Miranda Miller

Photo : Miranda Miller Crédit : Compte Instagram de Miranda Miller

Cyclisme

La championne du monde déçoit

Publié | Mis à jour

Championne mondiale en titre, la Canadienne Miranda Miller n’a pu faire mieux qu’une huitième position, samedi, en finale de la descente de la Coupe du monde du Mont-Sainte-Anne.

Victorieuse contre toute attente en Australie l’an dernier, Miller a terminé à plus de 45 secondes de la Britannique Rachel Atherton, qui remportait un 5e titre au Mont-Sainte-Anne.

«Je connais une très mauvaise saison et je ne voulais pas venir au Mont-Sainte-Anne, a-t-elle confié. Je suis ennuyée par une vieille blessure à un poignet et je suis à environ 60 ou 70 pour cent de ma forme optimale. Je devrais prendre une pause, mais ça va attendre en octobre, après la saison.»

Miller croit-elle être en mesure de défendre son titre mondial en Suisse en septembre ?

«La réponse est non si je suis réaliste, a-t-elle reconnu. Je n’ai pas de chance de conserver mon titre. C’est une saison difficile. C’est décourageant parce que je n’ai pas l’impression de progresser. Je ne ressens pas une pression supplémentaire parce que je porte le maillot de championne mondiale. Je n’avais jamais rêvé de porter ce maillot.»

Meneuse au classement de la Coupe du monde, Atherton a signé un chrono de 4 min 51 s 443 pour devancer sa compatriote Tahnee Seagrave par cinq secondes. Les deux Britanniques ont été les seules à descendre sous la barre des cinq minutes. Victime d’un bris mécanique, l’Australienne Tracey Hannah a complété le podium.

«Si ma victoire n’a jamais fait de doute pour vous, ce fut différent pour moi, a mentionné Atherton. J’ai eu des moments de doute et je savais que j’allais devoir être parfaite. Le parcours et les amateurs sont incroyables. Je viens au Mont-Sainte-Anne depuis l’âge de 16 ans, et j’en ai maintenant 30.»

Atherton et Seagrave ne sont pas les plus grandes amies.

«Parce que la compétition est tellement intense, on ne s’entraîne pas ensemble, a souligné la quadruple championne du monde. On habite près l’une de l’autre, mais on ne se tient pas ensemble.»

Championne canadienne en titre, Vaea Verbeek a été victime d’une crevaison en qualifications. Elle a terminé en 16e position, et seules les 15 premières filles obtenaient leur billet pour la finale.

Bruni l’emporte

Chez les hommes, la victoire fut l’affaire du Français Loïc Bruni, qui a devancé l’Australien Troy Brosnan et le Britannique Danny Hart. Mark Wallace a été le meilleur Canadien avec une 13e position.

Ayant dans sa mire un Top 30, Hugo Langevin a conclu la finale en 45e place à près de 17 secondes du vainqueur, lui qui avait pris le 26e rang en 2017.

«J’ai connu une vraiment bonne course en ne commettant pas trop d’erreurs, mais j’ai été rattrapé par la fatigue, a résumé le médaillé de bronze au dernier championnat canadien. Mes mains avaient envie de lâcher le guidon. J’ai définitivement connu une meilleure course en finale que lors des qualifications. C’est spécial pour un Québécois de descendre ce parcours exceptionnel et d’entendre son nom.»

Difficile de performer en descente au Canada

Les succès canadiens en descente sur la scène internationale sont plutôt rares, contrairement au cross-country, où le Canada mise régulièrement sur des athlètes de pointe.

Qu’est-ce qui explique cette situation ? «Il y a plus de pratiquants au Canada qu’il y a 15 ans, assure Mathieu Boucher, directeur du développement à Cyclisme Canada, mais il y a un faible pourcentage de ces gens qui font la transition vers la compétition. Pour une course provinciale, on retrouve entre 250 et 300 coureurs dans l’Ouest, comparativement à 125 ou 150 au Québec. L’offre est aussi moins grande, même si les grosses stations continuent en raison du volume.»

«Une façon de connaître du succès pour les stations serait d’offrir des parcours pour les jeunes — et le papa qui suit — et des parcours pour les coureurs plus expérimentés, poursuit Boucher. Les parcours doivent être moins intimidants. Au Mont-Sainte-Anne, on retrouve une superbe belle petite installation (pump track). Pour connaître du succès au niveau international, ça prend un bon bassin.»

Le Canada peut-il espérer un jour rivaliser avec les puissances que sont la France, la Grande-Bretagne et l’Australie ?

«Je ne suis pas convaincu qu’on puisse être une nation dominante, a reconnu Boucher, mais nous avons des athlètes extraordinaires. Il n’y a pas de raison qu’on n’ait pas de champion du monde un jour.»

Le regretté Steve Smith était monté sur la deuxième marche du podium au mondial de 2010 présenté au Mont-Sainte-Anne.

«Des champions peuvent inspirer les jeunes, comme on l’a vu avec Marie-Hélène Prémont, indique Boucher. Steve avait un rayonnement incroyable. Si la descente était acceptée aux Jeux olympiques, ça provoquerait un changement très important. Au Canada, le financement est relié aux performances olympiques. Le financement revient actuellement beaucoup aux athlètes.»

Démocratisation

Patrice Drouin aimerait lui aussi que la descente puisse prendre de l’essor.

«C’est un sport incroyable qui est méconnu, résume le président de Gestev. À l’exception de quelques nations, il y a peu de pays qui ont des programmes soutenus en descente. Le Canada n’est pas toujours là et les États-Unis sont moins là. Entre 1991 et 2000, il y avait quatre étapes de la Coupe du monde en Amérique du Nord, et nous sommes maintenant les seuls. La création de plus petits parcours à des coûts moindres pourrait démocratiser le sport.»