Lutte

Jim «The Anvil» Neidhart, l’homme fort de la Hart Foundation

Jim «The Anvil» Neidhart, l’homme fort de la Hart Foundation

Patric Laprade

Publié 14 août
Mis à jour 14 août

Jim «The Anvil» Neidhart, lutteur bien connu des années 1980 et 1990, est décédé lundi à l'âge de 63 ans.

Neidhart fut surtout connu pour l’équipe qu’il a formée avec Bret Hart, la Hart Foundation, de 1986 jusqu’au début des années 90, alors que Hart avait commencé une carrière en simple. Ensemble, ils ont remporté les titres par équipe de la WWF à deux reprises.

Né James Henry Neidhart le 8 février 1955 à Tampa en Floride, il était l’un des meilleurs lanceurs de poids aux États-Unis et avait tenté de se tailler un poste dans la NFL dans les années 70. Lorsque ce projet n’a pas fonctionné, il a décidé d’essayer la lutte professionnelle, sous les conseils du promoteur de Los Angeles, Mike LeBell. À 6 pi 1 po et faisant osciller la balance entre 275 et 300 livres, il avait le physique de l’emploi. Il est donc allé à Calgary à la fin des années 70 pour être entraîné par Stu Hart, devenant l’un des derniers à se faire entraîner principalement par le patriarche de la famille. Mis à part quelques tournées au Japon, il a lutté exclusivement pour Stampede jusqu’à l’automne 1983.

Quelle famille!

C'est durant ses années à Calgary qu'il a rencontré Elizabeth (Ellie), l'une des filles de Stu. Ensemble, ils ont eu trois filles, dont Natalie, qui lutte depuis plusieurs années à la WWE sous le nom de Natalya. Par le fait même, il devenait le beau-frère des fils de Stu, dont Bret, Owen, Keith, Ross et Bruce, ainsi que le beau-frère de Davey Boy Smith qui était lui aussi marié avec une des filles de Stu. Il est aussi devenu l’oncle d’Harry Smith (Davey Boy Smith Jr) qui lutte pour la New Japan , l’oncle de Teddy Hart, qui lutte entre autres pour la MLW et le beau-père de TJ Wilson (Tyson Kidd), marié à Natalya et qu’on a connu à la WWE comme lutteur et maintenant comme agent en arrière-scène depuis sa blessure qui a mis un terme à sa carrière dans un match contre Samoa Joe. Une autre des filles de Neidhart, Jennifer, a déjà été la conjointe du commentateur à NXT, Mauro Ranallo. C’est aussi à Calgary qu’il avait reçu le surnom «Anvil», qui veut dire enclume. Il avait remporté un concours du lancer d’enclume lors du Stampede de Calgary et le surnom lui est tout simplement demeuré.

À l’automne 1983, quelque temps après la naissance de Nattie, il a quitté Calgary et est parti lutter dans d’autres territoires, notamment dans sa Floride natale. Mais lorsque Vince McMahon a acheté Stampede Wrestling de Stu Hart, ce dernier s’était assuré que McMahon engage quatre de ses lutteurs, soit Bret Hart, Dynamite Kid, Davey Boy Smith et Neidhart. Il a fait ses débuts en simple à la WWF, ayant même des combats contre Bret Hart. Les deux ne travaillent pas ensemble pour la première fois, alors qu’ils avaient été partenaires et adversaires à quelques reprises en Alberta.

Les débuts de la Hart Foundation

C’est alors que la chance sourit à Neidhart. Insatisfait de son utilisation et ne voulant pas faire un personnage de cowboy tel qu’on lui proposait, Bret a demandé à faire équipe avec Neidhart, ce qui a finalement été accordé. Ils ont débuté de façon sporadique en 1985 avant de prendre officiellement le nom de Hart Foundation à l’automne 1985. C’est leur gérant Jimmy Hart (aucun lien de parenté) qui a trouvé le nom lorsqu’il a vu un jeune partisan avec une pancarte qui disait «Jimmy Hart’s Hart Foundation», un surnom qui faisait bien du sens quand on regarde le nom de famille des trois hommes.

Outre le nom, la couleur rose fut aussi l’une des marques de commerce de l’équipe. À leurs débuts, ils étaient vêtus de bleu et noir, mais en novembre 1986, une habilleuse à la WWF leur a suggéré de changer le bleu par du rose et d’ajouter des cœurs à leurs costumes. Vince McMahon a tout simplement adoré. Leur prise de finition est également une manœuvre qu’on se souvient, alors que Neidhart soulevait son adversaire et que Bret, après s’être lancé dans les câbles, larguait un dur coup de la corde à linge. Une prise qui, naturellement, s’appelait la Hart Attack.

