Lutte

Ronda Rousey, un excellent choix pour la WWE

Ronda Rousey, un excellent choix pour la WWE

Patric Laprade

Publié 30 janvier
Mis à jour 30 janvier

L'ajout de Ronda Rousey à l'effectif de la WWE est un coup majeur pour la compagnie, et ce, à plusieurs égards.

L’ancienne championne des poids coqs de l’Ultimate Fighting Championship trône au sommet de la liste des meilleures combattantes de l'histoire. Aucune femme en boxe, en arts martiaux mixtes ou même en lutte professionnelle n'a attiré autant qu'elle et n'a connu autant de succès qu'elle. Ses exploits ont suscité l’intérêt du public féminin à l’endroit des arts martiaux mixtes parce qu'elle était l’exemple parfait d'une femme qui pouvait réussir dans un milieu d'hommes, tout en gardant le public masculin qui trouvait ses combats palpitants.

Ses succès à l’UFC ont influencé la WWE

C'est en février 2013 qu'elle a fait ses débuts avec l'UFC. Après avoir connu du succès avec une autre organisation, Strikeforce, elle a forcé la main du promoteur Dana White qui avait déjà dit qu'il n'y aurait jamais de division féminine à l’UFC. Mais une fois sa décision prise, White a décidé de leur donner une vraie chance en les envoyant en finale de son événement, une décision qui avait été contestée à l'époque. Le pari a rapporté. Le combat a été excellent et a attiré plus d'achats à la télé à la carte que les experts avaient prédit. Puis en décembre 2013, alors que l'une des plus grandes vedettes de tous les temps, Anderson Silva, faisait un retour, Rousey y allait du combat et de la soumission de la soirée. Elle était devenue une star. En 2014 et 2015, elle a d’ailleurs été la combattante, hommes inclus, qui a attiré le plus au sein de l'organisation.

Ce sont ses succès en 2013 et 2014 qui ont poussé Paul Levesque et Stephanie McMahon à se concentrer davantage sur la division féminine de la WWE. La révolution, l'évolution, c'est à cause de ses succès à l’UFC. Bien que Vince McMahon ait essayé à quelques reprises d'avoir une division féminine digne de ce nom, il n'avait jamais eu la patience et la vertu nécessaires pour que le tout fonctionne. Or, au début des années 2010, les lutteuses de la WWE devaient la plupart du temps se contenter d'avoir des matchs 5 contre 5 de moins de deux minutes. Personne ne les prenait au sérieux. Elles n’étaient pas considérées comme des athlètes, mais comme des divas.

C’est aussi au même moment que le projet d'une vie de Levesque prenait forme alors que le centre de performance de la WWE ouvrait ses portes à Orlando à l'été 2013. Un an auparavant, toujours à Orlando, NXT était devenu le territoire officiel de développement.

Les premières lutteuses qui se sont vraiment démarquées à NXT ont été Emma et Paige. Puis, la chose s'est continuée au premier événement spécial de NXT en février 2014 lorsque Charlotte Flair et Natalya se sont affrontées dans ce qui était jusque-là le meilleur match de lutte féminine que la WWE avait présenté depuis très, très longtemps. Puis, plus les succès de Rousey continuaient, plus ceux de la division féminine de NXT continuaient aussi. À chaque événement spécial, un match féminin était un des moments spéciaux de la soirée. Que ce soit Charlotte contre Bayley, Charlotte contre Sasha Banks ou Charlotte, Banks, Bayley et Becky Lynch dans un match à 4, les filles livraient la marchandise à chaque occasion.

Alors que Rousey était à son plus haut sommet de popularité, la WWE y allait finalement de la première phase de sa transition en créant cette révolution féminine et en donnant une promotion à Charlotte, Banks et Lynch. Moins d'un an plus tard, la deuxième phase était complétée et le terme «Diva» était envoyé aux oubliettes. Depuis, les premières ne cessent de s'accumuler. Que ce soit des finales de Raw, SmackDown Live ou d'événements spéciaux, le premier Hell in a Cell et ou le premier Royal Rumble tout féminin, on monte les enchères chaque fois.

Ronda, une vraie fan de lutte

Puisque cette transition est le fruit des succès de Rousey, il est donc tout à fait normal qu'elle vienne en récolter les honneurs à un moment donné.

