Crédit : JOEL LEMAY/AGENCE QMI

LNH

Parlons P. K. Subban!

Parlons P. K. Subban!

Louis Jean

Publié 14 février
Mis à jour 14 février

Il y a des sujets tabous qu’on ne doit pas aborder ou discuter.

Si tu n’es pas un fan des Patriots de la Nouvelle-Angleterre ou de Tom Brady. Tabou.

Si tu aimes les cols roulés et plus particulièrement Tomas Plekanec. Tabou.

Si tu émets la moindre critique à l’endroit de P. K. Subban. EXTRÊMEMENT tabou.

D’abord une précision.

Je suis un grand admirateur de P. K. Subban. J’étais à Columbus lorsqu’il a été repêché par les Canadiens. J’ai couvert sa conquête de la médaille d’or au Championnat mondial de hockey junior. J’ai admiré la fougue et la confiance avec lesquelles il a fait le saut dans la LNH dans les séries de 2010. Subban n’a pas volé son trophée Norris en 2013. Il l’a pleinement mérité. J’estime que depuis quelques saisons Subban est l’un des meilleurs défenseurs dans la LNH.

Petite anecdote. J’ai organisé une rencontre entre Subban et un jeune garçon en attente d’une greffe du coeur il y a quelques années. Sa générosité et son authenticité m’ont marqué. Je connais le paternel de la famille. Un homme de grandes valeurs que je respecte beaucoup. Sans prétendre le connaître intimement, au fil des ans j’ai été aux premières loges de l’évolution de Subban, l’homme et l’athlète.

J’ai aussi remarqué une tendance forte. L’ancien défenseur du Tricolore dérange. Partout où il a passé, Subban a laissé sa trace. Il est très intelligent et est un excellent communicateur. Il excelle à sa position. Il a tout pour lui. Alors pourquoi dérange-t-il autant? Je me suis souvent questionné sur le sujet.

En tant que journaliste, mon travail est d’apporter des informations nouvelles, de pousser un sujet plus loin, de donner une autre perspective et d’être objectif. J’avoue que je n’y arrive pas toujours, mais ce sont les critères que j’essaie de suivre.

Voici mon analyse sur le sujet.

À tort ou à raison, le monde du hockey est très conservateur. Les plus grands ont souvent été réservés. Prenez par exemple Sidney Crosby, Wayne Gretzky, Raymond Bourque, Jean Béliveau, etc. Je pourrais vous donner des centaines d’exemples. Subban est tout le contraire. Il aime se prononcer. Il aime sortir du lot. Tout ce qu’il fait est calculé.

Je pense que la raison principale pour laquelle Subban ne fait pas l’unanimité est en partie parce qu’il aime l’attention. Non seulement il l’aime, il la recherche. Il en a besoin. Il s’en sert pour performer. Il s’en sert pour mousser sa marque qu’il a bâti au fil des ans. C’est un «brand» extrêmement fort qui redonne aux partisans et à la communauté. C’est un «brand» qui a fait exploser les frontières de son sport. Il pave la voie pour la nouvelle génération de hockeyeurs. Personne avant lui n’a fait cela. Il est clair que ça fait réagir et écarquiller des yeux.

Les inconditionnels de P. K. Subban ne voient que le défenseur dominant et le philanthrope. Ils voient l’homme charismatique et sympathique qui a marqué l’imaginaire des partisans montréalais. Ils voient l’ex-vedette que le Tricolore a transigé sans raison, à leurs yeux.

J’ai contacté quelques dirigeants, entraîneurs et joueurs dans la LNH afin de me faire une tête sur l’arrière des Predators. Personne, pas une seule personne, n’a dénigré Subban, mais tous ont exprimé certaines réserves. Est-il un joueur d’équipe? On pense, en général, que oui. Prend-il trop de place? La réponse est aussi oui. Ce qui m’amène à cette déclaration du directeur général des Maple Leafs de Toronto.

Lou Lamoriello a dit récemment que «les joueurs gagnent des matchs, les équipes gagnent des championnats». Il n’y a aucun doute que Subban est un gagnant et il souhaite gagner encore. Cela dit, beaucoup de gens dans la LNH trouvent que ses comportements nuisent à la culture que les équipes tentent de créer.

Je peux vous confirmer que les Predators n’ont pas digéré la guerre de mots que Subban a livrée à Sidney Crosby en finale. Le propos de Brendan Gallagher, samedi dernier, en disent long aussi.

Je sais que les purs et durs de Subban - certains font partie des médias - parlent de chasse aux sorcières ou de campagne de dénigrement aussitôt qu’on le critique moindrement. Certains me lancent des roches et me disent que je suis un abruti lorsque je soulève certaines irritations. Les médias sociaux sont fantastiques pour cela. Mais les faits sont là. Oui Subban est dominant. Oui il est explosif et spectaculaire et donne un excellent spectacle. Il vend des billets et des chandails. Il a la cote auprès des fans.

Je reconnais la grandeur du joueur et de l’homme. Si je mets mon chapeau de partisan, j’adore Subban, le joueur passionné et la personne électrisante. Toutefois, mon travail n’est pas d’être un fan ni l’agent de Subban. Je ne peux ignorer que cet athlète d’exception a parfois des comportements qui dérangent. Je n’endosse pas toutes les critiques ou toutes les raisons avancées, mais je ne peux toutes les ignorer non plus. Mon travail est de présenter les deux côtés de la médaille au même titre que lorsque j’encense Brad Marchand quand il joue bien, je dois critiquer avec virulence ses écarts de conduite.

Subban est une super-vedette. Un joueur de calibre mondial. Il est aussi contesté.

Mais il ne faut pas le dire. C’est tabou.