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Crédit : wwe.com, Pro Wrestling Illustrated

Lutte

Bruno Sammartino, le plus grand champion de l’histoire de la WWE

Bruno Sammartino, le plus grand champion de l’histoire de la WWE

Patric Laprade

Publié 19 avril
Mis à jour 19 avril

Imaginez un lutteur être champion pendant plus de sept ans.

À l’ère où les longs règnes se font rares et où être champion pendant un an tient du miracle, Bruno Sammartino l’a été pendant 2 803 jours.

Les plus cyniques diront qu’il est facile d’être champion à la lutte lorsque l’issue des combats est déterminée par celui qui écrit le script. Mais ils auraient tout faux. Comme un acteur qui n’obtient que des premiers rôles, il faut certaines qualités pour demeurer champion aussi longtemps. Le lutteur en question se doit d’être charismatique, d’avoir une bonne connexion avec la foule, d’être crédible dans son rôle, d’attirer les gens à regarder ses combats à la télévision, mais encore plus, à débourser pour aller le voir lutter en direct, et finalement, il doit avoir le bon gabarit.

Sammartino avait toutes ces qualités.

Mais son avenir dans le monde de la lutte professionnelle ne semblait pas si rose au début. Après avoir débuté sa carrière en 1959, il commença à travailler pour Vincent  J. McMahon, mais un problème de communication lui ferma les portes du territoire. C’est finalement Frank Tunney, le promoteur de Toronto, qui lui donna sa vraie première chance. Bruno se développa rapidement et plus tôt que tard, McMahon le recontacta. Il voulait non seulement que Bruno revienne, il voulait le ramener comme champion.

En effet, l’une des plus grandes vedettes de l’écurie McMahon, «Nature Boy» Buddy Rogers, avait des problèmes de santé et on voulait lui retirer le titre. Puisqu’à l’époque il était important de battre le champion pour donner de la crédibilité au prochain champion et au titre, on organisa un combat au Madison Square Garden qui ne durera que 48 secondes.

C’était le début d’un long règne pour Sammartino.

Né le 6 octobre 1935 à Pizzoferrato en Italie, l’enfance de Sammartino ne fut pas de tout repos. Son père était parti pour Pittsburgh aux États-Unis un peu avant le début de la Deuxième Guerre Mondiale. Mais lorsque les Allemands d’Hitler prirent possession de l’Italie, le jeune Bruno, sa mère, son frère et sa sœur tenteront par tous les moyens de s’échapper, demeurant plus d’un an dans les montagnes avec presque rien à manger. Il arriva finalement en Amérique en 1950, maigre comme un clou. C’est à ce moment que Bruno découvrit l’entrainement physique, ce qui changera considérablement sa vie. Une décennie plus tard, il sera reconnu comme un des lutteurs ayant le physique le plus imposant et un homme fort, un vrai.

Après avoir gagné le titre de la WWWF (l’ancêtre de la WWE) face à Rogers, il devint rapidement le lutteur le plus populaire dans le nord-est des États-Unis, principalement à New York et à Pittsburgh, sa ville d’adoption. Remplir le Madison Square Garden était devenu une seconde nature pour lui, défaisant à peu près tous les heels disponibles de 1963 à 1971, jusqu’au jour où il subit la défaite face au Franco-Ontarien Ivan Koloff, causant une onde de choc dans le milieu. Le but était de faire de Pedro Morales, qui battra Koloff pour le titre moins d’un mois plus tard, la nouvelle vedette. Mais les foules n’accouraient pas autant et un peu moins de trois ans plus tard, on redonna le titre à Sammartino. Cette fois-ci, le champion de transition fut un Québécois d'Arvida, au Saguenay, Stan Stasiak. Sammartino garda le titre pendant plus de trois ans. Son règne combiné de 4 040 jours ne sera jamais égalé.

