Impact

Et si l’homme fort de 2017, c’était Patrice Bernier?

Et si l’homme fort de 2017, c’était Patrice Bernier?

Vincent Destouches

Publié 20 mars
Mis à jour 20 mars

«Wow!»

C’est une interjection qui ponctue souvent les performances d’Ignacio Piatti à Montréal. On a peut-être moins l’habitude de la réserver à Patrice Bernier, et pourtant, il n’y avait pas grand-chose d’autre à dire après sa prestation contre New York City.

Mais la performance de maestro du Brossardois est-elle surprenante pour autant?

Autant je me réjouis pour l’homme de cette approbation unanime, autant je suis un peu frustré pour le joueur. Car Patrice Bernier est l’un des meilleurs de l’histoire du Québec, et cette réaction collective semble confirmer une chose : il est largement sous-estimé.

Le bon rôle

Face à New York City, il a fait étalage de son talent dans un rôle plus libre qu’à l’habitude, puisqu’afin de contrer les mouvements offensifs de Maxi Moralez et d’Alexander Ring, Mauro Biello avait modifié son schéma de jeu pour affecter deux milieux à la couverture défensive, en l’occurrence Hernan Bernardello et Calum Mallace. Positionné plus haut, Bernier a ainsi pu se concentrer davantage sur l’organisation du jeu.

Cela ne revient pas à dire que Bernier s’est délesté de toute responsabilité défensive, bien au contraire. Avec 2 tacles réussis, 2 dégagements défensifs et 6 ballons récupérés, il se compare même favorablement à l’Argentin (1 tacle, 2 interceptions, 10 récupérations) et à l’Écossais de naissance (3 récupérations) – Mallace n’a toutefois joué que 72 minutes, au contraire de ses deux comparses.

Mais ce qui a retenu l’attention, c’est la vista de Bernier, qui a distillé les bons ballons en plus de fluidifier l’entrejeu. Sur le graphique ci-dessous, les flèches représentent toutes les passes de Bernier qui ont mené à une occasion de but – la flèche bleue étant la passe décisive sur le but de Dominic Oduro. Avec 6 «dernières passes», il a été le joueur le plus créatif sur le terrain dans ce domaine, devant l’ailier new-yorkais Rodney Wallace (4).

Prometteur?

Cette statistique n’est pas anodine, surtout dans le contexte d’un match sur la route disputé par le Bleu-Blanc-Noir. On l’a constaté plus souvent qu’autrement : le péché mignon des Montréalais lorsqu’ils sont visiteurs est le jeu direct. Or, à New York, on a vu un milieu qui a davantage créé, en grande partie grâce à Bernier. C’est une corde très importante à l’arc de Mauro Biello.

Bernier a donc trois passes à son actif, ce qui signifie qu’il a joué un rôle fondamental sur chacun des buts montréalais – et qu’il est le meilleur passeur dans la MLS à ce stade toutefois embryonnaire de la saison. Je ne vais pas tomber dans la caricature et parler d’une «Bernier-dépendance», mais on peut dire que Bernier rend l’Impact meilleur.

Cela se vérifie d’ailleurs historiquement : depuis 2012, IMFC a remporté 1,4 point par match quand son numéro 8 figurait dans le XI partant, contre 1,1 point par match lorsqu’il en était absent. Sur un échantillon de 182 matchs, c’est assez significatif pour ne pas être une simple coïncidence.

Soyons joueurs

L’année 2017 doit être celle d’une certaine prise de contrôle des milieux, comme l’annonce de l’arrivée de Blerim Dzemaili. Une évolution importante et nécessaire, puisque Piatti, de même que Matteo Mancosu et Dominic Oduro, sont surveillés comme le lait sur le feu.

Et comme l’Impact n’excelle pas à leur libérer de l’espace en faisant bouger le bloc adverse, la seule manière (autre que l’attaque rapide) de bien exploiter leurs talents est de positionner des joueurs dans leur zone pour combiner. De ce point de vue, l’arrivée de l’international suisse va changer la donne favorablement.

Mais je pose la question : est-ce que Bernier ne pourrait pas être le grand gagnant de cette évolution? Bien que Dzemaili semble destiné à jouer aux côtés de Bernardello, avec Marco Donadel devant la défense, imaginez un peu un 4-3-3 dans lequel Dzemaili et Bernier seraient les milieux relayeurs...

Est-ce un milieu trop joueur? Ça tombe bien, je suis joueur. Et je vous ferais remarquer que New York City évolue bien avec Moralez et Ring devant Andrea Pirlo, sans que cela ne pose problème. Au contraire : le danger vient de partout, constamment.

Jusqu’ici, on a beaucoup compté sur le regista Donadel pour organiser le jeu d’une position basse, alternant le jeu court avec le jeu long. Mais je vous le dis : on aurait tort de sous-estimer Bernier, de croire qu’il n’effectue qu’un dernier tour de piste. Il a un grand rôle à jouer cette saison si on lui fait confiance.

(Un texte écrit par Vincent Destouches) 

 

Du grand Patrice Bernier - TVA Sports