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Boxe : des odeurs de collusion?

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On a vu des histoires de collusion dans le milieu de la construction et dans celui des pétrolières au cours des dernières années. On a possiblement assisté à la première dans le milieu de la boxe, lundi, lors de l’appel d’offres pour le combat entre le champion WBC des mi-lourds Adonis Stevenson et son aspirant obligatoire, l’Ukrainien Oleksandr Gvozdyk.

Après le dépôt des enveloppes des participants dans un hôtel de Manhattan, le promoteur Tom Brown, par l’entremise de son représentant Phil Weiss, a remporté facilement l’appel d’offres avec un montant de 3,102 millions $ US. Pour leur part, Yvon Michel (GYM) et Carl Moretti (Top Rank) avaient déposé des propositions respectives de 2,101 millions $ et de 1,675 million $.

Toutefois, moins d’une minute après l’annonce du superviseur du WBC Bob Yalen, Weiss a retiré son offre, même s’il avait un délai de 10 jours pour le faire. Selon les règlements du WBC, c’est le détenteur de la deuxième plus haute mise qui gagne les droits du combat. Lundi, c’était Yvon Michel.

Est-ce qu’Al Haymon a voulu s’assurer que PBC mette la main sur ce duel en envoyant deux de ses promoteurs à la même table? Ce n’est pas impossible, même si Michel se défend d’avoir été de connivence avec le représentant de Brown.

«Je ne savais pas qu’il allait être là et l’offre qu’il allait déposer, a indiqué le patron du Groupe GYM au "Journal de Montréal". Pour ma part, j’allais là pour gagner.»

«Je m’attendais à ce que Top Rank mette entre 1,5 et 1,7 million $ dans son enveloppe. Donc, j’avais besoin de 1,8 million $ pour les battre. J’ai décidé de m’étirer le cou jusqu’à 2,101 millions $ pour être sûr de l’emporter.»

Pour ce qui est de la manœuvre de Weiss, Michel a été bon joueur.

«Je sais que ça paraît très mal. C’est maladroit, mais pas illégal selon les règlements du WBC», a-t-il souligné.

Un désaveu?

Si on n’a pas assisté à une manœuvre de collusion, on peut voir la stratégie de Haymon comme un désaveu important à l’endroit de Michel.

«Il croyait sûrement que je n’avais pas les fonds nécessaires pour remporter l’appel d’offres, a confié le promoteur québécois. J’ai fait mon analyse et mon offre de façon indépendante.»

Dans le fond, Brown a été le filet de sécurité de Haymon et de Michel. Si Top Rank avait déposé une offre plus agressive, ils étaient tout de même assurés d’avoir les droits du combat.

Plusieurs observateurs du monde de la boxe ont dénoncé la méthode utilisée par Haymon et ses acolytes qui est à la limite de la légalité. Il faut croire que tous les moyens sont bons pour avoir la mainmise sur les duels de Stevenson.

Une entente en après-midi

On a assisté à une réaction en deux temps de Top Rank dans ce dossier. Dans les minutes après l’annonce du résultat, Bob Arum et Carl Moretti étaient en furie. Les deux hommes de boxe voulaient faire appel afin de recommencer le processus.

Quelques heures plus tard, Moretti et Arum avaient changé de ton. À la lumière de leurs déclarations dans les communiqués et de leurs réponses fournies au «Journal de Montréal», on peut penser qu’ils ont obtenu une compensation pour les désagréments subis en début d’après-midi.

Après tout, en l’espace de quelques secondes, leur pugiliste venait de voir sa bourse être réduite de 465 000 $. Un promoteur comme Arum ne laisse pas passer une telle injustice sans obtenir un dédommagement. En retour, il a promis son entière collaboration à Michel dans la promotion du gala qui aura lieu le 3 novembre à Québec.

En attendant, le président du WBC Mauricio Sulaiman annoncera jeudi s’il donne ou non sa sanction à ce combat. Il serait surprenant qu’il décide de reprendre l’appel d’offres. Par la suite, GYM aura jusqu’au 12 juillet pour remettre 10 % de la somme déposée de l’appel d’offres (210 100 $).