Pour ceux qui ne le savent pas, elle n'arrive pas dans le milieu de la lutte professionnelle sans histoire. Elle est une amatrice de lutte depuis longtemps. On pouvait la voir régulièrement aux événements de la PWG sur le circuit indépendant en Californie en compagnie de ses amies combattantes telles que Jessamyn Duke, Marina Shakir (maintenant conjointe de Roderick Strong) et Shayna Baszler, qui a fait ses débuts avec NXT dernièrement. Ensemble, elles se surnommaient les 4 Horsewomen, en hommage aux 4 Horsemen de Ric Flair et compagnie. Surnom populaire, alors que Charlotte, Banks, Lynch et Bayley utilisent le même.

Elle avait un tel respect pour la lutte et ses acteurs que lorsque ses amies ont commencé à la surnommer «Rowdy», elle ne voulait pas l’utiliser par respect pour le lutteur «Rowdy» Roddy Piper. Comme la vie fait souvent bien les choses, Rousey et Piper ont tous les deux eu «Judo» Gene Lebell (l’arbitre du combat Ali-Inoki) comme mentor et c'est lui qui les a mis en contact. Piper a accepté qu’elle l’utilise et c'est ainsi que Rousey est devenue « Rowdy » Ronda Rousey. Le jacket trop grand que bien des gens ont critiqué dimanche, c'était celui de Piper et c'est le garçon de Piper qui lui a remis personnellement pour ses débuts. Ça change la donne tout d'un coup, non? Cette belle histoire a aussi enchanté les designers de la WWE alors que le premier t-shirt de Rousey est inspiré de celui que Piper portait à l’époque.

Pour ceux qui doutent de son potentiel, voici une vidéo qui avait circulé en 2014 de Rousey et Baszler qui faisaient 15 secondes de lutte. À l’époque, c'était suffisant pour me convaincre que les deux avaient un avenir dans le domaine.

Depuis l’été dernier, elle s'entraîne au centre de performance de la WWE. La WWE lui offre donc un contrat en toute connaissance de cause. Elle l'a vu à l'œuvre et a décidé qu'elle avait un assez bon potentiel pour un emploi à temps plein.

On ne sait pas encore ce que temps plein veut dire. Est-ce que ça inclura les événements non télévisés? Uniquement les événements télévisés? Un horaire un peu plus garni que Brock Lesnar? Ça demeure à voir, mais peu importe, la division féminine et ses lutteuses vont en bénéficier grandement.

Pour WrestleMania, le plan pour l'instant serait Triple H et Stéphanie contre Rousey et The Rock, si The Rock peut faire le match. On ferait ainsi un clin d’œil à son apparition à WrestleMania en 2015 et l’altercation qu’elle avait eue avec Stephanie. Sinon, je verrais bien Kurt Angle, un ancien médaillé olympique tout comme Rousey (médaille de bronze en judo en 2008), être son partenaire. Éventuellement, elle est appelée à affronter les Charlotte et Asuka de ce monde, mais uniquement lorsqu'elle sera prête et lorsque le moment sera venu.

Dotée d’un fort charisme, elle était douée en entrevues lorsqu'elle était à l’UFC. Est-ce que ça va se transposer à la lutte? Espérons-le. Par contre, si on juge du contraire, une belle option serait de la jumeler à Paul Heyman.

Des débuts qui font jaser

Déjà, l'angle de dimanche fait son effet. Les images de Rousey ont fait le tour des médias, d’ESPN à CNN, en passant par Entertainment Weekly et TMZ. Cependant, certains ont critiqué qu’Asuka, qui a remporté le tout premier Royal Rumble féminin, n’avait pas eu son moment et que l’arrivée de Rousey lui avait volé sa place sous les projecteurs. Je suis d’avis contraire. Asuka n’a rien perdu dans tout ça. On ne lui a rien enlevé. Son visage a fait le tour des médias avec Rousey et les deux championnes, Flair et Alexa Bliss. En fait, il y a bien plus de personnes qui ont vu son visage que si Rousey n'avait pas été là. D’autant plus qu’il s'est quand même écoulé plusieurs minutes avant que Rousey n'arrive, tellement que les gens avaient commencé à quitter le Wells Fargo Center de Philadelphie pensant que l'événement était terminé. Asuka l'a donc eu son moment. Rousey ne l’a aucunement fait mal paraître ou ne l'a pas attaqué. Au contraire, Asuka a même refusé de lui donner une vraie poignée de main, comme si elle lui disait qu’elle ne l’impressionnait pas.

