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L’énigmatique M. Vargas

L’énigmatique M. Vargas

Vincent Destouches

Publié 04 juin
Mis à jour 04 juin

Jeisson Vargas est un joueur à part. Il a clairement le pouvoir de se rendre invisible et de réapparaître à son gré. Encore un peu et il se méritera le surnom de Frodon...

Un texte de Vincent Destouches.

En règle générale, ce type de joueur appartient à la catégorie des erreurs de casting. Sauf que Vargas a la particularité d’être décisif, et pas qu’un peu! Il est le « monsieur plus » de l’Impact en 2018, sans pour autant avoir fait étalage du talent qu’on lui prête.

Contre Houston, le Chilien de 20 ans a marqué son quatrième but de la saison – trois d’entre eux ont été des buts gagnants. Pour l’Impact, qui n’avait pas marqué depuis plus de sept heures de jeu en MLS, c’est autant un soulagement qu'une bénédiction.

Soyons franc : Vargas a traversé la plupart des matchs comme un fantôme. En fait, sa contribution offensive est inversement proportionnelle à son importance dans le jeu montréalais.

Trois mois après le début de la saison, et après 11 matchs joués (dont 8 dans la peau d’un titulaire), j’attends toujours de voir quel genre de joueur est Vargas.

Il s’est très peu dévoilé, dans les faits. Peu de dribbles enflammés, de percées flamboyantes ou de passes déséquilibrantes à se mettre sous la dent. En fait, la seule certitude que j’ai sur le Chilien, c’est qu’il est un excellent tireur de coup franc.

Mais les faits sont là. Il marque et fait gagner l’Impact de Montréal. Que demander de plus?

Faible activité

Samedi, Rémi Garde a proposé un ajustement tactique qui mettait Vargas à l’honneur, puisqu’il le plaçait dans un rôle de no. 10 dans un 4-2-3-1. Cela lui conférait une liberté de mouvement dans l’axe, lui qui n’avait pas semblé spécialement à l’aise sur l’aile depuis le début de la saison.

En somme, il se voyait remettre les clés de la création offensive d’une équipe qui manquait désespérément d’idées dans ce domaine. L’attente était donc grande.

Sa relation technique avec Nacho Piatti, vantée par Rémi Garde, devait servir de détonateur. Sa présence entre les lignes pouvait aussi permettre à Jackson de s’exprimer davantage sur le front de l’attaque. Mais ça, c’était la théorie. La réalité est tout autre, comme le montre le graphique de ses passes.

Vargas a été très peu actif. Aucun ballon donné dans la zone payante. Une seule toute petite passe pour Jackson. Aucune passe clé, déclenchant une occasion de tirer/marquer.

À sa décharge, tout le secteur offensif montréalais semble se chercher actuellement. Pas évident d’avoir l’air d’un génie dans ce contexte... De plus, sa discrétion est aussi le résultat du bon travail défensif de Houston, dont le bloc compact ne lui a laissé que trop peu de temps et d’espace pour qu’il puisse faire parler son talent.

Mais tout de même.

Besoin de rythme

Jeune, Vargas est peut-être encore un peu tendre pour la MLS. Il devra se montrer beaucoup plus engagé dans les duels, trouver un moyen de mieux protéger son espace et parvenir à faire jouer sa technique pour tourner avec le ballon. Il a en ce sens beaucoup à apprendre de son compère Piatti, un maître dans le genre.

Malgré tout, à la différence de plusieurs autres recrues de l’Impact, Vargas fait une différence au tableau d’affichage. C’est tout ce qui importe jusqu’ici.

Comme son (splendide) but l’indique, Vargas a de la qualité. Je ne parle pas seulement de la frappe, mais bien de tout l’enchaînement technique qui y mène. Il ne l’exprime que trop rarement – ou se montre trop rarement en mesure de le faire, c’est selon –, mais elle est là.

C’est tout le problème de la saison de l’Impact. Veut-on construire et donner du temps à des Vargas de se trouver, ou veut-on remplacer des questions par des certitudes durant le mercato estival?

Dans tous les cas, Vargas a sa place. J’ai du mal à dire s’il jouera un rôle de premier ou de deuxième plan, mais pour l’instant, il est l’un des rares qui livre une quelconque marchandise.