Impact

«Je t’aime, même si tu gagnes»

«Je t’aime, même si tu gagnes»

Vincent Destouches

Publié 31 mai 2017
Mis à jour 31 mai 2017
C’est facile d’aimer l’Impact de Montréal, aujourd’hui. Bien plus facile qu’il y a quelques jours à peine, lorsque ses errances faisaient naître une sincère inquiétude. Certaines failles sont les mêmes; mais ce qui a changé, c’est la victoire et ses vertus revitalisantes.
 
Comme face aux Timbers de Portland, l’Impact a pris le match par le bon bout, avec le plus grand des sérieux. Mais alors qu'une force tranquille se dégageait du récent succès du Bleu-blanc-noir en MLS, c’est sa féroce envie de gagner et de faire mal à l’adversaire qui m’a sauté aux yeux lors de la demi-finale retour du Championnat canadien.
 
L’alignement n’était pas foncièrement différent de celui présenté lors de quelques matchs où les résultats n’ont pas suivi (face à Vancouver en MLS, par exemple), mais quelque chose d’indicible dans l’air de l’enceinte de la rue Sherbrooke a fait la différence, hier : l’émotion. Une émotion contagieuse, qui a accouché d’une chaude ambiance dans les estrades. Il n’y a pas de hasard.
 
Pour paraphraser un grand romancier, les joueurs trahissent tout excepté leurs émotions. Perdre un match, ça arrive. Mais le manque d’émotion, le déficit d’envie et l’attitude confortable que les Montréalais ont parfois démontrée cette saison étaient difficilement acceptables. C’est le plus grand reproche que je peux faire à l’Impact, cette saison.
 
Et je ne crois pas me tromper en disant que c’est ce qui a motivé plusieurs partisans à remettre beaucoup de choses en question. Car le partisan est émotion, avec tout ce que cela peut engendrer d’extrême. Il parle avec le ressenti né d’une performance, et il le garde toute la semaine en lui, jusqu’au coup d’envoi de la prochaine partie.
 
Un cœur puissant 
 
L’entraîneur argentin Marcelo Bielsa a livré une analyse sensible au cours d’une entrevue avec la Gazzetta dello Sport.
 
«J’ai lu une phrase à Séville que j’avais du mal à comprendre au début : je t’aime même si tu gagnes. C’est-à-dire le refus de la récompense (la victoire) pour augmenter le lien affectif. C’est-à-dire que même la victoire ne compte pas, je t’aime en l’échange de rien.»
 
Des remarques éclairantes, alors que la poussière des commentaires du commissaire Don Garber n’est pas tout à fait retombée. Peut-être qu’à Montréal et au Québec, l’Impact n’a pas encore l’amour inconditionnel qu’il désirerait, et qui assurerait des salles combles toute la saison.
 
Pourquoi ? On pourrait disserter longtemps sur cette question. Mais j’ai surtout envie de vous partager une anecdote.
 
La veille du match contre Columbus, l’Impact a tenu son habituel entraînement tactique, qui incorporait pour la première fois Blerim Dzemaili. À l’issue de la séance, une poignée de joueurs ont pris davantage de temps avant de rentrer au vestiaire : Ignacio Piatti, Laurent Ciman, Patrice Bernier et Blerim Dzemaili.
 
Je les ai regardés marcher tranquillement vers la caserne Letourneux, le capitaine montréalais expliquant au nouveau joueur désigné les spécificités du calendrier de la MLS, et je me suis dit que le cœur de cette équipe était puissant.
 
Un Québécois, un Belge, un Suisse et un Argentin francophone... À ceux-ci, on pourrait ajouter Ballou Tabla et Anthony Jackson-Hamel, qui cassent la baraque cette saison. Ils enracinent ce club dans ses terres, tout en montrant la voie aux plus jeunes partisans dont le rêve devient grâce à eux plus accessible.
 
Mettons ces joueurs davantage de l’avant. Car, à l’image des Ultras, des 1642 et des autres groupes de partisans toujours fidèles au poste, les partisans ne demandent qu’à s’attacher, encourager et aimer. Même si l’équipe ne gagne pas toujours.
 
Les joueurs montréalais, bien sûr, doivent faire leur part en mouillant le maillot. Et pour ça, maître Bielsa a la recette.
 
«La solution ? L’émotion. Voilà ce que doit ressentir le partisan. Si les joueurs ont la responsabilité de pouvoir donner de l’émotion aux autres, alors ils doivent être les premiers à la ressentir. Voilà le paradoxe : pour être des bons professionnels, il faut avoir l’esprit des amateurs.»
 
Bonus
 
Pablo Zabaleta, joueur argentin emblématique de Manchester City, va quitter le club après neuf ans de bons et loyaux services.
 
Je vous laisse regarder ce clip où les partisans partagent leurs sentiments les plus profonds à propos du joueur, sans savoir que celui-ci écoute, caché derrière un rideau.
 
Préparez vos mouchoirs.