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Paul Rivard

Wimbledonneries (3)

Wimbledonneries (3)

Paul Rivard

Publié 12 juillet
Mis à jour 12 juillet

Le tournoi de Wimbledon est un événement en soi. Sa situation unique dans l’histoire (prestige) comme dans la surface de jeu (l’herbe) nous donne encore plus de sujets et/ou d’anecdotes à traiter. Voici quelques notes, observations et opinions sur cette compétition de tennis unique dans le calendrier annuel.

Anderson gâche la fête

On dira ce qu’on voudra sur la parité. On dira ce qu’on voudra sur ces joueurs valeureux, méconnus, négligés et... forcément... méritoires, c’est un véritable tremblement de terre que le Sud-Africain Kevin Anderson a déclenché en sortant le favori sportif et sentimental, Roger Federer, au stade des quarts de finale de l’édition 2018.

On les admire, ces négligés, mais 99,9% des amateurs de tennis souhaitaient voir le plus grand joueur de l’histoire poursuivre son chemin jusqu’en finale. Encore.

Depuis qu’il avait été sorti en demi-finale du tournoi de 2016, par Milos Raonic, Roger Federer était invincible sur le gazon anglais, sa deuxième patrie. Il avait remporté 34 manches consécutives avant de voir Anderson mettre fin à cette séquence irréelle, mercredi. Pire, Federer avait obtenu balle de match à 5-4 dans le troisième set. Encore pire, la fiche de Federer, quand il menait deux manches à zéro en Grand Chelem était de ...266 victoires et deux défaites.

Pas de 9e titre à Wimbledon pour le métronome suisse. Et c’est peut-être cette séquence de 14 manches consécutives remportées par Federer, cette année, qui lui aura nui, finalement. Car il a peut-être manqué d’essence quand Kevin Anderson l’a privé de la victoire, si près de la ligne d’arrivée.

Federer est un surdoué, on le sait, mais il aura 37 ans dans un mois. Et malgré ses capacités hors normes, le temps commence peut-être à le rattraper.

Goliath contre Goliath

Le match de quarts de finale opposant le Canadien Milos Raonic à l’Américain John Isner était un petit événement dans le grand. Et c’est probablement la seule fois qu’on peut utiliser l’épithète «petit» dans cette confrontation où c’est plutôt le qualificatif «grand» qui revient constamment.

Deux machines à lancer des bombes, de véritables menaces pour les juges de lignes ainsi que pour les chasseurs et chasseuses de balles qui, suggérait un comique, auraient peut-être dû être pourvus d’armures afin de pouvoir survivre jusqu’à la fin de la rencontre.

D’entrée, nous avions un Raonic qui, à 6 pieds et 5 pouces était le moins grand des deux athlètes, Isner culminant à 6 pieds et 10 pouces!!!

Le Canadien détenait le service le plus rapide du tournoi, à 147 mph (236,5 km/h), l’Américain était deuxième avec un missile à 144 mph (231,7 km/h)

C’est toutefois l’Américain qui menait au chapitre de ces bombes, après quatre matchs à Wimbledon, avec une moyenne de 33 as par match. Le Canadien, lui, était deuxième avec sa moyenne de 29 par rencontre.

Mobilité réduite

Résultat pour ce quart de finale : Raonic a dominé avec 31 as contre 25 pour Isner. Mais c’est bien la seule fois où notre compatriote aura devancé son rival puisque Isner aura maintenu un pourcentage de 73% sur première balle, contre 70% pour Raonic. Et quand le premier service passait, Isner a fait le point 90% du temps, ce qui est énorme, en comparaison à Raonic qui inscrivait le point 80% des fois où sa première balle était en jeu.

Avant ce match, John Isner avait gagné trois des quatre affrontements entre les deux joueurs. Sept des neuf manches s’étaient conclues sur le bris d’égalité, Isner ayant enlevé quatre bris contre trois pour Raonic.

Ce 11 juillet 2018 ne semblait pas vouloir faire exception à la règle. Chacun d’eux a remporté une manche au bris d’égalité. Il aura fallu attendre la 120e minute avant de voir une première chance de briser. Et c’est Isner qui l’a obtenue. Et c’est Isner qui en a profité pour prendre le large.

Cela dit, ce dernier n’a pas volé cette première présence en demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem. Même s’il a probablement profité d’une mobilité réduite de son adversaire, blessé à la jambe droite.

Oui, les mots «Raonic» et «blessé» se sont encore côtoyés dans un même texte, une réunion qui est devenue malheureusement fréquente depuis déjà trop longtemps. Et dire qu’on vantait ce Raonic en santé, lorsque le tournoi en est arrivé à sa deuxième semaine.

Décidément, celui que j’ai surnommé «l’homme de porcelaine» le 6 octobre dernier, dans ce même blogue, a encore été trahi par son corps. Pourra-t-il jouer une saison sans blessure d’ici la fin de sa carrière?

On peut en douter. Mais on le lui souhaite tellement.

Parité ? Vous avez dit PARITÉ ?

On a souvent déploré le fait que le tennis féminin était incapable de trouver une remplaçante stable à Serena Williams.

Pendant l’absence de cette dernière, en congé de maternité, elles ont été plusieurs à jouer à la chaise musicale avec le trône dévolu à la première joueuse mondiale. De Kerber à Pliskova... à Muguruza... à Halep... à Wozniacki à... Halep. Personne ne semble vouloir ou pouvoir s’établir au sommet, alors que Serena leur a laissé le champ libre. Et devinez qui est en train de remonter, tranquillement pas vite? Serena.

Dans cette édition bizarre de 2018, au tableau féminin, les DIX premières têtes de série ont plié bagage dans la première semaine, une première depuis l’établissement d’un système de favorites, en ...1920 (oui, oui, il y a un siècle).

Ainsi, c’est la 181e joueuse au classement de la WTA et établie 25e tête de série cette année à Wimbledon, une maman de surcroît, qui pourrait bien remporter le titre. ENCORE!

Et, le cas échéant, Serena Williams obtiendrait son 24e titre du Grand Chelem, égalant le record absolu, hommes ou femmes confondues, qui appartient à l’Australienne Margaret Court.

Quelques minutes avant de confirmer son laissez-passer vers la finale, voici ce que le journaliste du New York Times, Ben Rothenberg a publié sur Twitter... avec justesse.

Revenant sur la controverse de l’établissement des têtes de série, il voulait savoir comment le comité de sélection avait pu s’imaginer insérer Williams aussi loin que le 25e rang...