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Sports d'hiver

Alex Harvey et Louis Bouchard, une relation exemplaire

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Les prétextes usés comme «son message ne passait plus» et «il a perdu son vestiaire» qui ont poussé au chômage tant d’entraîneurs au hockey, Louis Bouchard en est immunisé dans sa relation avec Alex Harvey.

Le 12e rang du skieur au sprint individuel, la veille, ne faisait déjà plus partie des conversations entre les deux hommes lors de l’entraînement de vendredi dans le vent froid de Lahti. Des courtes conversations, devrait-on préciser. Après 12 ans, on ne gaspille plus de mots superflus.

«Un simple clin d’œil et on se comprend», résume Bouchard, qui connaît chacune de ses mailles.

«On est rendu au summum de l’association entre lui et moi. Les prochains Jeux olympiques s’en viennent. Tout est ficelé, on est prêts. Je le connais, il me connaît. On a nos distances. On n’a pas besoin d’être plus près ni d’être plus éloignés. J’ai juste besoin d’être là», nous disait-il calmement à la veille du skiathlon de 30 km de samedi, sans doute l’épreuve de ces championnats mondiaux sur laquelle le duo mise le plus.

Pas de dommages

En raison des imprévus qu’il comporte, le sprint de jeudi n’a pas causé de dommages au moral, nous assurent à la fois l’athlète et son entraîneur. Avec le temps, tout l’actif accumulé ensemble les autorise à tasser cette déveine et à plutôt se rassurer avec ce qu’ils croient pouvoir contrôler. C’est ici qu’arrive la confiance.

«Une épreuve de distance, pour nous, c’est plus prévisible parce qu’Alex se situe maintenant toujours parmi les 10 meilleurs. Il peut jouer pour le podium presque à chaque course. C’est sa valeur. Donc, on n’a pas besoin de le «replacer». Il connaît la réalité de son sport», analyse le coach.

Confiance mutuelle

On a vu avec des gros noms au tennis ou ailleurs que les relations avec leurs entraîneurs ne durent pas toujours. Mais celle d’un skieur québécois occupant le quatrième rang au cumulatif de la Coupe du monde perdure.

Cette complicité, on la mesure au matin d’un grand jour comme celui d’aujourd’hui quand Harvey dit se présenter dans sa forme optimale à l’une des épreuves les plus en vue de ces championnats en Finlande. Le millier d’heures d’entraînement par année, passé à corriger les détails techniques dans le but de tendre vers la perfection, traduit forcément une confiance mutuelle entre deux individus.

«Je suis parti d’une époque où on se rencontrait pratiquement à tous les soirs et à toutes les veilles de course pour planifier. Maintenant, beaucoup de choses lui appartiennent. À part lui dire que «c’est une bonne course pour toi aujourd’hui, mon homme, profites-en», il y a quand même toujours une petite intervention à lui faire. Mais elle est devenue très minime si on compare à il y a 12 ans. Tout le mécanisme est maintenant installé dans sa tête», illustre Bouchard, pour qui avoir «bâti Alex en l’athlète autonome qu’il est devenu» constitue la même approche avec tous les autres qu’il dirige au Centre national d’entraînement Pierre Harvey.

«Notre job en tant qu’entraîneur, c’est de bâtir des athlètes. Ce n’est pas de bâtir nos estimes personnelles. Si j’éprouvais encore un plaisir à lui répéter la même chose durant 12 ans, serais-je en train de le faire pour moi ou pour lui?»

« C’est juste du sport »

L’habitude de minimiser les déceptions qu’entretient Louis Bouchard a fait dire vendredi à son protégé, qui avait pourtant remporté deux médailles au sprint lors des deux mondiaux précédents, que «c’est décevant, mais j’ai vécu ce que j’avais à vivre comme déception».

Sans avoir entendu Harvey prononcer cette phrase, l’entraîneur nous avait déjà formulé sa pensée là-dessus auparavant. «Pour n’importe quel coach, quand notre athlète ne rencontre pas ses objectifs, c’est très décevant, mais il faut se relever le lendemain parce que la vie continue. Pis après tout, c’est juste du sport...»