Adam Braidwood

Photo : Adam Braidwood Crédit : Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBE

Boxe

Un pugiliste sorti de l’enfer

Publié | Mis à jour

Le destin d’Adam Braidwood semblait tout tracé sur les terrains de football. Or, une spirale infernale l’a entraîné jusqu’en prison après usage abusif de drogues et problèmes de santé mentale. Son combat de vendredi au Centre Vidéotron contre Éric Martel-Bahoeli se veut le chapitre inespéré dans l’histoire rocambolesque de sa vie.

Les deux poids lourds feront les frais de la demi-finale de la soirée, dans le championnat du monde de la WBU.

Mais le colosse de 6 pi 4 po et 250 lb originaire de la Colombie-Britannique ne s’en cache pas. Après une carrière sabotée avec les Eskimos d’Edmonton, dans la Ligue canadienne de football, c’est avec la faucheuse qu’il semblait condamné à prendre rendez-vous au bout de la route, plutôt qu’avec son rival de Québec.

«J’ai poussé très souvent les limites et je ne devrais plus être ici. Je me suis placé dans des situations vraiment dangereuses. En comparaison de ce que j’ai fait et vu, la boxe et la compétition, c’est juste amusant», a confié Braidwood de sa voix caverneuse.

Cocktail d’accusations

Après une belle carrière universitaire à Washington State, le bœuf de l’Ouest s’est illustré en 2006 comme tout premier choix des Eskimos, étant élu recrue par excellence de l’équipe. Les blessures ont toutefois eu raison de son corps, et la dépendance aux médicaments antidouleur et à diverses drogues ont emporté ce qui restait de lui.

En 2010, Braidwood touchait le fond en se livrant à une agression sexuelle. Voies de fait graves, séquestration, menaces, possession d’arme et violation de ses conditions de libération conditionnelle ont aussi figuré à son «palmarès».

C’était, évidemment, la fin pour le football et, en 2013, la sentence tombait: quatre ans et demi derrière les barreaux.

«J’ai fait de très mauvais choix de vie. La prison m’a enlevé beaucoup, mais ce qu’elle m’a donné, c’est le focus sur mon objectif. Je savais en sortant que je devais faire quelque chose. Le combat a sauvé ma vie. Aujourd’hui, je ne mérite aucun traitement de faveur et tout ce que je peux promettre, c’est de me battre sérieusement parce que je sais ce que ça signifie de tout perdre», a-t-il expliqué sans détour.

La lumière

Tout au long de sa carrière de football, Braidwood affectionnait l’entraînement de boxe et d’arts martiaux mixtes. En 2009, avant d’atteindre le fond du baril, il avait même livré ses deux premiers combats de boxe professionnelle, une victoire et une défaite.

Depuis son retour en décembre 2015 après une peine écourtée, il a gagné ses cinq combats. Au total, il ne compte que 12 petits rounds derrière la cravate.

«Il [[Martel-Bahoeli] a beaucoup plus d’expérience, mais pour moi, il n’y a rien de mieux pour apprendre. Je ne me sauve jamais d’un bon combat. Je ne comprendrai jamais les poids lourds qui s’accrochent à se battre contre des gars avec des fiches de 4-10 ou 4-20. Aussi bien se taper un bon combat dur. Ma prédiction? On va se tabasser pas mal fort!» a promis celui qui gagne sa vie de tous les jours comme menuisier.

Une opportunité rêvée

Au moment où plusieurs se plaisent à lever le nez sur le peu d’envergure d’un titre WBU, Braidwood n’en a cure. Il est toujours en quête de sa ceinture la plus importante, celle qu’il s’efforce toujours de décrocher en combattant ses démons quotidiens.

«Plusieurs personnes gâchent leur vie sans se relever. J’ai pris la décision que ça ne m’arriverait pas. Je n’ai rien fait pour mériter cette chance pour un titre, mais je vais tout faire pour en profiter au maximum. Je suis reconnaissant que des gens se préoccupent toujours de moi et que j’hérite d’opportunités dont d’autres ne bénéficieront jamais», a-t-il plaidé.