Crédit : JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Paul Rivard

Félix le prodige

Félix le prodige

Paul Rivard

Publié 20 mars
Mis à jour 20 mars

Félix Auger-Aliassime a été éliminé en demi-finale du Challenger Banque Nationale de Drummondville par son rival (mais ami) et compatriote, Denis Shapovalov.

Si le Torontois, à 17 ans, continue de justifier les immenses espoirs placés en lui, que dire du Québécois, à 16 ans?

Au classement de l’ATP, Auger-Aliassime est maintenant 374e. Une amélioration de 137 rangs en deux mois et demi, depuis le début de 2017.

Purement phénoménal.

Depuis plus d’un an, celui qu’on surnomme amicalement Félix ou encore FAA sur Twitter (ce qui est pratique vu le nombre limité de 140 caractères...), fait parler de lui presque chaque fois qu’il met les pieds sur un terrain.

Sa carrière junior dans les tournois du Grand Chelem, tant en simple qu’en double, a été impressionnante. Et l’amorce de sa carrière professionnelle, à 16 ans, faut-il toujours le rappeler, l’est tout autant.

Félix par ci... Félix par là...

On ne cesse de chanter ses exploits (moi le premier). Au point où les comparaisons avec le fleuron du tennis canadien, Milos Raonic, commencent à fuser de toutes parts. Au point où on se demande si ce diamant brut ne pourrait pas même aspirer au premier rang mondial, d’ici quelques années.

C’est aussi gros que ça! Et c’est normal puisqu’il accumule les premières, en compagnie du même Shapovalov qui vient de percer le Top 200 (194e) à la suite de deux titres et d’une demi-finale dans cette tournée québécoise.

On se plait d’ailleurs à crier haut et fort que FAA fait mieux, à son âge, que Raonic.

C’est un fait. À 16 ans, Milos Raonic ne s’est même jamais approché d’un titre du Grand Chelem junior. Ni même d’une finale. Il n’a jamais été plus loin qu’un deuxième tour dans ces grands rendez-vous. À 17 et 18 ans, il perdait même au premier tour des Internationaux juniors de Repentigny.

Et pourtant, Milos a réussi à se hisser au troisième échelon mondial dans le grand circuit. Fin de la comparaison.

Même si Félix Auger-Aliassime fait mieux, à son âge, que les deux tiers du Top 30 mondial actuel le bémol s’inscrit ici : le tennis, ce n’est pas aussi simple qu’une règle de trois. Ce qu’on réussit à 16, 18 ou 20 ans, en tennis, n’est jamais garant de ce qu’on sera à 25 ou 27 ans. Et vice-versa.

Crédit photo : JOEL LEMAY/AGENCE QMI

Les «TOPS» et les «FLOPS»

Des membres de l’élite mondiale n’ont peut-être jamais gagné de gros tournois ou même participé à une finale du Grand Chelem, chez les juniors, comme Félix. Et pourtant, ils ont «réussi». Novak

Djokovic et Rafael Nadal n’ont JAMAIS gagné de tournois juniors du Grand Chelem. Mais chez les adultes, ils comptent respectivement 12 et 14 sacres. Andre Agassi et Pete Sampras n’ont JAMAIS gagné de titres juniors du Grand Chelem. Mais chez les adultes, ils en comptent respectivement 8 et 14.

Inversement, il y a suffisamment de ces talentueux prospects qui ont remporté un et même deux titres juniors du Grand Chelem, mais qui ont disparu dans la brume. Presque instantanément. Et au fil des trois ou quatre dernières décennies, le nombre de ces jeunes prodiges qui ont déçu pourrait remplir les gradins d’un amphithéâtre de hockey.

Par exemple : Nicolas Pereira, un Uruguayen, a aligné trois titres juniors consécutifs en 1988, mais il n’a jamais dépassé le 74e rang mondial chez les «grands». Huit ans plus tard, l’Allemand Daniel Ellsner remportait aussi trois titres juniors successifs, mais, devenu adulte, n’a jamais dépassé le 92e rang mondial.

Je terminerais avec un exemple bien de chez nous. En 2012, le Canadien Filip Peliwo faisait les quatre finales du Grand Chelem junior. Et remportait les titres de Wimbledon et des Internationaux des États-Unis. Deux ans plus tard, il atteignait ce qui devait être son rang le plus élevé chez les pros... 223e. Depuis, il navigue entre les 350e et 600e rangs mondiaux. Il est actuellement ...539e.

Non. Pas évident.

Même si je suis embarqué, comme vous, dans le «band wagon de FAA », je crois qu’il faut simplement admirer la progression du jeune homme. Mais attendre encore un peu avant de lui mettre de la pression avec ces gigantesques attentes qu’il ne pourra inévitablement pas s’empêcher de justifier. Avec les trébuchements et les questionnements qui viendront avec ça, assurément.

Auger-Aliassime champion à Sherbrooke - TVA Sports

Récapitulons

Cela dit, et pour votre bon plaisir, voici les détails de l’année 2017 de Félix Auger-Aliassime.

Le 15 janvier, il se situait au 614e rang mondial.

Il enchaîné trois tournois de type «Future’s» en Floride. À Plantation, il a atteint la finale, alors qu’à Weston et Palm Coast, il a atteint la demi-finale, chaque fois. Il y a donc compilé une fiche de 10-3. Il y a affronté des adversaires se situant entre les 350e et 950e rangs mondiaux.

Le 12 février, un mois plus tard, il était alors 515e mondial. Un bond d’une centaine d’échelons.

S’enchaînaient ensuite trois tournois au Québec où FAA s’est retrouvé contre des adversaires dont les positions mondiales étaient plus élevées que lors de sa campagne floridienne (voir la liste des résultats, plus bas)

Au terme de son aventure québécoise de trois tournois, à Gatineau (Future’s), Sherbrooke (Future’s) et Drummondville (Challenger), il a fait un bond prodigieux de 137 rangs pour se situer au 374e échelon. Sa fiche : 9-2.

Voici, en détails, le résultat des matchs disputés au Québec par Félix, ainsi que les rangs et, surtout, l’âge de ses adversaires... histoire de vous faire apprécier l’essence de ses succès.

Gatineau

1er tour : FAA bat (CAN) Pavel Krainik (1116e/24 ans), 7-5, 6-3

2e tour : FAA est battu par (É-U) Eric Quigley (387e/28 ans) 6-4 et 6-1

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Sherbrooke

1er tour : FAA bat (É-U) Nathaniel Lammons (603e/23 ans), 6-3, 6-3

2e tour : FAA bat (É-U) Winston Lin (713e/23 ans), 6-2, 6-0

QDF : FAA bat (G-B) Edward Corrie (244e/29 ans) (1er favori), 7-6 (10), 3-6, 6-1

DF : FAA bat (CAN) Brayden Schnur (396e/21 ans), 6-1, 6-3

F : FAA bat (FRA) Gleb Sakharov (276e/28 ans) (3), 3-6, 6-3, 6-4

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Drummondville

1er tour : FAA bat (SUI) Adrien Bossel (587e /30 ans), 6-2, 3-6, 7-5

2e tour : FAA bat (CAN) Peter Polansky (124e/28 ans) (2e tête de série), 6-3 et 6-4

QDF : FAA bat (AUS) Alex De Minaur (262e/18 ans), 7-5 et 6-3

SF : FAA est battu par (CAN) Denis Shapovalov (253e/17 ans) 7-5 et 6-3

(Un texte de Paul Rivard)