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Le détour payant de Jason Beaulieu

Le détour payant de Jason Beaulieu

Nicolas Martineau

Publié 09 janvier
Mis à jour 09 janvier

La signature de Jason Beaulieu avec l’Impact de Montréal est empreinte d’ironie. En fait, c’est plutôt le moment de la signature qui est ironique. Alors que Maxime Crépeau cherche une équipe qui pourra lui offrir un poste de numéro 1, Beaulieu réalise enfin son rêve.

Pourtant, il y a cinq ans, c’est la graduation de Crépeau de l’Académie à la première équipe qui a poussé Beaulieu à s’exiler aux États-Unis.

«J’ai passé trois ans avec l’Impact entre 17 et 19 ans, trois très belles années où je suis devenu un joueur élite en Amérique du Nord, se rappelle-t-il. À 19 ans, le club a décidé de signer Maxime Crépeau. J’ai vu que j’étais un peu bloqué à l’Impact, mais je devais continuer mon développement quelque part et c’est un professeur au Cégep où j’allais, à Lionel-Groulx, qui m’a parlé des universités américaines. J’ai envoyé mon C.V. là-bas et ça a vraiment été une révélation.»  

Beaulieu a examiné les routes se présentant devant lui et c’est vers l’Université du Nouveau-Mexique qu’il a foncé. Après quatre années passées en NCAA, Beaulieu revient à Montréal avec de nouveaux outils : il est maintenant complètement bilingue, il a un diplôme universitaire en poche et 69 départs supplémentaires sous la cravate.

D’ailleurs, le Québécois a laissé une trace indélébile dans l’histoire de son équipe universitaire. Avant de quitter Albuquerque il y a deux semaines, il a été récompensé pour ses bons résultats scolaires, étant nommé parmi les meilleurs étudiants-athlètes des États-Unis par l’organisme CoSIDA. Il a également reçu la médaille académique du commissaire de la Conférence USA (9 équipes de la NCAA, 1re division).  

Sa cote «GPA»? 3.99 en ingénierie civile.

«J’ai gagné le All-American pour la combinaison études-soccer, explique-t-il. Ça a été spécial pour moi de gagner ça, c’est vraiment un gros prix. Pour moi, l’école, c’était très important, c’est pour ça que je suis allé aux États-Unis. Je n’étais pas prêt à signer en USL avec le FC Montréal et lâcher l’école.»

Sa décision aura été payante, puisque son avenir est maintenant rose, MLS ou pas. Beaulieu aurait pu entamer sa carrière d’ingénieur civil dans l’immédiat, mais cette carrière-là, elle peut attendre...

«J’avais la chance de travailler dans mon domaine, souligne le jeune homme. J’ai eu des offres autant à Albuquerque qu’à Montréal, mais une offre venant de l’Impact pour jouer au soccer professionnel chez moi, c’est sûr que je ne dis pas non à ça ! Même en allant à l’université, c’était ça mon but : revenir à Montréal et signer un contrat avec l’Impact. Mon diplôme, je l’ai dans la poche arrière et je peux l’utiliser plus tard. Faire une carrière professionnelle, c’était ma priorité.»

Pas à Montréal pour jouer les touristes

Si Beaulieu a été étincelant au niveau académique, ses résultats sur le terrain ont été tout aussi spectaculaires.

Au cours des quatre dernières saisons avec les Lobos de l’Université New Mexico dans la NCAA, il a pris part à 69 matchs, présentant une fiche de 34 victoires, 22 défaites et 11 matchs nuls, incluant 22 blanchissages.

En 2017, Beaulieu se situait dans le top 3 des meilleurs gardiens de la Conférence USA à tous les niveaux.

Pourcentage d’arrêts de 0,818. (2e)

Moyenne de buts alloués de 0,953. (3e)

Blanchissages : 5 sur 18 matchs. (3e)

Moyenne d’arrêts par match de 4,5. (3e)

Beaulieu ne vise donc pas un rôle de gardien d’entraînement. Dans un monde idéal, il serait le deuxième gardien dès cette année.

«Je sais que les joueurs universitaires arrivent souvent dans des rôles de soutien, mais j’ai 23 ans, je ne suis pas un jeune qui arrive de l’Académie. J’ai déjà de l’expérience en masse. Ça fait environ sept ans que je joue au plus haut niveau et que je joue tous les matchs pour mes équipes. Je connais bien mon style et je sais exactement ce que je peux apporter à l’équipe. C’est sûr que je viens à Montréal dans le but de jouer prochainement.»

«Je sais qu’il y a des gardiens avec de l’expérience MLS déjà dans le club et que de travailler avec eux, ça va être bon pour moi. Je vais apprendre à devenir un professionnel, apprendre à "compétitionner" chaque jour, mais une fois que le premier gardien sera déterminé, ça va me faire plaisir de faire mon travail en tant que substitut et de l’aider dans son travail, à se préparer pour les matchs en le poussant le plus que je peux.»

Beaulieu respire la confiance. Le cerbère de six pieds quatre pouces connaît ses forces... et il n’a pas peur de les faire connaître.

«Je suis très bon sur les centres. C’est ma spécialité. Si l’autre équipe décide de mettre des ballons dans la boîte, ça va être difficile pour eux. Je vais les chercher assez loin, assez haut et donc les ballons dans les airs, c’est presque bloqué pour l’autre équipe.»

«Après je suis un bon «shot blocker», j’ai une bonne moyenne d’arrêts par tirs. Je suis très bon pour bouger mes pieds et faire des arrêts sur des tirs de loin. C’est très rare que je me fais battre par des tirs à l’extérieur de la boîte, je ne me rappelle pas de la dernière fois. Puis ensuite, c’est la communication... j’étais le capitaine de mon équipe au Nouveau-Mexique et je pense que je peux apporter du leadership de l’arrière, pour qu’on travaille en équipe et qu’on donne moins d’opportunités à l’adversaire. Ce sont les trois points qui me caractérisent et qui peuvent me donner une avance sur les autres gardiens.»

Parlant de gardiens, ils auront tous l’occasion de travailler avec une légende en Joël Bats.

«C’est vraiment excitant de pouvoir travailler avec Joël. Je l’ai rencontré la semaine dernière et nous avons discuté 20-25 minutes de sa philosophie et de comment il prévoyait m’intégrer à l’équipe, donc c’est une relation qui commence très bien. J’ai juste hâte au 24 janvier pour être sur le terrain.» 

Des retrouvailles

Même s’il a quitté la métropole québécoise depuis un bon moment, Beaulieu ne sera pas inconfortable dans son nouveau vestiaire. Chez l’Impact, il retrouve plusieurs visages familiers.

 «J’en connais plusieurs ! J’ai joué avec Samuel Piette quand on était plus jeune, à 15-16 ans on a joué à Boisbriand ensemble. Les autres joueurs formés au club, je les connais à peu près tous et je revenais à chaque été pour m’entraîner avec l’Impact, alors je dirais que je connais la moitié des joueurs, je connais le personnel de soutien, les gens dans les bureaux... je suis donc très à l’aise avec le club!»