Alouettes

Ahhh les Alouettes...

Ahhh les Alouettes...

Charles-Antoine Sinotte

Publié 13 septembre
Mis à jour 13 septembre

Quand ton équipe ne gagne pas, qu’elle est déclassée quatre semaines de suite, qu’elle est indisciplinée et qu’elle ne sait pas gagner, tu fais du ménage. Les Alouettes sont le groupe Qualinet du sport.

Le vendeur de balais des Wetenhall est un homme riche. À Montréal (pas mal plus en Floride qu’à Montréal en réalité), on fait souvent le ménage. Ça en fait des balais. Sept changements en 10 ans – incluant les passages de Jim Popp à la tête de l’équipe.

Un autre ménage nécessaire parce qu’on avait soi-même foutu le bordel.

Tout ça a commencé quand, dans ce qui semblait être un rigoureux processus, on a décidé de garder les trois hommes pressentis pour le poste d’entraîneur-chef. N’importe qui d’impliqué dans le sport professionnel est compétitif.

On a donc demandé à Reed, Chapdelaine et Thorpe de continuer à travailler ensemble après que deux des trois aient perdu la course à la chefferie. Déjà, on partait avec une prise. Trois gars compétitifs, dont deux perdants, qui doivent du jour au lendemain laisser leur fierté de côté et s’intégrer dans un organigramme assez «funky».

Thorpe a été le grand perdant. C’est probablement lui qui méritait le plus le poste d’ailleurs, mais ça, c’est une autre histoire.

Jacques Chapdelaine

En donnant le poste à Jacques Chapdelaine, on confirmait qu’il pouvait prendre le contrôle d’une centaine d’hommes, de les faire travailler dans la même direction, et de leur faire adhérer à un concept plus collectif qu’individualiste.

Par définition, deux des responsabilités de match fondamentales de l’entraîneur-chef sont de s’assurer que l’équipe est prête pour 60 minutes chaque semaine et en contrôle de leurs émotions.

L’évaluation de ces deux critères est simple à faire.

Combien de fois est-ce qu’on a vu l’équipe s’effondrer dans les deux premiers mois d’activités? Vous avez votre réponse.

Tout le monde est également au courant des problèmes d’indiscipline de l’équipe. 1058 verges de réprimande cette saison. Outre Edmonton qui en avait 11 de plus à peine, c’est la pire fiche de la sorte dans la ligue.

Donc l’homme choisi ne pouvait pas remplir son mandat.

Kavis Reed

Mais comme rien ne s’analyse en silo, il faut regarder certaines des décisions de Reed. À sa première année comme directeur général, il s’est enfargé souvent.

Je commence avec le repêchage. Les Alouettes n’ont pas été capables de mettre la main sur Junior Luke au premier tour. Ça devait être la priorité de l’équipe. Ils devaient se trouver un choix de premier tour à tout prix, mais Reed a failli à sa tâche.

La ligne défensive des Alouettes est atroce cette année. Pendant ce temps, l’ancien des Carabins contribue activement en Colombie-Britannique.

Sans choix de premier tour, il fallait se reprendre au deuxième.

La composition canadienne d’une ligne à l’attaque étant essentielle pour avoir du succès, Jean-Simon Roy du Rouge et Or devenait un choix logique. D’autant plus que le long terme de cette position était (et est toujours) loin d’être assuré à Montréal.

Au lieu de tout ça, on est revenu à notre besoin défensif et on choisit Fabion Foote, qui n’a d’ailleurs toujours pas porté l’uniforme de l’équipe. Avant de se blesser, Roy était partant à Edmonton.

On peut aussi regarder du côté de la masse salariale importante investie sur deux secondeurs québécois. Nicolas Boulay et Fred Plésius sont bien rémunérés. Ils sont payés comme des partants.

Mais à part quelques brides ici et là en défense, ce sont des joueurs d’unités spéciales pour l’équipe. Rien contre les deux joueurs, encore moins contre les personnes, ils sont d’excellents ambassadeurs du football québécois. Mais quand un directeur général prend une décision, ça doit rapporter à l’équipe à la hauteur de l’investissement, surtout quand tu as bousillé ton ratio canadien avec peu d’entre eux sur tes deux fronts...

Sans mentionner le fiasco du congédiement de Bear Woods au camp d’entraînement.

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Je ne veux pas simplement pointer du doigt les deux hommes en poste. Il y a quand même quelqu’un qui était convaincu que c’était le meilleur choix à faire pour l’équipe.

Les Alouettes deviennent donc la première équipe de l’histoire de la LCF à changer d’entraîneur-chef trois saisons de suite. Au moins, on est premiers pour quelque chose!

Quand tu fais tes devoirs, que tu étudies un dossier de tous les angles en pesant le pour et le contre des différentes options et que tu te trompes pour une énième fois, tu fais pas mal plus partie du problème que de la solution.

La vente de l’équipe à un acheteur (ou un groupe d’acheteurs) dynamique, connecté, humble, et QUÉBÉCOIS est souhaitable. Et plusieurs y sont intéressés. Mais pour acheter quelque chose, ça doit être à vendre.

Comme n’importe quoi, un produit déprécie plus le retour sur l’investissement diminue. Avec les Alouettes il est encore temps de vendre, mais plus on attend moins les preneurs seront nombreux et l’évaluation à la baisse.

Les Wetenhall ont tout intérêt à vendre avant que le bateau ne coule complètement. Et les Alouettes ont tout intérêt à être vendus. Ce serait la plus belle façon de célébrer le 20e anniversaire de l’achat de l’équipe.