Saphir Taïder

Photo : Saphir Taïder Crédit : GREG M. COOPER/AGENCE QMI

Impact

Pourquoi je lève mon chapeau à Saphir Taïder

Pourquoi je lève mon chapeau à Saphir Taïder

Vincent Destouches

Publié 07 avril
Mis à jour 07 avril

L’attitude Saphir Taïder, à l’occasion du match contre le Revolution de la Nouvelle-Angleterre, a été... admirable. Oui, admirable!

Je vous imagine froncer les sourcils. Il est vrai que le nouveau joueur désigné de l’Impact de Montréal a été expulsé, sur un geste d’autant plus malheureux qu’il était involontaire. Emporté par son élan, alors qu’il tentait un beau geste technique appelé «roulette», il a vu sa semelle s’écraser lourdement sur le tibia du milieu colombien Luis Caicedo.

Plus de peur que de mal, mais il n’en reste pas moins qu’il s’agissait d’une faute grossière, d’une extrême dangerosité, et qui a donc été justement sanctionnée.

Cette exclusion a instantanément changé la donne du match. Alors que le Bleu-Blanc-Noir jouissait jusqu’alors de 65% de possession de balle, il s’est mis à reculer et à subir. Mais le bloc défensif n’a pas réussi à tenir assez longtemps pour provoquer un sentiment de frustration chez l’adversaire, puisqu’à peine cinq minutes après le carton rouge, les Revs ont ouvert la marque et douché les espoirs montréalais.

«Malheureusement, le fait d’être exclu du terrain n’a pas aidé l’équipe. À 10 contre 11, à l’extérieur, c’est compliqué. Alors je me suis aussi excusé auprès d’eux. Parce que, même si ce n’est pas volontaire, j’ai une part de responsabilité », a affirmé le milieu algérien après le match.

Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas fui ses responsabilités. Au contraire, il les a assumées devant ses coéquipiers – même si on ne peut imputer la défaite de l’Impact à un seul joueur. C’est tout à son honneur, autant que le fait de venir s’expliquer devant les médias. Mais mon point est ailleurs.

Taïder, le joueur, a peut-être abandonné ses coéquipiers à Foxboro, mais Saphir, l’homme, a été pour moi la première et unique étoile du match. Vous savez, le sport a cette fâcheuse tendance à mesurer la valeur humaine en buts, en interceptions, en pourcentage de passes réussies et j’en passe. Hier, l’international algérien a surtout montré que le sport est une école de la vie.

«Je suis allé voir [Caicedo] parce que je voulais savoir comment il allait. Sur le moment, je ne pensais pas lui avoir fait mal, parce que je jouais le ballon. Mais en revoyant les images dans le vestiaire... Heureusement qu’il n’a rien de grave, qu’il n’est pas blessé, sinon j’aurais été vraiment mal, pour lui comme pour sa famille. Donc je suis allé le voir pour m’excuser. Tant mieux s’il y a eu un carton rouge, ce n’est pas grave, moi je serai sur les terrains d’ici quelques jours, mais lui aurait pu être éloigné pendant un bon moment.»

Ces propos sont formidables, empreints d’esprit sportif et de compassion. Et ça fait un bien fou de ne pas voir un joueur se murer dans ses certitudes et dans la contestation des arbitres! En tenant ce discours, le milieu de l’Impact a fait preuve de leadership autant que d’humanité. Et c’est un bel exemple pour la jeunesse du Québec.

Alors, monsieur Taïder, je vous lève mon chapeau.