Alouettes

Montréal: un cimetière offensif

Montréal: un cimetière offensif

Charles-Antoine Sinotte

Publié 20 décembre 2017
Mis à jour 20 décembre 2017

Le football est un sport de clichés et de discours historiques.

Ma citation préférée est celle de Bud Grant, le plus grand entraîneur de l’histoire des Vikings: «Pour avoir du succès au football, un entraîneur-chef a besoin d’une femme patiente, d’un chien loyal et d’un bon quart-arrière - et pas nécessairement dans cet ordre.»

Faire son nom

Après une carrière de joueur comme bloqueur offensif et une formation d’enseignant, le nouvel entraîneur des Alouettes, Mike Sherman, a roulé sa bosse à tous les niveaux pendant 22 ans avant de devenir entraîneur-chef dans la NFL.

De 2000 à 2004, il a présenté la deuxième meilleure fiche par un entraîneur-chef des Packers dans leur longue histoire, derrière un certain Vince Lombardi. Il a enfilé cinq saisons gagnantes et trois titres de section au passage.

L’année suivante, l’équipe a présenté le premier rendement négatif depuis 1991 et Sherman a écopé.

Son pivot était probablement un des 3-4 meilleurs des 52 saisons de l’ère du Super Bowl. Un certain Brett Favre. BRETT FAVRE!

Mettons que l’attitude de la femme et la fidélité du chien sont plaisants à avoir, mais avaient probablement un moins grand ascendant sur sa carrière à ce moment.

Un 5e en 10 ans

Mike Sherman devient donc le cinquième patron des Oiseaux depuis la saison 2008 (le huitième si on inclut les intérimaires).

Cette année-là, un gourou offensif s’était amené à Montréal. Marc Trestman avait pris Montréal d’assaut en orchestrant une fin de carrière inespérée pour un des plus grands, sinon le plus grand, quart-arrière de l’histoire de la LCF, Anthony Calvillo. Le duo Calvillo-Trestman a soulevé la coupe Grey deux fois.

À la suite de son départ en 2012, Dan Hawkins s’est amené en tant qu’illustre inconnu. En fait, si vous suiviez un peu la NCAA, vous saviez qu’il venait de diriger une des transformations de programme universitaire des plus impressionnantes dans les 20-30 dernières années.

La ville de Boise, Idaho avait été mise sur la «map» sous sa gouverne. Il avait une attaque dynamique, explosive et spectaculaire menée par un certain Kellen Moore, le meilleur passeur de l’histoire des Broncos de Boise State.

À Montréal, Hawkins a eu droit aux sept derniers matchs de la carrière d’un Calvillo éssouflé. Hawkins a quitté.

Son départ nous a permis de faire connaissance avec Tom Higgins. Un vieux routier qui avait fait sa marque lors de la saison 2003 en battant les Alouettes à la Coupe Grey avec un certain Ricky Ray à la barre de l’attaque.

Lors de sa première saison au Québec, Higgins a dû utiliser quatre quarts-arrières différents (Troy Smith, Alex Brink, Jonathan Crompton et Tanner Marsh). À sa deuxième et dernière saison, ce sont sept pivots différents qui ont eu droit à une tentative derrière le centre (Crompton, Marsh, Cato, Bridge, Boone, Glenn et LeFevour).

Place ensuite à Jacques Chapdelaine. Celui qui avait probablement la meilleure réputation offensive au pays depuis une dizaine d’année a eu droit à cinq quarts-arrière différents en moins de deux ans (Glenn, Cato, Adams Jr., Durant, Willy).

Le nouveau meneur des Argonauts de Toronto, Trestman, est bien évidemment le seul à avoir quitté Montréal avec une fiche supérieure à ,500.

On peut donc affirmer que Sherman s’amène dans un cimetière d'entraîneurs offensifs. Son nom, ses statistiques, son parcours et son expérience rendent l’embauche intéressante... mais on lui souhaite d’amener sa femme et son chien avec lui.