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Ambroise coeur de lion

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L’attente aura été longue avant de voir finalement Ambroise Oyongo atterrir à Montréal.

Pour comprendre la dimension de sa venue en MLS, on doit d’abord comprendre d’où il vient.

C’est à Yaoundé, la capitale du Cameroun, qu’a grandi Ambroise Oyongo Bitolo. Dans «la ville aux sept collines», les enfants sont nombreux et ils partagent, pour la plupart, la même passion.

C’est dans les voies non-pavées de Yaoundé qu’Oyongo apprend à jouer au soccer. Et avec des moyens rudimentaires.

«En Afrique, on commence à jouer dans la rue, parfois on bloque même la route pour mettre nos buts. J’étais habitué de jouer avec des souliers en plastique et avec un ballon fait avec des sacs d’emballage.

«Je n’oublierai jamais ces moments où je jouais dans la rue avec mes amis d’enfance», a-t-il raconté à Nicolas A. Martineau, de la chaîne TVA Sports.

Même dans ces conditions, les recruteurs en herbe sont nombreux. Le soccer est une mine d’or au Cameroun.

Un ado avec des adultes

Repéré par l’entraîneur du Moussango FC, une équipe de quatrième division, Oyongo se voit offrir une chance alors qu’il n’est qu’un adolescent.

Or, les joueurs de quatrième division ne sont pas payés, ils jouent en espérant être recrutés par des formations de premier plan.

«C’était difficile, mes parents n’acceptaient pas ça. Ils voulaient que j’oublie le soccer et que j’aille à l’école.»

Mais Ambroise fait fi des volontés de ses parents et fait le saut avec Moussango. Il est alors beaucoup plus jeune que ses coéquipiers.

«C’est à ce moment que mon père m’a acheté mes premières godasses. Je me souviens que c’étaient des Nike. Moi qui étais habitué à jouer avec des souliers en plastique, je me retrouvais avec de vrais souliers de soccer. Quand je les ai mis pour la première fois, j’ai trouvé qu’ils étaient lourds!

«J’ai franchi les étapes jusqu’à la première équipe. Quand tu joues avec tes aînés et que tu montres que tu es le meilleur, on commence à dire que tu sais ce que tu veux.»

Devenir un «lion indomptable»

Ce qu’il voulait, c’était devenir un «lion indomptable» : représenter sa nation.

Dominant comme milieu de terrain et comme défenseur latéral gauche, Oyongo est invité au camp de sélection des moins de 20 ans. Au bout de quelques semaines, des 11 défenseurs latéraux gauches invités, il n’en reste que deux.  

«Le gars avec qui j’étais, il était dans la première division dans l’un des meilleurs clubs du Cameroun. Durant un entraînement à la veille d’un match amical, ça ne marchait pas pour lui. L’entraîneur a alors demandé à ce qu’on change. Je suis passé à la première équipe et j’ai ensuite joué tous les matchs de qualification.»

Ses performances ne passent pas inaperçues. Un jour, Ayongo reçoit un coup de fil du directeur technique de Coton Sport de Garoua, une équipe de première division basée au nord du Cameroun. À 18 ans, il obtient son premier essai professionnel.

«Ils m’ont envoyé mon ticket de train pour que je monte au nord. Ma maman m’a accompagné à la gare avec mon papa et mes frères. Elle ne voulait pas me laisser seul. Elle a pleuré. C’était vraiment loin, à deux jours de train de la maison.»

Ce voyage aura valu la peine. Ambroise Oyongo porte les couleurs de Coton Sport pendant trois ans, remportant le titre national à trois reprises... et étant sélectionné avec l’équipe nationale camerounaise.

Aujourd’hui, Ambroise Oyongo est toujours un «lion indomptable». S’il a appris à jouer au Cameroun, il apprend aujourd’hui à devenir un joueur professionnel en Amérique.

(D’après un reportage de Nicolas A. Martineau)