SPO-JOËL BOUCHARD NOMMÉ ENTRAÎNEUR-CHEF DU ROCKET DE LAVAL

Crédit : Sébastien St-Jean / Agence QMI

Canadiens

Les huit mandats estivaux de Marc Bergevin

Publié | Mis à jour

Maintenant qu’Alexander Ovechkin et les Capitals de Washington ont gagné leur toute première coupe Stanley, il y aura un temps mort d’ici à ce que les activités estivales de la Ligue nationale de hockey (LNH) commencent.

Mais le repêchage de Dallas approche déjà et Marc Bergevin, directeur général des Canadiens de Montréal, a huit choses à faire cet été s’il veut éviter à son club et, surtout, à ses partisans, une autre saison désolante.

1. Refill de talent

Parlez à un expert en recrutement et vous apprendrez qu’une équipe a souvent davantage intérêt à sélectionner des joueurs selon le talent disponible plutôt que d’après les besoins à l’interne au repêchage.

Du talent, il n’en manque pas cette année au repêchage et une seule certitude subsiste : Rasmus Dahlin ne sera plus disponible quand les Canadiens parleront au troisième rang. Les Sabres de Buffalo auront sélectionné le défenseur suédois, mais Bergevin et son directeur du recrutement Trevor Timmins pourront se rabattre sur des prix de consolation pas piqués des vers en Andrei Svechnikov, Filip Zadina ou Brady Tkachuk. Il appert donc que le plus grand talent de l’encan se retrouve à l’attaque, en excluant Dahlin.

En respectant le théorème susmentionné, le Tricolore choisira soit l’ailier russe des Colts de Barrie (Ligue de hockey junior de l’Ontario [OHL]), celui des Mooseheads de Halifax (Ligue de hockey junior majeur du Québec [LHJMQ]) ou le fils de Keith Tkachuk (Université de Boston).

D’une pierre deux coups : en choississant le meilleur joueur disponible, les Canadiens répondront aussi à leurs besoins immédiats en renflouant leur banque de talent offensif, aspect du jeu qui a tant failli en 2017-2018 (207 buts marqués, 29e rang de la LNH). 

2. Capitaine, Ô! mon capitaine...

En théorie, Bergevin n’échangera pas son choix de premier tour au repêchage - une sélection trop précieuse à ses yeux – à moins qu’une époustouflante offre de transaction ne fasse surface. Or, cela ne signifie pas pour autant que l’été du Tricolore se déroulera sans échange.

Les exploits des Golden Knights de Vegas ce printemps ont relégué aux oubliettes un dossier chaud de la fin de la saison : l’avenir de Max Pacioretty à Montréal.

Qu’importe le dénouement de cette saga, le patron hockey du CH doit adresser la situation de son capitaine, soit en échangeant le numéro 67 autour de qui les rumeurs de transaction ont fusé de toutes parts ou en renouvelant son contrat. L’entente actuelle de Pacioretty lui rapporte en moyenne 4,5 millions $ annuellement et prendra fin au terme de la campagne 2018-2019.

Une chose semble claire  au vu des déclarations de Bergevin et c’est que le troisième choix au total du repêchage ne sera vraisemblablement pas inclus dans un échange impliquant Pacioretty.

Crédit photo : Martin Chevalier / JdeM

3. Amour impossible

Le cas John Tavares s’éclaircit avec le temps. L’attaquant semble destiné à signer un nouveau contrat avec les Islanders de New York avant l’ouverture du marché des joueurs autonomes. Le club de Brooklyn – anciennement de Long Island, bientôt du Queens – prend des mesures pour stabiliser son futur et son capitaine pourrait donc être tenté de rester dans l’uniforme qu’il a endossé toute sa carrière. Du moins, les «Isles» sont allés chercher un vieux de la vieille pour en parler avec lui.

Le rôle de Bergevin dans l’histoire? Rester à l’affût. L’ancien défenseur des Islanders ne se fait pas d’illusions, mais rêve sans doute de se débarrasser de son éternel ennui, soit le manque à gagner à la position de centre. Un John Tavares disponible le 1er juillet deviendrait un jeu de loterie; mais pour gagner, il faut acheter un billet. Cela tombe bien puisqu’à l’heure actuelle, le DG dispose d’un peu de marge de manœuvre sous le plafond salarial.

4. La ligne bleue

Ce qui nous amène à l’autre ennui de Bergevin (il n’en a pas manqué cette saison). Le CH a accordé le septième plus haut total de buts de la LNH en saison régulière (258). Il n’y a pas à douter que le DG ait déniché deux jeunes espoirs défensifs en République tchèque pour tenter de gagner en profondeur sur le flanc gauche.

