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Crédit : Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBEC

Sports divers

Un paraplégique à l'assaut du Kilimandjaro

Publié | Mis à jour

Les défis n’ont jamais effrayé Jimmy Pelletier. Mais cette fois, c’est bien plus qu’un défi qui attend l’athlète paraplégique qui vivra, à 41 ans, l’aventure de sa vie en s’attaquant à l’ascension du Kilimandjaro le mois prochain.

Paralysé des deux jambes depuis un accident de voiture survenu alors qu’il n’avait que 19 ans, Jimmy Pelletier tentera d’accomplir un exploit que seule une autre personne sur la planète a réussi, soit d’atteindre le sommet le plus élevé de l’Afrique (5895 m) avec un vélo de montagne adapté à trois roues.

Il se servira uniquement de ses bras pour gravir le mont.

L’idée avait germé dans son esprit un an et demi après son accident durant un séjour linguistique à Hawaï.

«Un soir, j’ai eu le sentiment que j’aimerais un jour monter en haut d’une montagne et avoir le sentiment de liberté», raconte le principal intéressé qui a commencé à préparer plus concrètement son projet après une discussion avec Marc Provost, président de la Fondation Gilles Kègle, en 2015.

Pelletier, sa conjointe Manon Bélanger et les quatre autres voyageurs, dont Provost, les accompagnant s’envoleront vers la Tanzanie le 15 mai, où ils passeront deux jours en safari avant d’amorcer leur périple d’une durée de cinq jours, le matin du 21 mai, vers la cime enneigée du toit de l’Afrique.

À 77 ans, Provost en sera à sa septième ascension du Kilimandjaro.

«Ça va m’amener à une autre étape. Je vais vivre une certaine résilience en montant là. Je vais vraiment souffrir, ce ne sera pas facile et je le sais, mais d’un autre côté, je vais avoir du plaisir de façon incroyable en vivant cette expérience. C’est une chance unique d’aller à cet endroit», avoue Pelletier, rencontré par Le Journal à son domicile de Québec au cours des derniers jours, alors qu’il en est à finaliser sa préparation et son entraînement.

Depuis trois ans, l’ancien athlète paralympique et conférencier amasse des fonds pour deux organismes qui lui tiennent à cœur grâce à la randonnée cycliste qui porte son nom au mois de juin. Le Patro Roc-Amadour et Adaptavie bénéficieront des retombées de cette singulière excursion qui demandera au Baie-Comois d’origine une immense force mentale.

«Entre les oreilles»

«Pour moi, ça va se passer entre les deux oreilles, c’est là que la game va se gagner. Et moi, c’est ça, ma force. Je suis quelqu’un de persévérant, de déterminé, et il ne faut pas oublier que ce n’est pas une course. Je vais y aller étape par étape et je sais que j’ai le mental pour me rendre jusqu’en haut», jure celui qui a participé aux Jeux de Turin, en 2006.

Pelletier ne se berce toutefois pas d’illusions et sait pertinemment que l’aventure n’est pas sans risques. S’il s’est déjà entraîné dans les régions montagneuses de l’Italie en ski de fond, il vivra pour la première fois une activité sportive intense en haute altitude. «Je ne sais pas à quoi m’attendre. C’est certain qu’en altitude, ça va demander plus parce qu’il y aura moins d’oxygène.

Après la deuxième journée, nous allons rester une journée de plus pour nous acclimater à 3700 mètres», explique le Québécois qui sera aussi accompagné par son bon ami Hugues Leblanc.

Défi supplémentaire

Et malgré la puissance du courage qui anime Jimmy Pelletier, il ne cache pas qu’il risque de rencontrer certaines difficultés durant son ascension du Kilimandjaro puisqu’il ne comptera que sur ses bras pour avancer.

«En étant paralysé, je n’ai pas d’abdominaux, ce qui augmente le niveau de difficulté.»

Une préparation cruciale

Ce n’est pas tant la randonnée qu’il s’apprête à effectuer que les mesures préventives qu’il doit prendre en raison de son handicap qui rendent Jimmy Pelletier nerveux à l’approche de son départ.

Le simple fait de se déplacer au quotidien en fauteuil roulant amène son lot de défis pour le sportif. Imaginez maintenant pour une expédition de plusieurs jours à plus de 5000 m d’altitude. Les besoins naturels de l’être humain représenteront les défis les plus compliqués pour lui dans la montagne, estime Pelletier.

Les porteurs locaux qui seront de l’ascension transporteront d’ailleurs son fauteuil afin qu’il puisse se déplacer plus facilement, durant les arrêts, pour manger et se reposer, de même qu’au sommet.

«Je suis stressé pour le fait d’aller à la toilette. Je vais m’amener de la nourriture et des bouteilles d’eau. Je ne prends pas de chance, en étant paralysé, pour ce qui est de l’hygiène et de la préparation. Je vais mettre toutes les chances de mon côté», mentionne-t-il.

Tout au long de l’ascension dans la voie Marangu, l’athlète et le reste du groupe découvriront différentes zones de végétation ainsi qu’une faune diversifiée, ce qui rendra l’expérience encore plus excitante aux yeux de Pelletier.

Le chemin emprunté, le plus populaire parmi tous ceux qui mènent au sommet, ne devrait pas lui donner trop de maux de tête avec sa machine. Il est prêt à faire face à toutes les conditions. «Je vais m’adapter à la montagne. Quand je suis tombé en fauteuil roulant, je me suis adapté à mon handicap et c’est ça qui m’a amené à être là aujourd’hui.»

Appui important

La présence de sa conjointe à ses côtés revêtira un cachet spécial pour Pelletier.

«Ma blonde et moi sommes vraiment proches. C’est une fille qui me supporte chaque jour, qui est toujours de bonne humeur et elle va apporter énormément, tout comme mon chum Hugues. Il sera aussi là si j’ai un problème avec mon vélo.»