Ils sont rapidement devenus les vedettes de la division par équipe avec les British Bulldogs. Ils ont d’ailleurs remporté leurs premiers titres par équipe le 26 janvier 1987 défaisant Dynamite Kid et Davey Boy Smith grâce à l’arbitre Danny Davis. Ce dernier a été affilié à la Hart Foundation par la suite. C’est pendant ce règne qu’ils ont lutté contre les frères Rougeau au Forum de Montréal lors d’un événement non-télévisé, un match qui a longtemps fait parler au Québec.

La Hart Foundation contre les Rougeau...pour les titres ou pas?

En effet, le 10 août 1987, devant 11 811 partisans, Raymond et Jacques, l’équipe la plus populaire au Québec dans les années 1980, remportaient les titres par équipe de la World Wrestling Federation. Vers la fin du combat, Jimmy Hart avait échappé son mégaphone dans l’arène en voulant aider ses gars. Malheureusement pour lui, les Rougeau en ont pris possession et pendant que l’arbitre ne regardait pas, ils s’en sont servis pour remporter le match. L’arbitre n’avait bien entendu rien vu et a déclaré les Rougeau vainqueurs et nouveaux champions par équipe de la WWF. Le soir même, au bulletin de nouvelles sportives à Télé-Métropole (l’ancêtre de TVA), on annonçait, images à l’appui, que Raymond et Jacques Rougeau étaient les nouveaux champions du monde par équipe.

Mais dans les faits, les Rougeau savaient qu’ils n’étaient pas vraiment les champions. En effet, les fans apprendraient peu de temps après par le biais de Jack Tunney, un promoteur de Toronto qui jouait le rôle du président de la WWF à la télévision, que la décision avait été renversée, car il fut démontré que les Rougeau avaient utilisé le mégaphone de Jimmy Hart. De ce fait, les titres furent redonnés à la Hart Foundation. Il s’agit ici de ce qu’on appelle dans le jargon un «Dusty finish», une situation que Dusty Rhodes utilisait à outrance lorsqu’il était le scripteur en chef pour les promotions Jim Crockett. Le but était de créer localement une équipe qui serait reconnue par l’amateur moyen comme étant les vrais champions.

Raymond Rougeau explique comment le cheminement s’est fait de l’interne :

«Au niveau politique avec les Américains, ils ne voulaient pas de Québécois babyfaces comme champions par équipe. Mais Pat Patterson trouvait que pour Montréal, ça serait bon qu’on gagne les titres. Il fallait donc trouver un moyen de nous faire gagner les titres au Québec sans que nous ayons à les perdre aux États-Unis. C’est donc Pat qui est arrivé avec cette idée.»

Des entrevues ont donc été produites seulement pour le marché du Québec en expliquant aux fans que la décision avait été renversée.

Si ce changement de titres n’a jamais été reconnu par la WWF, le suivant l’a été et il impliquait également un Québécois. Le 27 octobre 1987, Neidhart et Hart perdaient les titres face à Strike Force, équipe composée de Tito Santana et du Québécois Rick Martel. La Hart Foundation est par la suite devenue babyface lors de WrestleMania IV en 1988 et à SummerSlam, le 27 août 1990, elle remportait les titres pour une seconde fois défaisant Demolition. Lors de WrestleMania VII, Hart et Neidhart les perdaient face aux Nasty Boys, alors qu’on se préparait à mousser Bret Hart en compétiteur solo. D’ailleurs, 18 mois plus tard, ce dernier remportait le titre poids-lourd de la WWF pour la première fois.

Neidhart a lui aussi continué en simple avant d’être placé en équipe avec le frère de Bret, Owen, sous le nom d’équipe de New Foundation. Mais ça n’a été que de courte durée alors que Neidhart s’est fait montrer la porte.