Et sans rien vouloir enlever à la gagnante et au moment spécial qu’était le tout premier Royal Rumble féminin, on va se le dire, Asuka qui gagne le Rumble ne fait pas ESPN, Entertainment Weekly, CNN et compagnie. C'est le vedettariat derrière Rousey qui a permis tout ça. Elle n'est pas juste une ancienne championne de l'UFC, elle est une vedette point. Elle fait des films (elle est d’ailleurs en tournage présentement, de là son absence à Raw), elle a fait la couverture de magazines comme le Sports Illustrated et j’en passe. Et si vous pensez qu'elle n'est plus populaire depuis ses deux défaites en AMM, vous vous trompez.

Elle est aussi respectée par la majorité des lutteuses actives à la WWE parce qu'elles savent qu'elle est l'influence derrière cette transformation de la division féminine. De plus, toutes celles qui vont être appelées à travailler avec Rousey vont en bénéficier.

Comme un premier choix au repêchage

Je lisais un commentaire sur Facebook hier qui disait ceci: «Comme d’habitude, la WWE cherche à attirer les personnes qui ne regardent PAS le produit habituellement... Pourquoi c’est si dur à réaliser?»

C’est exactement ce que je pense.

Je ne comprends pas que les gens critiquent l’arrivée de Rousey. D'un côté on veut que la division féminine ait plus d'attention, mais de l'autre côté, alors que la WWE engage la combattante la plus populaire de l'histoire, on dit qu'elle n'a pas d'affaires là! C'est un peu contradictoire. Pourtant, il s’agit probablement de la plus grosse signature à temps plein d'une promotion majeure de lutte depuis que la WCW a signé Hulk Hogan en 1994. Mike Tyson et Floyd Mayweather n'étaient là qu’à court terme, que pour une histoire bien précise. Rousey y est pour rester. En termes de potentiel, c'est le plus beau prospect que la WWE a engagé depuis Brock Lesnar et Kurt Angle.

Oui, on met beaucoup d'emphase sur une femme qui n'a pas encore livré un seul match de lutte professionnelle devant public. Mais comme un premier choix au repêchage de la LNH en qui on fonde beaucoup d'espoir, les gens payés pour évaluer le talent font leur travail et engagent à gros prix certains espoirs. L’ancien lutteur Gerald Brisco parcourt les tournois de lutte amateur à travers le pays afin de trouver LA prochaine star. Ce n’est pas différent ici. Rousey, qui aura 31 ans mercredi, est l'équivalent d'un premier choix. Pas un Alexandre Daigle, mais bien un Sidney Crosby.

De plus, avec le contrat de télévision de la WWE qui vient bientôt à échéance, contrat qui est la vache à lait de la WWE en passant, l’ajout de Rousey vient leur donner un solide coup de main. Même si Rousey ne deviendrait pas Crosby, par le temps que son contrat de plusieurs années soit terminé, la WWE va être rentré dans son argent.

Dans mon livre couvrant l'histoire de la lutte féminine, Sisterhood of the Squared Circle, publié en avril dernier, mon co-auteur Dan Murphy et moi mentionnions que Ronda Rousey était probablement le meilleur espoir féminin que la WWE pouvait engager et que son arrivée permettrait à la division féminine de la WWE d’atteindre des sommets qu’aucune autre femme ne leur permettrait d’atteindre.

Et bien ce jour est finalement arrivé et je m’en réjouis grandement. Vous devriez aussi!

Ne manquez pas la lutte WWE Raw, à l’antenne de TVA Sports, tous les mercredis en fin de soirée avec Kevin Raphaël et moi-même, Patric Laprade. Pour plus de détails sur l’heure de diffusion et sur les rediffusions, consultez la grille horaire (http://www.tvasports.ca/television/grille-horaire) de TVA Sports.

Pour me joindre, vous pouvez le faire via mon adresse courriel au patric_laprade@videotron.ca, sur Facebook ou sur Twitter avec l’aide du mot clic #LutteTVASports