Si son match de 48 secondes contre Rogers avait fait parler, deux autres combats le feront encore plus. En avril 1976, Stan Hansen brisa carrément le cou de Sammartino avec un enfourchement. Un bête accident. On s’est servi de cette réalité pour en faire une histoire et le combat revanche deux mois plus tard attira 32 000 personnes au Shea Stadium de New York. Quatre ans plus tard, 36 000 fans franchiront les tourniquets du stade des Mets pour voir Bruno affronter  son ancien protégé, Larry Zbysko, après que ce dernier se soit tourné contre son mentor. Il s’agit des deux plus grosses foules que Sammartino a attirées au cours de sa carrière.

Le chant du cygne était arrivé pour Bruno. Mais au milieu des années 80, Vincent K. McMahon lui fit faire un retour avec son fils David, mais le tout ne fonctionna pas comme prévu et Bruno quitta officiellement le monde de la lutte professionnelle. Dans les années qui ont suivies, il fut très critique du produit présenté par McMahon et principalement de la présence de stéroïdes et de drogues dans la lutte. C’est pourquoi les amateurs ont dû attendre jusqu’en 2013 avant de le voir être intronisé au Temple de la Renommée de la WWE.

Hospitalisé depuis quelques mois et plus de 30 ans après sa retraite active, Sammartino a perdu son dernier combat hier matin vers les 9 heures, à l’âge de 82 ans, avec sa femme Carol et ses garçons David, Danny et Darryl à ses côtés. Il sera reconnu pour toujours comme l’un des plus grands lutteurs de tous les temps et certes, le plus grand champion de l’histoire de la WWE.

(De gauche à droite, Gino Brito, Dominic Denucci, Tony Lanza, Bruno Sammartino et Dino Bravo)

La connexion italienne à Montréal

Dans les années 70, il y a avait tellement de lutteur d’origine italienne qu’on pouvait former une connexion entre ceux-ci, un genre de clan, qui se promenait partout dans le nord-est des États-Unis, en Ontario, mais aussi ici au Québec. Parmi ceux qui en faisaient partie, on retrouvait notamment Tony Parisi, Dominic Denucci, ainsi que les Québécois Tony Lanza, Dino Bravo et bien entendu, Gino Brito.

«Moi, Bruno et Tony, à New York, on était toujours ensemble, se souvient Brito lorsque joint au téléphone. On a souvent voyagé ensemble. J’ai même été au Japon avec lui. Dans le temps qu’il était promoteur à Pittsburgh, on était là tout le temps. On allait à l’opéra, au restaurant. Je m’attendais bien avec Bruno. Le meilleur argent que j’ai fait comme lutteur c’était à New York parce que c’était Bruno qui était là dans les finales et ça attirait des grosses foules. Comme lutteur, c’était le gars qui marchait le plus à New York. Un des plus grands de l’histoire.»

Sammartino avait fait ses débuts à Montréal le 30 mars 1960, alors qu’il commençait tout juste sa carrière. Un mois plus tard il faisait déjà des finales contre des lutteurs comme Rogers et Killer Kowalski. Il affronta même un jeune Giant Baba au Forum de Montréal, lors d’une des premières tournées nord-américaines du Nippon. Il lutta aussi à quelques reprises pour les As de la Lutte de Johnny Rougeau dans les années 60 et pour Lutte Grand Prix au début des années 70.

«Je me souviens encore de mon premier combat contre Bruno. C’était à Detroit, se rappelle l’ancien lutteur et promoteur de Lutte Grand Prix, Paul Vachon. Quand on l’a fait venir pour Grand Prix, il avait surtout fait équipe avec Édouard Carpentier, mais il luttait aussi avec Brito et Bravo, les Italiens.»

Comme quoi cette clique est demeurée tissée serrée, Denucci, qui a longtemps habité à Montréal et qui habite maintenant à Pittsburgh, est toujours resté un ami proche de Bruno. Hier matin, c’est la fille de Tony Parisi qui a appelé Brito pour l’aviser de la nouvelle.