Eugène Lapierre

Photo : Eugène Lapierre Crédit : TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI

Coupe Rogers

Tennis féminin : des efforts qui tardent à produire

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Il serait injuste de comparer la portée du tennis féminin à celle du tennis masculin. Depuis plusieurs années, l’ATP a devancé la WTA en modifiant sa vision du sport. Celle-ci a entamé un virage pour stimuler davantage l’engouement des fans, mais les résultats tardent à venir.

Le circuit de Micky Lawler compte sur de grands noms comme les Simona Halep, Angelique Kerber, Maria Sharapova et Serena Williams. Il lui reste toutefois encore du travail à faire pour exploiter tout le potentiel de ses stars et de ses nouveaux visages, ce que fait à merveille le circuit masculin afin de jouir de juteux contrats de télévision.

La visibilité des hommes à l’échelle mondiale est plus importante que celle des femmes. Ce qui n’était pas tout à fait le cas il y a une dizaine d’années.

«C’est le problème du tennis féminin. La WTA fait des efforts similaires à l’ATP, mais ce n’est pas le même circuit et les mêmes moyens», a exposé le directeur du tournoi de la Coupe Rogers, Eugène Lapierre, dans son bilan de l’événement, dimanche, lors duquel il n’a pas annoncé un nouveau record d’assistance.

Il se disait tout de même satisfait des résultats puisque le tournoi a attiré près de 170 000 spectateurs, soit 5000 de moins que la marque à battre. Le court central du stade du parc Jarry n’a jamais affiché complet durant la durée du tournoi.

«La WTA s’organise comme l’ATP pour vendre ses droits depuis environ trois ans, a-t-il ajouté. La visibilité fait en sorte que si les joueuses sont plus en vue, elles sont plus adulées. Il faut avoir des joueuses qui se démarquent sur le terrain. Ce n’est pas un secret.»

Le «jackpot»

Il y a quatre ans, une joueuse pouvait propulser la WTA par son attrait: Eugenie Bouchard.

Forte d’une année exceptionnelle avec une participation à la finale de Wimbledon et de deux présences dans le carré d’as d’un Grand Chelem, Bouchard était le joyau recherché par les dirigeants.

«En discutant avec eux, ils pensaient avoir frappé le jackpot, a raconté le directeur du tournoi montréalais, Eugène Lapierre, à propos de ses discussions de l’époque. Elle pouvait mettre le tennis féminin sur la "map". Ça prenait des joueuses avec des personnalités de ce calibre.»

Malheureusement, celle qui s’était faufilée dans le top 5 mondial à l’époque a sombré au classement au fil de ses nombreuses frasques. En exposant tout le potentiel de la joueuse, Lapierre souhaite évidemment qu’elle regrimpe au classement en retrouvant ses moyens. «Si on peut découvrir de nouvelles joueuses pour remplacer les Williams et Sharapova, le circuit va se renouveler», a exposé celui qui voit la transformation s’opérer avec l’émergence de nouvelles vedettes.

Mais pour la portion du tournoi féminin montréalais, le directeur est catégorique. Malgré ses déboires, Bouchard reste une tête d’affiche. Et ce, peu importe ses défauts. C’est pourquoi on la retrouve sur les affiches publicitaires.

Énorme potentiel

«Je ne peux pas émettre de commentaires ou d’opinions sur le comportement des joueuses. On pourrait en faire plein sur d’autres joueurs comme John McEnroe. On connaît Eugenie. Ce que je vois en elle, c’est le potentiel énorme de marketing pour le sport. J’adore ça.

«C’est certain que je souhaiterais qu’elle aille plus loin sur le terrain, au tableau, a-t-il ajouté. Elle pourrait faire ce qu’elle veut, sur ou hors du terrain et sur les médias sociaux. Mais, le seul fait qu’elle soit présente, c’est bon. Elle a le potentiel. Le reste, c’est Eugenie.»

On pourrait comparer cette affirmation avec un génie qui n’utiliserait qu’une infime partie de ses capacités intellectuelles. C’est certain que le directeur du tournoi souhaiterait que tout se déroule comme sur des roulettes. Il n’en a toutefois aucun contrôle.

«Je ne peux rien dire sur ce qu’elle fait ou ce qu’elle dit. On pourrait la comparer avec des joueurs de hockey. Ils demeurent des vedettes et les gens vont l’aduler. C’est ce qu’on essaie de vendre. Les pros viennent avec leurs qualités et leurs défauts.

«Ici, on met la table pour que les meilleures joueuses du monde soient présentes et nos Canadiennes aussi pour stimuler l’intérêt auprès des jeunes. Et je peux dire que c’est mission accomplie.»