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Éric Chouinard se prépare à accrocher ses patins

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Près de 20 ans après avoir été choisi en première ronde par le Canadien de Montréal, Éric Chouinard est en paix avec lui-même. À 37 ans, Chouinard est sur le point de mettre un point final à une carrière de hockeyeur professionnel qui l’a mené aux quatre coins de l’Amérique du Nord et de l’Europe. Son échec avec le Tricolore l’a longtemps suivi, mais le grand attaquant est aujourd’hui plus heureux que jamais de la trajectoire qu’il a empruntée au cours de sa carrière, et il ne changerait cela pour rien au monde.

Les derniers jours ont été remplis d’émotions pour l’ancienne gloire des Remparts de Québec qui s’aligne avec les Tigers de Bayreuth en deuxième division de la Ligue professionnelle allemande.

Ayant préalablement annoncé que ce séjour en Allemagne serait son dernier tour de piste, après 17 saisons qui lui ont fait découvrir l’Autriche, la Suisse, l’Allemagne, la Biélorussie, la Norvège et la France, Chouinard a participé dimanche dernier à son dernier match de saison régulière. Victime d’une déchirure du muscle abdominal à l’entraînement dans les jours suivants, il risque cependant fort bien de rater la ronde de relégation que les Tigers doivent disputer, puisqu’ils ont fini dans les bas-fonds du classement. Si ce scénario se concrétise, Chouinard n’en dormira pas mal pour autant, étant préparé depuis un moment à ranger son équipement. «Dans ma tête, le dernier match en saison était la fin», reconnaît-il.

Après avoir commencé la saison comme adjoint au directeur de la sécurité des joueurs de la LHJMQ, rôle qu’il continuera d’exercer pour le début des séries éliminatoires à son retour en sol québécois, Chouinard a mis le cap sur Bayreuth pour vivre ses derniers moments sur la patinoire dans le but de permettre à cette équipe en difficulté de souffler un peu.

«Au début, je me disais qu’en étant septième, si on se maintient quand j’arrive, l’équipe va faire les séries et ça va être parfait. Mais l’équipe a vraiment chuté au classement et elle se retrouve à devoir jouer la [ronde] de relégation», confie dans une longue entrevue téléphonique au «Journal de Québec» celui qui a porté les couleurs du Canadien, des Flyers et du Wild pour 90 matchs dans la LNH.

Une attitude importante

Preuve que Chouinard ne ralentit pas malgré sa retraite imminente, il a inscrit 12 buts et ajouté 25 passes en 27 rencontres depuis son arrivée à Bayreuth, une ville de quelque 70 000 habitants. Il a d’ailleurs toujours bien exploité son flair offensif durant ses années en Europe en se pavanant avec une moyenne globale frôlant le point par match, à 0,99.

N’empêche que le principal intéressé, père de deux filles, n’a jamais eu la moindre intention de revenir sur sa décision d’accrocher ses patins, en dépit de ses récents succès personnels.

«Non, mentalement, je suis prêt à cela. Je me prépare depuis un an à ce que ça se termine et je vais être prêt à tourner la page», assure-t-il sereinement.

Comment t’es-tu préparé à vivre tes derniers moments comme hockeyeur professionnel?

«Depuis que je suis arrivé ici, je sais que la fin arrive. Il y a plusieurs joueurs qui arrivent à un certain âge, et sans offre de contrat, leur carrière se termine. Ça fesse. Dans mon cas, c’est moi qui ai décidé. Une des raisons pour lesquelles je suis venu ici [à Bayreuth], c’était pour renouer avec un milieu que je connaissais bien après avoir joué à Nürnberg. Tout était préparé dans ma tête. Je vais t’avouer que je suis nostalgique un peu.»

Mais tu dois avoir un pincement au cœur que tout cela se termine?

«C’est sûr, il n’y a pas plus belle vie que celle de gagner sa vie à jouer à un jeu qu’on aime. J’ai toujours été un amoureux du sport et du hockey. Je me compte extrêmement chanceux d’avoir pu gagner ma vie avec le sport et d’avoir vécu toutes ces belles expériences.»

Ça fera 20 ans que le Canadien t’a repêché au 16e échelon de la 1re ronde de l’encan de 1998, équipe avec laquelle tu n’as disputé que 13 rencontres. Qu’est-ce qui n’a pas fonctionné pour toi à Montréal?

«Je dois être honnête, et l’émergence de Simon Gagné à Philadelphie [son coéquipier avec les Remparts, choisi au 22e rang], avec qui il y avait toujours des comparaisons, m’a fait très mal. J’ai eu un très bon camp à l’âge de 18 ans, et à 19 ans, j’ai eu un moins bon camp, alors que Simon faisait l’équipe à Philadelphie. À partir de ce moment, ce n’était que du négatif autour d’Éric Chouinard avec le Canadien.

Et même si j’ai dominé à mon année de 19 ans, à mon année junior, puis eu de bons moments avec les Citadelles, on dirait que ça n’avait pas la même importance, parce que Simon jouait à Philadelphie. Ça me mettait deux prises en partant. Ce fut une situation difficile parce que j’étais jeune et j’ai eu de la misère à “dealer avec ça”. Ça m’a pris un petit bout pour tourner la page.»

As-tu des regrets avec le recul?

«On parle souvent de la pression d’être repêché à Montréal. Moi, quand c’est arrivé, ça ne me faisait pas peur. J’étais excité de jouer pour le Canadien. Tout s’est passé si rapidement, et les choses n’ont pas fonctionné. Si on m’avait donné cette opportunité à l’âge de 14 ans, soit de jouer pendant 2 ans dans la LNH et de gagner ma vie pendant 18 ans, j’aurais sauté là-dessus à 100 %. Toutes ces expériences, je les ai vécues pour une raison, et ça a fait de moi une meilleure personne.»

L’an prochain, tu succéderas à Raymond Bolduc comme directeur de la sécurité des joueurs de la LHJMQ. Quel sera ton plus grand défi dans ce nouveau mandat?

«J’ai vu ce qui se faisait dans le hockey partout dans le monde. Le défi, et je l’ai réalisé en début de saison, c’est de m’ajuster à la LHJMQ. Ce sont quand même des jeunes de 16 à 20 ans. L’année d’apprentissage va avoir été extraordinaire pour moi. Ç’aurait été difficile de commencer sans expérience. D’avoir été aux côtés de Raymond, c’est très bénéfique. J’ai gagné en confiance tout au long de la saison et j’ai continué même en étant en Allemagne.»

En rafale

Ton pays préféré en Europe?

L’Espagne. Je suis allé à Madrid, à Barcelone et aux îles Canaries. Un pays magnifique.

Le plus bel aréna où tu as joué?

Le Madison Square Garden, en Amérique du Nord, en raison de son ambiance et de son histoire. En Europe, c’est l’aréna de Paris-Bercy ainsi que le Mercedes-Benz Arena, à Berlin.

La meilleure ligue européenne où tu as joué?

J’ai adoré la DEL (Ligue professionnelle allemande), c’est vraiment une très bonne ligue. À preuve, il y avait 25 Allemands de cette ligue qui jouaient aux Olympiques. Et les trois quarts des arénas sont de calibre LNH.

Le pire aréna?

Dijon, en France, c’est affreux et ce n’était pas digne du hockey professionnel.

Ton meilleur accomplissement?

Il y en a plusieurs! D’être encore au sommet des pointeurs de la deuxième génération des Remparts, c’est flatteur, surtout que 20 ans se sont écoulés depuis mon passage. Et de marquer en prolongation le but gagnant de la Coupe de France, devant 15 000 personnes, c’était vraiment spécial.