Est-ce que l’ajout de Michal Moravcik et de David Sklenicka résoudra le problème? Il est permis d'en douter. À moins d’une transaction majeure qui modifierait significativement la situation financière au repêchage, répétons que Bergevin a beaucoup d’espace pour travailler sous le plafond salarial; la masse de l’équipe se situe à seulement 62 millions $ au moment d’écrire ces lignes, largement en deçà du plafond en vigueur de 75 millions $ et encore plus loin des prévisions salariales pour la prochaine saison (entre 78 et 82 millions $).

Ainsi, ce ne serait pas un luxe de trouver une autre option défensive sur le marché des joueurs autonomes. On parle des Mike Green, Toby Enstrom, Jack Johnson, Kevin Bieksa... Pour l’instant, même John Carlson, des Capitals de Washington, est disponible. Et le contrat de l’ancien porte-couleurs russe du Bleu-blanc-rouge Alexei Emelin vient à échéance cet été...

Il faudra toutefois éviter l’écueil d’attirer un arrière moyen à trop fort prix. Vous avez le droit d’évoquer l’histoire de Karl Alzner l’été dernier si le cœur vous en dit.

5. Le col roulé

Dossier mineur à régler s’il en est un : celui de Tomas Plekanec. Il tombe sous le sens que Bergevin a le devoir, par respect pour l’attaquant, minimalement d'entrer en contact avec lui, que ce soit pour lui offrir une entente, négocier un contrat à rabais ou encore lui signifier la fin définitive de leur relation, après une quinzaine d’années de services.

Si Plekanec ne s’entend pas avec le CH, la priorité du centre de 35 ans cet été, il sera ardu pour le numéro 14 de trouver une niche ailleurs. Le Tchèque en déclin n’a récolté que deux aides en 17 matchs de saison régulière avec les Maple Leafs de Toronto après son échange, mais a tout de même inscrit deux buts et deux aides en sept matchs de la série de premier tour contre les Bruins de Boston. «Pleky» a 998 matchs de saison régulière à son compteur depuis le début de sa carrière.

Crédit photo : AFP

6. Les «RFA» 

Quatre contrats de joueurs autonomes avec compensation sont à renouveler dans le personnel régulier. Trois dossiers, ceux de Daniel Carr, de Jacob De La Rose et surtout celui de Logan Shaw, ne sont en apparence pas particulièrement compliqués à régler.

Mais le clan de Phillip Danault voudra certainement décrocher une substantielle augmentation de salaire. En l’absence d’un joueur de centre d’élite, le Québécois a maintes fois rempli les fonctions de premier pivot du contingent offensif pendant la campagne 2017-2018. L’ancien des Tigres de Victoriaville dans la LHJMQ a récolté 25 points en 52 matchs.

Danault touchait 912 500 $ annuellement en vertu de son précédent contrat; peut-on s’attendre à le voir engranger 2 à 3 millions $ annuellement sur les deux ou trois prochaines saisons? Ce serait le salaire raisonnable à octroyer à un joueur de deuxième ou de troisième trio... à condition bien sûr que Bergevin puisse trouver une meilleure option sur sa première ligne.

7. La terreur de l’infériorité numérique

Avant le début de la saison 2018-2019, Bergevin voudra assurément renouveler le contrat de Paul Byron qui vient à échéance à la fin de cette campagne. Petit, mais fougueux, Byron dispose d’habiletés uniques et, surtout, d’une vitesse ahurissante. Si le DG est cohérent avec sa vision du hockey moderne - «vitesse, vitesse et encore la vitesse», disait-il au site officiel de la LNH en mai -, il voudra absolument garder Byron dans ses rangs au moins à moyen terme.

L’Ontarien de 29 ans n’en coûtera que 1,17 millions $ à faire jouer cette année, mais sa rétribution augmentera significativement dès 2019-2020, surtout s’il maintient son rythme de 20 buts par saison atteint en 2016-2017 et maintenu depuis.

Crédit photo : JOEL LEMAY/AGENCE QMI

8. Le message

L’été dernier, Bergevin avait laissé aller Andrei Markov en Russie, n’avait pas protégé Alexei Emelin au repêchage d’expansion et attiré Alzner sur le marché des joueurs autonomes. Le directeur général concluait publiquement qu’il trouvait avoir amélioré sa formation défensivement.

S’ensuivaient six défaites en six matchs préparatoires et une saison régulière calamiteuse. Le Tricolore n’a même jamais été dans le coup et a fait piètre figure en défensive.

En septembre prochain, il faudra peut-être veiller cette fois à ne pas monter les attentes.  Bergevin et les Canadiens, autant sur la glace que dans la gestion de leur effectif de joueurs, ont tout à prouver cette année.