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Crédit : Ben Pelosse / JdeM

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Olympiques: «l’indice Alex Harvey» demeure stable

Publié | Mis à jour

Malgré les soubresauts liés aux prévisions d’une médaille revues à la baisse, «l’indice Alex Harvey» devrait s’échapper des Jeux olympiques à un niveau stable. Ce n’est pas l’opinion publique qui le dit, mais son agent !

«Médaille ou non, ses résultats aux Jeux n’auront rien changé à sa valeur marchande. Une médaille olympique n’a aucune valeur puisque c’est d’abord à la personnalité d’un athlète qu’un partenaire s’associe. Le meilleur exemple est Erik Guay: il a obtenu une bonne sécurité avec sa carrière, mais il n’a pourtant jamais gagné une médaille », expose Denis Villeneuve, joint au Québec durant cette semaine trouble vécue par «son» skieur.

Moins visible, plus présent

De l’angle purement sportif, la 32e place au sprint individuel de mardi a rendu le marché nerveux dans l’entourage de l’équipe canadienne. Sur le plan des affaires, ses performances aux Jeux n’auront cependant aucun impact sur les liens entre Harvey et ses partenaires, selon l’agent.

Toutes les ententes, dont celles avec les joueurs majeurs Cascades, Québecor et la Sépaq, sont valides jusqu’au mois d’août 2019. Avec la fin de sa carrière qui se précise de plus en plus à l’issue de la saison prochaine, le clan Harvey entend proposer aux partenaires de prolonger d’une année les ententes, afin de faciliter sa transition lorsqu’il complétera son barreau et entamera sa nouvelle vie d’avocat.

«Il sera moins visible, mais plus présent», affirme Villeneuve, pour illustrer que ses habitudes sur les podiums internationaux se transformeront en un accroissement de ses apparitions au Québec.

«Il aura encore une valeur marchande, mais elle sera exploitée différemment. À partir de la saison 2019-2020, il pourra par exemple prononcer des conférences dans les écoles. S’il devait avoir une médaille olympique, ça ne ferait qu’apporter une plus-value au personnage», précise-t-il.

Préoccupation

Depuis son émergence sur la Coupe du monde et durant son parcours marqué de cinq podiums à des championnats du monde depuis 2011, l’après-carrière du skieur québécois a toujours occupé une partie de la stratégie de mise en marché. Associé à la boisson énergisante Red Bull à ses débuts, l’entourage d’Harvey avait choisi de ne pas renouveler l’entente au moment de la renégociation.

«C’est moi qui avais pris la décision, mais c’est Denis qui m’avait suggéré de le faire pour une question d’image», nous racontait l’athlète de 29 ans, en janvier dernier, à l’occasion de la dernière Coupe du monde en Autriche avant les Jeux.

«Denis travaille beaucoup en fonction de mon après-carrière. Il souhaite que je demeure associé avec mes partenaires, voir comment je pourrais être utile avec eux et eux avec moi. Ça a toujours été une préoccupation à long terme.»

Entre-temps, l’épreuve du 15 km de vendredi se veut celle à court terme...

Une maison payée grâce au ski de fond

Si on oublie les joueurs de la Ligue nationale de hockey, Alex Harvey est déjà désigné comme l’un des athlètes québécois ayant le mieux vécu de son sport.

En calculant l’argent direct de ses ententes, les bonis de signature et de performance et ses bourses (il a gagné 100 000 $ en courses la saison dernière et 70 000 $ jusqu’à maintenant cette saison), ses revenus annuels s’élèvent à quelques centaines de milliers de dollars, selon les estimations.

Du secret sur ses gains personnels s’échappe une seule allusion de la part de son agent. «Disons que 20 % de ses clients génèrent 80 % de ses revenus», dit prudemment Denis Villeneuve.

«C’est sûr qu’il va falloir que je travaille après ma carrière, mais, par exemple, ma maison est payée grâce au ski de fond. Elle n’avait pas coûté si cher quand je l’ai achetée en 2011, mais j’ai réussi à la payer en sept ans. Ça, c’est quelque chose que je n’aurais pas pensé pouvoir faire grâce au ski. Je me considère vraiment choyé parce que c’est quelque chose que j’aime faire. J’adore la compétition. Le ski va m’avoir permis de partir dans la vie en étant bien organisé et avec une bonne base», nous avouait le champion du monde en titre du 50 km, en janvier dernier, au cours d’un entretien durant un camp d’entraînement préolympique en Italie.

Objectifs atteints

Avec deux titres mondiaux en carrière et sa troisième place au Tour de ski comme coup d’éclat plus récent il y a un mois, Harvey avoue avoir atteint la majorité de ses objectifs sportifs. Ceux financiers également.

«Ils ont été dépassés, dit-il. Je ne m’étais jamais fixé ça comme objectifs, mais dès que je commençais à gagner 1000 $ lors d’une simple course NorAm, j’ai commencé à réaliser que si tu vas vite, tu peux gagner des bourses. Les premiers contrats avec les équipementiers m’ont aussi permis de voir qu’il y avait un peu d’argent à faire avec le ski. Je n’ai jamais skié pour ça, mais je gagne plus que ce que j’avais pensé.»

Une retraite nécessaire pour la suite

On gèle à Pyeongchang, mais on a trouvé un coin chaud où l’accès nous est cependant interdit depuis mardi: dans l’entourage d’Alex Harvey.

L’équipe canadienne de ski de fond a soustrait son meneur de l’écran médiatique depuis son 32e rang catastrophique aux qualifications du sprint individuel en style classique. Comme il l’avait fait en commentant en son nom sa «contre-performance» après cette course, l’entraîneur Louis Bouchard a continué de jouer au pare-feu, au cours des dernières heures, arguant vouloir faciliter sa préparation avant l’épreuve individuelle du 15 km en style libre de vendredi (1 h au Québec).

«Je sais que ce n’est pas arrivé souvent qu’il passe droit devant les médias, mais ça l’a vraiment écœuré», a rapporté Bouchard au sujet de ses déboires de la dernière course.

«C’est déjà arrivé souvent qu’il fasse de bonnes performances en sprint, mais il a déjà aussi contre-performé, ce qui est arrivé mardi», a-t-il ajouté.

«Il a déjà tourné la page»

Ce sont des relents de fatigue du 30 km de dimanche qui ont coulé Harvey deux jours plus tard, a répété Bouchard, en précisant que le fartage n’était pas en cause. L’épreuve d’endurance, marquée par un triplé norvégien, s’est jouée dans des conditions météo difficiles.

Cette course avait été identifiée comme sa meilleure chance pour un podium aux Jeux. Sachant cela, les dégâts causés sur son corps en cachent peut-être d’autres à son moral.

«Non, il n’est pas “shaké”. Il a déjà tourné la page. Il faut juste qu’il poursuive comme il a commencé les Jeux. Quand il se maintient dans le top 10 comme il le réussit depuis le début de la saison, on ne sait jamais, il y a toujours quelque chose qui peut arriver», rappelle Bouchard.

L’entraîneur et son athlète ont toujours dit approcher les Jeux olympiques comme une simple course régulière de la saison. À la lumière des dernières heures, Pyeongchang n’est plus vraiment comme une Coupe du monde.