Les années suivantes n’ont pas été les meilleures pour lui, alors qu’il a lutté au Japon, en Europe, à la WCW, tout ça entrecoupé de deux retours à la WWF. Lors de son second retour qui avait débuté en 1996, il a fait partie du clan qui s’appelait la Hart Foundation et qui était aussi composé de Bret, Owen, Davey Boy Smith et Brian Pillman. L’histoire était écrite de sorte que le clan était détesté aux États-Unis, mais adulé au Canada. Neidhart faisait d’ailleurs partie du match au mois de juillet 1997 à Calgary entre la Hart Foundation et l’équipe composée de Goldust, Ken Shamrock, Steve Austin et les Legion of Doom, qui avait été l’un des meilleurs de l’année à la WWF. Quelques mois plus tard, il était à Montréal lorsque Bret s’est fait voler le titre de la WWF lors du fameux «Montreal Screw Job». Il avait d’ailleurs été joindre Bret à la WCW au début de l’année 1998. Mais, âgé de 43 ans, il n’était plus au sommet de sa forme et il n’était déjà plus à la WCW par la fin de la même année. Il a par la suite travaillé sur le circuit indépendant, luttant même à Deux-Montagnes ici au Québec au tournant des années 2000. Il a aussi fait quelques présences à la WWE au fil des années, ainsi qu’à l’émission Total Divas alors qu’on pouvait le voir avec sa fille. Son dernier match avait eu lieu en 2016.

«Alors que nous étions babyfaces et eux les vilains, on a fait le tour du monde mon frère Jacques et moi contre Bret Hart et Jim Neidhart, raconte Raymond Rougeau lorsque je me suis entretenu avec lui hier. Puis ensuite, nous comme vilains et eux comme babyfaces, on a fait le tour du monde un contre l’autre une autre fois.»

Sans équivoque, la Hart Foundation a été l’une des meilleures équipes de sa génération. Neidhart avait la personnalité la plus excentrique des deux, avec sa barbichette et son rire presque dément lorsqu’il faisait une entrevue. Il était la force brute dans l’équipe alors que Bret était le technicien.

«Il était un bon travaillant, solide, stable et régulier, confirme Raymond. Il était ce qu’on appelle en anglais un "workhorse". Il était très crédible dans une arène. Quand il te donnait un coup de bélier, tu le sentais! Mais dans le vestiaire, il ne faisait pas beaucoup de bruit. Il prenait la business et ses matchs à cœur. J’aimais bien ça travailler avec lui. Lui et Bret se complétaient bien. Ils travaillaient bien ensemble et ils avaient une bonne chimie. Quand j’apprenais que j’allais travailler avec eux, j’étais bien content.»

Triste lundi à Raw

Selon Ross Hart et le rapport de police, Neidhart serait décédé d’une crise tonico-clonique, aussi appelée grand mal, due à la maladie d’Alzheimer dont il souffrait depuis quelque temps. Après s'être levé de son lit, il est tombé sur le mur, puis sur le sol, et c'est alors que son épouse a appelé la police aux alentours des 6h41. Quelqu’un me faisait remarquer que quatre des cinq membres de la Hart Foundation de 1997 sont maintenant décédés. Brian Pillman d’une crise cardiaque en octobre 1997, Owen Hart d’un accident lors d’une cascade à la WWF en 1999 et Davey Boy Smith d’une crise cardiaque en 2002. De plus, le décès de Neidhart survient un peu plus d’une semaine après ceux de Nikolai Voloff, Brian Christopher et Brickhouse Brown.

De Vince McMahon à Triple H, en passant par Jim Ross, Jerry Lawler et Sami Zayn, les messages de sympathies fusaient de partout sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter, Bret Hart était clairement abattu par le départ de son ami.

«En état de choc et triste. Je ne trouve juste pas les mots en ce moment.»

Tard en soirée, Natalya a pour sa part partagé ce message sur Twitter :

«Je ne peux mettre en mots la difficulté que ma famille et moi allons avoir de devoir dire au revoir à mon père. Il était important pour nous et rien ne pourra remplacer les moments spéciaux que nous avons partagés en famille. Mon père était un combattant et une personne vraiment spéciale. Il n'y a personne comme lui! Il va tellement me manquer. Nous allons conserver tous ces précieux moments passés avec lui près de nos cœurs. Je te promets de m'assurer que ton souvenir restera à jamais vivant. Nous t'aimons tellement Papa!»

C'était une triste journée hier à Greensboro où Raw était tourné parce que Nattie et TJ sont vraiment appréciés au sein de la compagnie. Natalya devait lutter contre Alexa Bliss, mais vu les circonstances, elle est repartie chez elle. C'est finalement Ember Moon qui l'a remplacée. Le décès de Neidhart a été mentionné à deux reprises, soit par Ronda Rousey en ouverture d'émission et plus tard, lors de ce touchant montage vidéo.