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Conversation entre trois propriétaires

Conversation entre trois propriétaires

Michel Godbout

Publié 20 novembre 2017
Mis à jour 20 novembre 2017

Partisans de sports professionnels montréalais, vous êtes éprouvés. Pas grand-chose à se mettre sous la dent depuis quelques années. Et 2017-18 n’annonce rien de mieux. Je vous propose donc une fiction de mon cru, une conversation entre les trois propriétaires de nos équipes sportives.

Imaginez la scène, Geoff Molson, Joey Saputo et Robert Wetenhall tous assis à la même table.

Ils jasent, cherchent des solutions pour relancer leurs équipes respectives. Certains voudront sans doute noyer leurs peines. Les saisons catastrophiques que viennent de connaître l’Impact et les Alouettes ont déçu les proprios, les joueurs et les partisans. Celle du Canadien se dirige vers le même précipice, mais il y a encore de l’espoir.

«T’as encore le temps Geoff», dit Joey Saputo.

«Congédie le coach, c’est ce que je fais chaque année, ça calme le peuple.»

«Clean house!», s’exclame Wetenhall. «Je les ai tous mis à la porte moi et on a recommencé à neuf!»

«Et regarde ce que ça a donné», réplique du tac au tac Geoff Molson. «Vous ne gagnez pas plus et vous payez des entraîneurs à rester chez eux comme je fais avec Michel Therrien. Moi mon entraîneur a un contrat garanti de cinq ans à cinq millions par saison. Je crois en Claude Julien, je crois à la stabilité.»

Et Molson de conclure : «Honnêtement les gars, vos décisions n’ont pas donné grand-chose, vous avez été pourris cette année!»

«Woah là Geoff, pas besoin de parler comme Mike Bossy pour faire ton point, je trouve qu’on a connu une saison d’apprentissage», affirme le président de l’Impact.

«Oui, mais Joey, les partisans n’aiment pas les saisons d’apprentissage, ils veulent des résultats. Surtout à Montréal.»

«C'est peut-être vrai que mes Alouettes ont été mauvais cette saison, mais j’ai choisi la carte de la reconstruction, explique Wetenhall. Comme on dit en anglais, "short term pain for long term gain".»

«Mes partisans ne me le permettront jamais Bob. Le Canadien de Montréal doit être compétitif chaque saison.»

«Il a raison Bob, reconnaît Saputo. Moi je tente le grand coup chaque année et si le résultat tarde, je le vois au guichet et dans les estrades. Mon seul gros coup qui a fonctionné a été Didier Drogba, mais ce fut éphémère comme succès. Je peux même dire qu’on a reculé depuis.»

«Fire them all, s’exclame à nouveau Wetenhall. Recommence à neuf avec des jeunes, des espoirs au repêchage, bâtis ton équipe comme Bergevin a toujours dit qu’il a voulu faire, à l'aide du repêchage. Va te chercher des choix.»

«Mais Bob ce n’est pas facile, réplique Saputo. Vous au football, vous laissez les Universités développer des joueurs et vous les recrutez. Le Canadien doit développer ses jeunes dans ses filiales, c’est ce que je veux faire avec l’Académie.»

«Sauf que ton Académie ne développe pas autant de joueurs talentueux que tu l’aimerais», lance Molson.

«C’est vrai et c’est pour ça que j’ai changé le personnel qui s’en charge, il faut prendre des décisions Geoff et pas toujours se fier aux autres quand on voit clairement que ça ne fonctionne pas. Vous n’avez joué que le quart de la saison, rien n’est décidé, les autres équipes vont connaître des creux elles aussi.»

«Je ne peux pas me fier aux autres, Joey, répond Molson. Je dois passer aux actes avant qu’il ne soit trop tard, sinon, on ne pourra combler notre retard. Par où commencer?»

«Tu connais ma position là-dessus...», rappelle Wetenhall.

«Vous savez les gars, ce qui m’agace le plus dans tout ça, c’est la déception des partisans, confie Molson. Ils sont toujours là pour mon équipe et, même s’ils sont exigeants, ils n’ont pas été gâtés depuis un bon bout de temps. Il faudrait les récompenser à un moment donné.»

Alors voilà pour cette conversation campée en pleine fiction. Mais il y a parfois de ces moments où l’on aimerait que la réalité imite la fiction!