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Le courage de «Finner»

Le courage de «Finner»

Sébastien Goulet

Publié 25 novembre 2017
Mis à jour 25 novembre 2017

C’était le mois de mai 2016. Nous étions pris dans le tourbillon de la finale de la Coupe du Président, des centaines de kilomètres que nous roulions pour voyager de Rouyn-Noranda à Shawinigan.

Par la force des choses (lire ici, l’incident de la perceuse dans le match numéro 1!), nous devions quitter Rouyn-Noranda et faire 8h30 de voiture afin d’aller décrire le troisième match de la série en studio, n’ayant pas assez de temps pour installer notre équipement de diffusion à Shawinigan, et profitant de la présence de nos collègues de Sportsnet là-bas.

Au-delà de la fatigue qui habitait l’équipe, nous sentions que quelque chose clochait. Notre «Finner», habituellement droit comme un chêne, semblait ébranlé. «Une masse sur une fesse», nous avait-il annoncé.

La Coupe du Président décernée, ce fut la Coupe Memorial à Red Deer, puis nos chemins se sont séparés, comme ils le font chaque été.

Lorsque nous nous sommes retrouvés à l’automne, le diagnostic s’était précisé. Et c’est là que nous avons pu assister, à distance, à toute la force et à tout le courage qu’une famille doit déployer pour aider un des siens à combattre cette terrible maladie, qui se répandait dans le corps d’un jeune homme qui était au sommet de sa forme, dans la fin vingtaine.

Alors que l’on semblait avoir épuisé les traitements possibles, à la fin de l’année, dans un des rares moments où Cédric allait mieux, Steven a pu passer de bons moments en sa compagnie, à faire des choses qui les réunissaient, mais cette fois en devant composer avec la triste réalité du spectre de la fin qui approchait. De notre côté, les questions se multipliaient. Comment réagir? À quelle fréquence prendre des nouvelles? Personne n’est confortable de s’immiscer dans ces vies chambardées avec l’espoir de bonnes nouvelles, sachant qu’elles s’avèrent rarement.

Le 21 janvier dernier, quand nous avons pris l’antenne de Drummondville, 48 heures après avoir appris que Cédric nous avait quittés, nous avions le cœur gros. Et c’est par un court mot que j’ai enfin pu répondre aux multiples interrogations des gens qui s’inquiétaient de l’absence de mon analyste depuis quelques semaines alors qu’il avait pris l’unique décision possible, celle d’accompagner son fils jusqu’à la fin.

La semaine suivante, nous avions un programme double à Sherbrooke, le vendredi soir et le samedi en après-midi. Portant avec nous les souhaits de toute l’équipe de production, Mikaël, Martin (notre statisticien) et moi avons quitté aux aurores pour nous rendre à Laval, appuyer notre ami et saluer Cédric une dernière fois. Cette balade en voiture de plus de quatre heures, aller-retour, a été la plus lourde de toutes nos vies. Le silence régnait. Comment trouver les mots? Que peut-on dire pour tenter d’atténuer une douleur que personne ne peut décrire ni ne souhaite connaître.

Steven s’est dit surpris que nous ayons pris le temps de faire cet aller-retour Sherbrooke-Laval alors que nous avions un match en après-midi. C’était pourtant tout naturel. Il était là, accompagné de ses deux garçons et de sa conjointe, à accueillir la famille, mais également ses amis, tous dans la fin vingtaine, pétants de santé,  incapables de comprendre cet horrible tour du destin.

La vie a depuis repris son cours. Mais le souvenir demeure bien présent. Et au-delà du courage que l’ancien capitaine des Nordiques a démontré sur la glace au cours de sa carrière, il s’est surpassé en s’ouvrant au collègue Louis Jean dans un reportage impossible à regarder sans verser des larmes.

Un jour, quelqu’un, quelque part, trouvera le moyen d’éradiquer ce qui aura mis fin prématurément à la vie de tellement de gens. D’ici là, profitez de chaque moment que vous avez avec ceux que vous aimez.

Vous pourrez voir le reportage de Louis Jean avec Steven Finn dans l'avant-match des Canadiens ce soir.