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Un athlète veut sa chance

Un athlète veut sa chance

Patrick Lalime

Publié 07 mars
Mis à jour 07 mars

Je comprends ce que les Canadiens ont fait en gardant Charlie Lindgren dans le match face aux Devils. J'aurai un bémol à apporter plus tard, mais je regarde cela d’une autre façon. Ce que Lindgren a vécu hier sera formateur pour lui à long terme.

Tu dois apprendre à retrouver tes repères et repartir à zéro dans ta tête au cours d’un match. Quand tu sais que ça ne va pas bien et que tu laisses tomber ton équipe, tu dois continuer à faire face à la musique. Je vous assure que c’est une partie vraiment difficile du boulot de gardien de but, celle de faire le vide et de penser au prochain tir.

Donc, tu as laissé Lindgren travailler mentalement en deuxième période. Cela dit...

J’aurais envoyé Zachary Fucale en troisième période. L’occasion était idéale pour lui faire voir de l'action.

Tout ce qu’un athlète veut, c’est avoir sa chance. Et les circonstances étaient réunies pour lui en donner une.

Moi ma première chance, c’était à Pittsburgh. Tom Barrasso s’était blessé et je m’étais retrouvé dans la chaise d’auxiliaire. On m’avait rappelé essentiellement puisque j’étais le joueur le plus proche. Lorsque Ken Wregget a accordé cinq buts face aux Rangers, je l'ai remplacé à mi-chemin de la deuxième période pour sauter dans la mêlée pour ma toute première fois dans la grande ligue à 22 ans. Puis, quand Wregget s'est blessé, ça m'a ouvert la porte et j'ai établi un record en étant invaincu à mes 16 premiers départs (14 victoires et 2 verdicts nuls).

Fucale a 22 ans aujourd’hui et il aurait pu bénéficier lui aussi d'une chance de se faire valoir. Comme Fucale, je suis passé par la Premier AA Hockey League (ECHL) durant ma carrière. J’ai joué plusieurs années dans la Ligue américaine (LAH) avant d’atteindre la LNH.

Je ne sais pas quel est le plan des Canadiens avec Fucale, mais je ne crois pas que ce soit fini pour lui. Il a vécu beaucoup de choses dans les dernières saisons et il doit en avoir retiré plusieurs leçons. J’ai déjà eu la chance de discuter avec lui. C’est un jeune qui a une bonne tête sur les épaules et qui est conscient de ce qui se passe en ce moment, mais n’abandonnera pas et continuera à progresser. 

Si ce n'est pas avec les Canadiens, je lui souhaite du fond du coeur d'obtenir sa chance avec une autre équipe.

Price demeure le meilleur 

Après Martin Brodeur qui a qualifié Price de meilleur gardien au monde, voilà que 41% des répondants au sondage de l’AJLNH mené auprès de 500 joueurs considèrent qu'il est l'homme masqué le plus difficile à déjouer dans le circuit.

Et je dois dire que je ne suis pas surpris. La présente saison est une erreur de parcours selon moi. Lorsque je me fie à l’an dernier, il était le meilleur gardien au monde lorsqu’il n’était pas blessé. Pour moi, l’avis des joueurs vaut son pesant d’or. Ce sont eux qui l’affrontent après tout!

Ce n’est pas l’année à laquelle je m’attendais pour Price, mais je crois qu'il rebondira l'an prochain. On oublie parfois que chaque joueur connait des saisons difficiles. Crosby a eu ses moments. Il y a eu Kopitar et Giroux l’an passé. C’est un cycle...

Un gardien ne peut pas se cacher derrière ses statistiques. Un mauvais match va gaspiller trois bons matchs et il est très difficile de se remettre d’une mauvaise séquence. Price a amorcé la saison du mauvais pied et c’est très difficile après d’aller chercher des statistiques respectables.

Ainsi, un gardien a en quelque sorte plus de «rattrapage» à faire qu’un joueur.

Puis, le pourcentage d’efficacité n’inclut pas la qualité des lancers. Vingt-cinq lancers dans une formation qui joue bien défensivement et le même total dans une équipe avec des carences à la ligne bleue, ce n'est pas pareil. Il est certain que la défensive des Canadiens a influencé les statistiques de Price, mais force est d’admettre qu’il a sa part du blâme. 

Ce qui distingue Price des autres gardiens est sa précision dans ses réactions, dans ses lectures de jeu. Quand il est au meilleur de ses moyens, son positionnement est intimidant. Il ne laisse pas beaucoup d’ouvertures.

Je m’explique : ça semble facile pour lui. Son aisance, son explosion lui donnent une sorte d’aura face aux tireurs adverses. Ces derniers vont réfléchir et vont changer leur jeu.

Jim Corsi, mon entraîneur des gardiens à l’époque, m’a toujours dit qu’un excellent gardien réussit à entrer dans la tête de l’adversaire.

Le Vézina à Rinne?

J’avais tendance à donner le trophée Vézina à Andrei Vasilevskiy (39-12-3, 2,44 MBA, ,925 %ARR) cette saison, mais à la lumière des récentes performances, j’ai désormais un penchant pour Pekka Rinne (36-9-4, 2,29 MBA, ,928 %ARR) des Predators.

Les statistiques de Vasilevskiy commencent à chuter. Est-ce en raison de sa grosse charge de travail? Il a joué tout de même 55 matchs jusqu’à maintenant.

Quoi qu’il en soit, les habiletés de Rinne sont connues depuis plusieurs années et il a grandement contribué aux succès des Predators, qui se situent au deuxième rang du classement de la LNH.

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