grâce à sa victoire sans appel, l’Impact paraît enfin lancé pour le sprint final, tant au niveau comptable que sur le plan collectif. Sur ses huit dernières rencontres, l’Impact affiche une moyenne de 1,50 point par match, un ratio supérieur à celui qu’il affiche sur l’ensemble de la saison (1,29). L’important en MLS est d’atteindre le meilleur de sa forme dans le dernier droit, et visiblement, l’Impact s’en approche. Le problème, c’est qu’il n’est pas le seul à le faire. Dans l’Est, Philadelphie (2,00 contre 1,48 sur l’ensemble de 2018) et DC United (2,00 contre 1,20) font des feux d’artifice... À l’inverse, la Nouvelle-Angleterre est au fond du trou (0,25 contre 1,15). Quant au TFC (1,38 contre 1,00), il s’est remis en selle, mais semble partir de trop loin pour refaire son retard. De toute évidence, ce sera une course entre Philadelphie, Montréal et DC pour les cinquième et sixième rangs.

IMFC règne à domicile

Mon credo, vous le connaissez : c’est en excellant à domicile que l’on valide son billet pour les séries; si, en plus, on est performant sur la route, alors on peut se battre pour les premiers rôles. L’Impact est une parfaite illustration de ce que je vous répète, année après année. Loin d’être brillant sur la route, l’Impact se reprend en affichant le meilleur bilan comptable de toute la MLS... depuis le 1er juin : 7 victoires, 1 défaite et 1 match nul, pour une récolte de 22 points. Mieux : avec 17 buts marqués et 5 buts encaissés, le Bleu-Blanc-Noir est à la fois la meilleure attaque et la meilleure défense à domicile sur cette période. Le hic, c’est que DC a encore 7 matchs à domicile à disputer d’ici la fin du calendrier régulier... Cela situe le niveau de difficulté pour Montréal : il faudra non seulement continuer sur cette lancée à domicile et terrasser les prochains visiteurs, à savoir New York City, Columbus et Toronto, mais probablement aussi trouver le moyen d’obtenir des bons résultats sur la route.